‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 4 sur 166 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

de pouvoir saisir, dans tout son développement historique, l'apologétique chrétienne de ce temps avec ses mérites et ses faiblesses. Bien plus, il nous a laissé la satisfaction de constater que nous ne jugions pas autrement que l'auteur la portée et les conséquences des luttes religieuses du siècle, ainsi que la. valeur intrinsèque de toute apologie qui ne met pas au premier rang les preuves psychologiques du christianisme. Enfin, il nous a permis de faire bénéficier l'ensemble de notre propre ouvrage de quelques redressements indispensables et de beaucoup de précisions qui nous manquaient.

Pour vivifier l'analyse des documents, pour échapper au byzantinisme de l'érudition qui n'a d'autres fins qu'elle-même, de la science pour la science, de l'art pour l'art, sans souci de la vie, on exprimera parfois, à la triple lumière de la conscience universelle, de la psychologie et de l'histoire, des «jugements de valeur » sur les hommes et les événements : ceux-là mêmes qu'on applique couramment à toute société humaine dont on prétend mesurer les progrès, soupeser les mérites, évaluer les chances de durée et de prospérité. On sait assez par l'expérience des siècles écoulés tout ce qu'à produit de maux et d'injustices dans l'existence des individus et des Etats le divorce de l'idée morale et religieuse d'avec le droit et la politique. Par la même éviction pratiquée aux dépens de l'histoire, un incoercible ennui s'est introduit dans le monde des intellectuels, depuis un demi-siècle, à l'égard des ouvrages dépourvus de pensée, d'art et de sentiment qu'on lui a présentés sous prétexte de réduire l'histoire à devenir, par impossible, une branche de la science positive, alors qu'elle était considérée jusque là, à si juste titre, comme une branche des sciences morales. Cette tentative d'en faire une simple énumération de faits concrets toujours incomplète, un rappel d'événements presque toujours incertains, un exposé de notions souvent contestables, est aujourd'hui condamné par ses piètres résultats. Le droit est reconquis pour l'historien, même le devoir lui est réimposé de formuler des idées générales « à la française »; de maintenir obstinément la distinction du bien et du mal, avec la notion d'une direction transcendante du monde au dessus de l'arbitraire des intérêts particuliers, des passions et des volontés personnelles;

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