‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 37 sur 166 · Bordeaux, publié par la Municipalité, I, p · texte numérisé non relu

Bordeaux, publié par la Municipalité, I, p

Ouolqiies indices pcrmeticnl de croir'c (lu'clle ik; dépassait fçu«>r(; Ja moitié, ce ciui la fixerait aux eiitoui's de 5.000 aines, aïKjuel chilTn^ il faudrait ajoutej- quehjues centaines d'autres groupes ^( en ville », c'est-à-dire plus particulièrement dans La liousselle et l(!s (juartiers adjacents. Nous aurions donc })()ur tout Bordeaux ft un (^nseml)le de 6.000 religionnaires en 1780, chilTre supérieur d'un tiers à celui de 4.000 cjue nous avons admis précédemment. Nous serions ramené à plus de modération si nous prenions en considération une statistique pour 1760 qui, sur des documents fournis, en la dite année \ totalise 3.000 religionnaires pour le Bordelais tout entier; ou encore si nous acceptions les chiiîres qu'a donnés M. B. Saint-Jours dans une excellente étude sur la population de Bordeaux depuis le xvi^ siècle 2. En voici le résumé :

De 1749 à 1751 en moyenne 1768 protestants

De 1754 à 1756

De 1759 à 1.761

De 1767 à 1760 fc De 1777 à 1770

En 1780

De 1781 à 1783

De 1784 à 1785

De 1780 à 1792 La faiblesse de ces chiffres, par rapport à ceux que nous avons obtenus précédemment, provient de ce que M. Saint-Jours n'a ' tenu compte que des Protestants connus publiquement comme tels, et n'a point fait entrer les autres en ligne de compte. De ceux-ci, nous l'avons dit précédemment, il y eut une montée soudaine après les événements de 1758-59, ce qui justifie le grand écart que présente le relevé de notre statisticien entre 1761 et 1767.

L'insuffisance de sa documentation se révèle encore à ce fait que M. Saint- Jours s'en tient, pendant près de 20 ans, au chiffre

1. Conservés dans les Archives de la Faculté de théologie de Lausanne, d'après le Bulletin... XXXV (18861, P- 473.

2. Dans la Revue historique de Bordeaux, 1911, p. 405 et 409. — L'étude de M. Nicolaï sur la Population de Bordeaux au xviii^ siècle (dans la Revue économique de Bordeaux, 1909 et ss.) ne fournit aucun chiffre en dehors de celui (ju'il emprunte au Mém. de M. de Courson sur la généralité de Bordeaux en 1698.

B'Bl lOTHECA

de 2.312, alors que, durant cette période justement, la population de Bordeaux progressa sans discontinuer grâce à la prospérité économique dont elle jouit ^ Pour tous ces motifs nous nous croyons fondé à maintenir encore une fois le chiffre approximatif de 4.000 Religionnaires que nous avons adopté précédemment pour les entours de 1780, tout en reconnaissant qu'il ne se démontre point mathématiquement ^.

En somme, les contours de la communauté qui fait l'objet de notre étude, restèrent longtemps des moins fermes. Ses éléments individuels et sociaux ne s'enferment point, à la volonté de l'historien, dans un gabarit rigide qui ne laisserait rien échapper au dehors. Si la remarque est peut-être de tous les terflps, elle ne fut pourtant jamais plus vraie qu'en ces tristes années du xviii^ siècle où tantôt le souvenir du passé, tantôt la crainte de l'avenir, rendaient pusillanimes tant de courages et leur faisaient appréhender d'être englobés dans le moindre groupe protestant.

Aussi incertaine et flottante que soit la statistique de nos Religionnaires bordelais en ce temps là, on peut affirmer du moins 4

1. En particulier la population protestante. François Bonaffé avait onze enfants et Nairac en avait dix-huit (Voy. sur ces deux personnages notre chap.VIII). En outre, comme un auteur l'a déjà remarqué, « Bordeaux fut, pendant la seconde moitié du XVIII <^ siècle, le grand centre vers lequel un grand nombre de protestants d>i Sud-Ouest de la France ont convergé en un vaste demi-cercle passant par Orthez,Béziers, Castres, le versant ouest des Gévennes, Albi, Bergerac et La Rochelle. Ceux qui avaient de la fortune, n'ayant pas accès aux charges de l'État et ne pouvant entrer ni dans la magi'^tratr.re ni (ians l'armée, se rendirent à Bordeaux pour apprendre le commerce qui était leur seul débouché. Ils ne tardèrent pas à y occuper une place prépondérante et à contracter des alliances avec les grands centres protestants étrangers : la Hollande, Hambourg, Brème, Lubeck et l'Allemagne du Nord. Aussi imprimèrent-ils au commerce bordelais, à cette époque, les caractères de leur religion : une probité scrupuleuse, une persévérante activité et ftn fanatisme religieux ardent, qualités qui furent la source de leur grandeur et de leur prospérité ». (Edmond et Pierre Bonaffé, Uri grand armateur bordelais au xviii<' siècle (1909, p. 16). Cf. plu^, loin un témoignage direct pour <

2. Dans ^on Journal f/cuofya^cdéjà cité, M ^n*^ de Laroche afllrme(p. 275) qu'il n'y avait \ pas plus de 300 fidèles dans le temple de la rue du Muguet. En admettant un chiffre un peu plus fort pour le temple de 1 impasse Beaujau, aux Chartrons, on obtient un total de 700 fidèles pour l'année 1785. Ce n'est pas suffisant pour justifier absolument le chiffre global auquel nous nous tenons

que leur ensemble.se répartissait, depuis Grenier Vie Barmont, en un certain nombre de «districts»^ qui en l'année! 1760 montèrent, à vingt '^, plus tard à vingt-deux^ et finalement furent ramenés à douze *.

En fait, ils comportaient deux groupes distincts. Celui du Nord habitait au faubourg des Chartrons; c'était le plus récent puis- ({u'il était postérieur à la Révocation, mais c'était le plus considérable tant par son cliilfre que par la situation sociale de ses membres, (gens de comptoir et de négoce), grossi, en certains cas de protestants étrangers: luthériens d'Allemagne et des pays Scandinaves, presbytériens de la Grande-Bretagne, réformés des Pays-Bas. L'autre groupe, celui du Sud, d'origine plus ancienne puisqu'il était antérieur à la Révocation et même remontait au xvi^ siècle, était domicilié à La Roussellc et quartiers adjacents : « en ville », comme on disait couramment. Il ne comportait plus guère, au xviii^ siècle, que de petites gens ; boutiquiers, commis et employés des gros négociants, catholiques pour la plupart, de ce vieux quartier de Bordeaux ^.

Au point de vue extérieur le contraste était grand entre ces deux quartiers. Celui de La Rousselle existait déjà tel à i^eu près que nous le voyons aujourd'hui, d'aspect rébarbatif avec ses rues étroites et puantes où le soleil ne pénètre que peu d'instants par jour, avec ses hautes maisons aux façades tristes et mornes. Les Chartrons présentaient plutôt un aspect accueillant et gai, grâce aux nouvelles constructions qui commençaient

1. Voy. son Plan de 1754, déjà cité, art. 7 et 8 (ci-dessus, p. 50). — Par contre le Consistoire rejeta les art. 19-20 que Grenier de Barmont avait ainsi libellés : «La compagnie ayant mûrement réfléchi sur le total des districts, sur la nature et le nombre des affaires qui peuvent survenir au milieu d'eux, veut et entend qu'ils soient séparés en certains corps distincts; que trois des dits districts forment une église et que chacun ait son consistoire ! »

2 Registre conslsiorial, 16 février 1760. Le nombre de vingt n'y est pas expressément donné, mais apparaît ailleurs.

3. Lettre du consistoire de Bordeaux au colloque de Sainlonge, 30 novembre 1759, reproduite ci-dessous, chapitre V, p. 135, dans la notice consacrée au pasteur Oibert.

4. Reg. consist., 4 juillet 1776 ; simple mention, q\ii ne nous apprend pas à quelle date eut lieu cette nouvelle délimitation. Il est vraisemblable, en tout cas, qu'elle coïncida, pour plus de commodité, aw.c les 12 quartiers de la ville établis en vertu des lettres patentes du 23 mars 1759. (Arch. manicip., DU. 186 et FF. 254).

5. Cette double constatation n'exclut pas la possibilité de rencontrer des protestants dans d'autres quartiers, par exemple en Paludate, mais certainement peu nombreux.

de s'élever partout, grâce surtout à la « façade » sur le fleuve qui remplaçait les vieilles et branlantes maisons du siècle précédent et s'épanouissait au soleil levant. Bien plus qu'à La Rousselle on devinait aux Ghartrons une population cossue dans son ensemble et généralement à son aise.

Les fossés du ('hapeau-Rouge formaient la limite conventionnelle de ces deux groupes^. Depuis 1776, le prenlier avait sa «maison d'oraison » entre le quai et la rue Notre-Dame vers le milieu du courroir ou passage Beaujau, au premier étage d'un assez pauvre immeuble dont le rez-de-chaussée était occupé par des chais. — Pris d'abord en location cet immeuble fut définitivement acquis par le Consistoire en 1784, au prix de 43.000 livres couvert par une souscription 2.

L'autre groupe avait sa « maison d'oraison » depuis 1780 seulement au fond d'une cour de la rue du Muguet n^ 7^. Une Allemande M"^6 (\q Laroche, qui la visita en 1785, en rapporta une impression d'humiliation qu'elle a consignée dans son Journal de voyage^ : «... une petite rue étroite où l'on parvient après de nombreux détours. Arrivé à un certain point de la rue, on pénètre dans une petite cour où se trouvent deux escaliers étroits, conduisant à trois greniers adossés aux maisons voisines : l'un est haut de plafond, l'autre bas et le troisième obscur ». — L'existence de ces deux modestes oratoires ouverts à tous ne marquait pas moins la fin d'un régime où nos Religionnaires avaient été

1. Voy. le Reg. consisl. à partir de 1776, passim. Mais dès l'année 1771 cette question des locaux avait préoccupé le Consistoire.

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