Délibération du 12 août
3. Appelée aussi rue du Mousquit et parfois confondue avec la rue du Puits-des- Gazeaux, à laquelle elle aboutit, en la paroisse catholique de SainL-Miciiel. Dans deux lettres de 1793 {Arch. du Consist.), le chai où se fait le prêche est dit rue {al., ful-de-sac) de Montagne. C'est aujourd'hui l'impass Fauré, dont une extréniilé rejoin' le derrière de la maison sise rue du Mugue' (Cf. V Invent, de.s Arch. municip., période révolutionnaire.. Il, p. 135, ligne 8 du bas). — .Je ne sais de quel texte Bernadau s'autorise (dans son Viographe bordelais, p. 247) pour alîirnier que le temple de la rue du Muguet «fut primitivement établi dans la rue de La Rousselle». C'est ime erreur.
4. Voy. l'exacte analyse de ces impressions et souvenirs, donnée par M. Meaudre de Lapouyade dans la Revue himorique de Bordeaux, 1911. — M"^^ de Laroche née Sophie Gutterman (1730-1807) avait éj)ousé Franz von Lichtenfels, dont elle traduisit le nom fort incomplètement par celui de Laroche. — Son livre est intita é . .Journal einer Reise durch Frankreich (Altenburg, 1787). Nous donnerons plus loin (chap. VII), la traduction de quelques-unes de ses pages.
réduits à se réunir très secrètement par petits groupes isolés, dans des maisons amies.
Pourvues cliaeune d'une « maison d'oraison » nos deux paroisses englobaient la totalité des Boidelais nés protestants. Des deux paroisses émanait, par une sélection spontanée, l' Église proprement dite, sous un seul consistoire, avec un, deux ou trois pasteurs. Théoriquement, l'église ne comprenait que les fidèles, qui suivaient les assemblées de culte, assistaient à la prédication dominicale, participaient à la sainte cène, contribuaient aux dépenses, communes et par toute leur conduite tâchaient de faire acte de bons et vrais chrétiens. Il serait fort instructif de savoir dans quel rapport numérique se trouvaient l'église et les paroisses. Ce rapport variait certainement suivant les temps; c'est tout ce que nous savons de science certaine.
Les « Anciens » formaient le Consistoire élu par l'église^. Mais les Anciens n'étaient pas tous nécessairement les plus âgés de la communauté et ne constituaient nullement une gérontocratie qui eût en certains cas para ysé tout mouvement de réforme. On les choisissait moins en considération de leur âge que de leur caractère moral et re;igieux, et de leur dévouement, comme parfois aussi de leur position sociale.
La compétence du Consistoire était à la fois d'ordre législatif, juridique et exécutif, s'il est permis d'introduire ici ces grands adjectifs. Elle s'étendait indistinctement à toutes les affaires temporelles sur lesquelles il délibérait toujours en présence de l'un ou l'autre des deux pasteurs et d'accord avec lui. Règlement des formes du culte, choix et aménagement des lieux où il se célébrait, collecte et distribution des fonds destinés au soulagement des indigents, administration ou tout au moins surveillance de la maison de charité, du cimetière et de l'école, enregistrement des baptêmes, mariages et sépultures, publication des bans, indiction des jeunes décrétés, etc., etc.. rien ne se faisait en dehors de lui. Mais parmi ses attributions, il n'y en avait pas de p us délicate que celle
I. Le Consistoire correspondait, en ce temps-là, à ce qu'on appelle depuis le Second empire et aujourd'hui encore le Conseil presbytéral. Le mot Consistoire a depuis lors dris un autre sens qui répond à celui de Colloque sous l'ancien régime.'*'
de correspondre avec les autres églises, de faire observer la discipline commune et plus tard d'entrer en pourparlers avec les pouvoirs locaux; ni de plus importante que celle de nommer les députés aux synodes provinciaux, de procéder au choix et à l'installation des nouveaux pasteurs.
Pour la distribution des charités, le Consistoire n'avait point relevé le diaconat comme institution tout à fait distincte, les fonctions d'Anciens impliquant pour tous celles de diacres des pauvres. Par contre, pour la gestion des finances, il déléguait tous ses pouvoirs à deux des siens, appelés trésoriers ^, qui rendaient leurs comptes une fois l'an. Dans certains cas exceptionnels, il convoquait les chefs de famille pour délibérer en commun, l'un de ses membres faisant toujours fonction de secrétaire'^. ^ De bonne heure, il admit dans son sein des protestants de la colonie germanique, le plus souvent des Hollandais : d'Egmont, von | Hemert, Draveman, Raecke : des Allemands aussi, comme Mei- ^ nicken, sans que personne songeât à critiquer cette affirmation de la fraternité ecclésiastique par dessus les barrières nationales^. Le synode national de Charenton tenu en 1631 n'avait-il pas déjà autorisé les Luthériens à prendre la sainte cène avec les Réformés sans renier aucune de leurs convictions particulières ?
En résumé, le Consistoire était la représentation de l'église qu'il dirigeait et souvent régentait au mieux de ses intérêts matériels et moraux. Il absorbait tous les pouvoirs : législatif, judiciaire, exécutif, dans les étroites limites où il se mouvait.
Il en était aussi la conscience collective sur le domaine religieux, et c'est pourquoi il ne laissait aux pasteurs que le soin A de la prédication, du catéchisme, de la cure d'âmes, de la conso- ^ lation spirituelle, et le droit des spéculations théologiques dans ém les limites d'une orthodoxie mitigée dont, avec plus de convie- "
1. Raecke porte ce titre en 1786, Baux en 1788-91, Rabaud en 1791-92, Barthès en 1793. ils avaient pour chacune des deux paroisses un auxiliaire appelé sous-trésorier.
2. Alaret avant 1782, Trucliasson après cette date apparaissent avec ce titre, sans compter quelques autres membres.
3. Bonus, Heusler, \'anderschilden, Schyler, etc., dont les noms figurent sur divers documents que nous reproduisons plus loin, faisaient eux aussi partie de l'église réformée de langue française: mais on ne voit pas qu'ils aient trouvé place dans le Gonsi:?toirf».- Meinicken était peut-être alsacien {Arcfi. municip. GG. 816). Stehelin était de Bâle.
tioîi (jne de sagesse et do ('ompélence, il s'instiLuaiL le gardien attentif ^
Le statut de 1756 stipulait, si nous le comprenons bien, (jue le (Consistoire, réduit jusque là à six membres, se composerait désormais d'autant d'Anciens (ju'il y avait de (juartiers : donc vingt d'abord, puis bientôt douze 2. Y eut-il jamais vingt membres dans cette assemblée ? Nous en doutons par la raison qu'un seul Ancien avait parfois deux quartiers sous sa surveillance. Douze devint de bonne heure le chiffre normal et ne sera porté à seize qu'en juillet 1793^. Ils se renouvelèrent ensuite par voie dé cooptation, à mesure seulement qu'une vacance se produisait dans leur sein '*. Leur réception se faisait avec un certain cérémonial, suivant un formulaire qu'on fit imprimer en 1767^. Laffon de Ladébat, Rabaud, Bonnaffé, d'Egmont, Latour de Lagravère, Balguerie et bien d'autres « bourgeois » des Ghartrons tinrent à honneur d'en faire partie, côte à côte avec des gens de moindre rang social, recommandables par leur piété.
De qui le premier Consistoire (celui de 1753) tenait-il ses pouvoirs ? Y eut-il une assemblée préalable des principaux chefs de famille pour procéder au choix des Anciens « par acclamation » comme à l'origine, ou bien ceux-ci furent-ils désignés par le pasteur Pelissier parmi les fidèles qu'il jugea les plus prudents, les plus courageux ? Les traditions ecclésiastiques de la Réforme militeraient en faveur de la première conjecture, si nous ne savions de science sûre qu'en décembre 1758, le pasteur Pierre Uedonnel fut délégué par un synode « pour dresser le consistoire » de Bordeaux en en choisissant lui-même les membres^.
Pendant la courte période (jui nous occupe, le Consistoire se réunit en moyenne neuf fois par an. Mais ce chiffre n'a ({u'une valeur d'arithmétique. En réalité, les réunions dépendaient des