PREFACE XI
do dénoncer sans peur les erreurs politiques ou sociales et d'écouter en toute occurence les plaintes des victimes autant que les vivats des agresseurs.
On n'hésitera j)as davantage à j)i()j)oser discrètement une interprétation générale des faits lorsqu'ils auront été duement constatés par la méthode analytique et criticjue; les faits n'étant jamais, au jugement de Macaulay, que les «scories de l'histoire», leur masse tirant toute sa valeur de la vérité abstraite qui les pénètre et se cache parmi eux comme l'or dans le minerai. On osera plus encore en introduisant dans quelques chapitres, pour en corser la substance, le rappel sommaire des doctrines et des croyances dont vivaient les Protestants du xviii® siècle; rappel d'autant plus nécessaire que la matière en est aujourd'hui moins comprise, d'autant plus justifié que, au regard d'une église chrétienne, l'histoire interne a toute précellence sur l'histoire externe et que la connaissance intime des âmes l'emporte en intérêt sur l'analyse des circonstances extérieures où elles se meuvent. Nous n'ignorons pas que la psychologie religieuse, si peu cultivée en France depuis le « Port-Royal » de Sainte-Beuve, n'a point la faveur du grand public. Nous l'aborderons néanmoins en quelque mesure, soucieux seulement d'éviter le double écueil qui se présente en pareil cas : l'esprit d'hostilité qui méconnaît la valeur de certains sentiments, et l'esprit d'édification qui les déforme involontairement.
Et puisqu'il est permis à M. l'abbé Sicard d'écrire l'histoire du xviije siècle au point de vue catholique, — qui est celui des vaincus tant politiquement qu'ecclésiastiquement, — et à M. le professeur Mathiez de la raconter au point de vue jacobin, qui est celui des vainqueurs sous les deux aspects indiqués^, pourquoi nous serait-il interdit de prendre une position intermédiaire et
1. L'auteur est, à nos yeux, d'une probité incontestable dans l'exposé des faits; nous le proclamons volontiers. Mais ce n'est point de cela seulement qu'il s'agit. Il s'agit de savoir si oui ou non, il interprète l'histoire générale du xviii^ siècle et spécialement celle de la Révolution à un point de vue qui lui est propre, aussi philosophique qu'il le veuille dire, par opposition à celui de ses contradicteurs. — Les extraits des ouvrages de M. Mathiez, que notre lecteur trouvera dans la troisième partie de notre introduction, prouvent que cet historien n'est pas plus libéré que qui que ce soit de la tyrannie de ses opinions personnelles, en quelque matière que ce soit.