‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 48 sur 166 · Rey. consist., 23 juillet, 6 août et 13 août · texte numérisé non relu

Rey. consist., 23 juillet, 6 août et 13 août

3. Bulletin, 1894, p. 347. Cf. un article de M. Léon Lévy dans la Révolution française, 14 mai 1893.

4. Nous ne relèverons que les suivants : Labat de Serène, Nicolas Sageran, Sageran lils aîné, J.-B. Schyler, veuve Schyler, Jacques Burète, Rabaud, Laffon aîné, LalTon jeune, J.-B. Nairac, Nairac aîné, Jean Nairac, Philippe Nairac, veuve Pierre Nairac, Isaac Couderc jeune, veuve Bonafous, Louis Balguerie, autre Balguerie non prénommé, Desclaux de la Costa, Pierre Desclaux, G. Draveman, Camescasse, Gastaing, A. Bonus, Pierre Sers, J. -Bernard Heusler, P. Fourgassié, J. Bujac, F.-R. Stehelin, M.-L. Lagravère-Latour, J.-H. Sauer, Jacques Derit, J.-G. Streckeisen, J.-J. Barthez, Barthez neveu, Vanderschilden, Baour aîné, Baour jeune, etc.

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A Messieurs les pasleiirs el anciens de l'éi/lise de Bardeau. r, assemblés en consistoire '.

Messieurs. Les soussignés vont avoir l'honneur de soumettre auxlunnières de votre assem))lée quel(|ues réflections qu'ils se sont communiquées dans leurs entretiens particuliers. Cette démarche suggérée par leur zùle pour la sainte religion, dojil vous êtes les i)lus fermes appuis, vous sera sans doute agréahle parce que tout ce (pii peut contribuer à l'avancement (hi règne de N.S. .).(;. est sûr d'ojjtenir votre sulirage.

Quelles sont les causes, Messieurs, du relâcliement général qu'on observe et dont on se plaint tous les jours dans la j)ratique des devoirs qui nous sont prescrits par la religion ?. Quelles sont ces causes, Messieurs ? 11 seroit aisé d'en faire une longue énumération, vous le savez mieux que nous sans doute et nous nous abstiendrons par cela seul de fatiguer votre attention par un narré long et inutile. Il nous suffira d'en assigner une, dont, les tristes effets sont d'autant plus faciles à apercevoir qu'ils se font constamment ressentir. En général le petit nombre de pasteurs préposés à la conduite des églises de notre province est une de ces causes prépondérantes, et notre ville en particulier en souffre plus qu'on ne pourroit le présumer. En effet, Messieurs, comment seroit-il possible que deux pasteurs pussent fournir à tous les travaux nécessaires à la prédication, à l'éducation religieuse, aux consolations journalières, à la distribution indispensable des saints sacrements parmi un aussi grand nombre de fidèles (jue celui qui réside ici ? Non, MM., et nous ne craignons pas de le dire, cela n'est pas possible malgré le zèle infatiguable et les lumières de ceux que nous avons le bonheur de posséder, malgré les soins extraordinaires que nous leur voyons prendre pour satisfaire aux devoirs de leur saint ministère. iNous sommes bien éloignés de leur faire des reproches s'ils ne peupent remplir une tâche au dessus de leurs forces. Au contraire. Messieurs, vleins d'estime et de vénération et d'une amitié toute particulière pour eux, nous ne pouvons, nous ne savons qu'applaudir aux efforts de leur zèle religieux. Mais, Messieurs, en y applaudissant, nous ne pouvons nous dissimuler qu'ils sont infructueux en partie parce que, comme nous l'avons déjà dit, il leur est absolument impossible de fournir à un travail aussi immense que celui qu'exige leur ministère, et sûrement. Messieurs, ils réuniront leurs, voix à la nôtre quand nous vous proposerons un moyen de leur procurer un soulagement devenu nécessaire et qui contribuera efficacement à rendre la prédication plus fréquente, l'instruction plus suivie.

L'admission d'un troisième pasteur est ce moyen.

Les talents de M. Saint-André, ministre du saint évangile à Castres, son zèle, ses vertus qui sont particulièrement connues des soussignés, leur feroient désirer que vous voulussiez lui adresser une vocation pour l'appeler ici, et si la recette ordinaire ou celle ([ui pourra se faire à l'avenir ne suffisoit point à l'entretien de notre église, nous offrons de remplir le vuide. Nous voudrions. Messieurs, qu'il nous fût permis de députer (|uelques-uns de nous pour discuter avec vous une matière aussi importante; nous aurions fait choix de MM. Izaac Couderc jeune et Sageran :

1. Sans date ni signature. En note, d'une main moderne ; « Cette pétition a été déposée le 23 juin 1778 (Reg. du Consistoire) «. ce qui est exact.

mais comme vous seuls pouvez leur donner un caractère, nous ne faison (jue vous les indiquer ; et si la sagesse de votre sainte assemblée vous porte à les appeler et qu'il soit nécessaire de le l'aire, nous leur donnerons les instructions (^ue nous croirons convenables et les chargerons de nos pouvoirs les plus amples relativement à cette mission.

Puisse, Messieurs, notre demande vous être agréable et vos délibéralions tendre constamment à étendre la vérité de la sainte religion que nous })rofessons. Veuille le SainI -Esprit présider à votre assemblée, et daignez nous croire axec un |)rotond respect, Messieurs, vos très tiumbles et obéissants ser\ileurs.

Avant même que la conférence, sollicitée par les signataires de la pétition, fût accordée par le Consistoire, la question en suspens donna occasion, quelques jours plus tard, à la lettre que voici :

Lettre sans adresse, ni signature, ni date, destinée, semble-t-il, au consistoire de Bordeaux par les auteurs de la requête du 23 juin 1778 {même écriture), louchant la nécessité d'instituer un troisième pasteur (1778).

Messieurs. Les signataires de la lettre ayant présenté pour motif de leur demande l'insufTisance delà prédication et de l'instruction religieuse, nous pensons qu'il ne vous sera pas difficile de faire valoir un motif aussi juste, et nous ne prévoyons pas que, si le vénérable Consistoire accorde le principe, sa sagesse lui permette de se refuser à la conséquence, qui est l'admission d'un troisième pasteur. Nous ne cherchons donc à prévoir aucune difficulté contre cette admission si la nécessité en est démontrée. Mais on vous dira peut-être : deux pasteurs suffisent pour desservir V église de Bordeaux et pour y remplir les fondions du ministère.

Nous croyons, Messieurs, que, sans nier cette assertion, vous pourrés hardiment répondre que ces fonctions ne sont pourtant pas emplies comme elles devroient l'être. Et comme il est vraisemblable que vous serez obligés d'entrer dans des détails pour justifier cette opinion, nous vous prions de ne pas omettre les réflexions suivantes, parmi celles que vous soumettrés aux lumières de MM. les députés (sic) du vénérable Consistoire (au prochain Synode provincial).

Les deux pasteurs de cette église sont animés d'un vrai zèle pour l'avancement de la religion. Les signataires se sont fait un plaisir de leur rendre cette justice et de louer leurs efforts. Ils se réfèrent à cet égard aux expressions de la lettre. Mais la même sincérité qui nous a dicté cet éloge nous porte à dire notre façon de penser sur ce que nous croyons appercevoir de défectueux sur leur compte.

Il n'est pas besoin de preuves pour faire sentir que, quelques efforts que puisse faire un prédicateur, il vient un âge où ses forces ne secondent plus ses bonnes intentions et où son zèle ne lui tient pas lieu delà vigueur qu'il a perdue. C'est ce qui nous donne lieu à proposer la question suivante : M. Henry (Cavalier) possède-t-il aujourd'hui toutes les facultés nécessaires pour remplir utilement les fonctions de son ministère ?

Si une prédication solide, si des mœurs pures et saintes, si un assemblage

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rare de (ou es les vertus sociales sufTisoient poui' roririer un pasleur utile :"i l'e^irlise, nous iriiésiLerioiis i)as à répoiulre îifïirmativement à celte queslioji. Nous (lirions tous unauirnemeut : .( xM. Henry est un des [)asteurs les plus accomplis comme il eM. un des hommes les plus respectaljles ».

Mais si ces vertus sont nécessaires à un homme chargé d'annoncer lu parole de Dieu aux lidèles, il laut convenir iprelles ne sulTisent pas pour la prêcher avec iruit, et il laut l)ien (jue cela soit puis(pi'il est certain <pie, dej)uis un tems, les prédications de M. Henry sont peu goûtées.

Que si Ton nous demande en (pioi on trouve défectueuse sa manière de prêcher, nous |)rierons (]u'on nous dispense tl'entrer dans une explication lâcheuse, et nous observerons (ju'on ne peut traiter (]u'avec répugnance une matière aussi délicate. Nous dirons même qu'en pareil cas, il est beaucoup plus important de considérer les elîets que de rechercher la cause.

Nous nous bornerons donc à dire que, depuis un certain tems, les sociétés données (dirigées?) i)ar M. Henry sont très peu fréquentées. Il est même aisé de s'apercevoir que, plus ce pasteur avance en âge, moins il trouve d'auditeurs. Et qu'on veuille bien y prendre garde, ce ne sont plus les jeunes gens seulement qui fuyent les sociétés religi uses (car ([uelque grand que soit ce malheur, on pourrait au moins l'imputer à la légèreté de la jeunesse), mais ce sont des personnes de tout âge et de tout sexe qu'on voit s'en éloigner; ce sont des gens d'un âge mûr qui, lorsqu'on leur reproche peu d'assiduité dans nos assemblées, disent ouvertement upréf rerla lecture d'un sermon chez eux à la peine qu'ils se font d'assister à une prédication dont ils ne retirent aucun fruit puisqu'il leur est impossible d'y prêter une attention suivie ). — Cette excuse, quelque mauvaise qu'elle soit, est devenue si fort à la mode aujourd'hui qu'il n'est peut-êtr aucun d MM. les Anciens qui n'ait souvent entendu ce langage. Et si l'on tait a tention qu'il est dans la bouche de plusieurs pères de famille, on sentira combien de mauvais effets doivent résulter de cette causai de relâchement dans le culte public. Peut-on douter que le vénérable Consistoire ne s'empresse d'y remédier ?

Une autre considération bien importante et bien propre à déciderM. Henry à faire place à un pasteur dont l'âge et les talents soient mieux proportionnés à la fatigue qu'elle exige et à la multiplicité des devoirs qu'elle impose, ce sont les plain e- du public relativement au défaut d'instruction de la jeunesse. Cette fonction essentielle du ministère, cette fonction, la première de toutes ou du moins la plus importante, tout le monde sait que M. Henry ne s'en occupe point : et de ce qu'il ne s'en occupe point nous sommes en droit de conclure qu'il ne le peut pas : car on ne nous dira pas sans doute que M. Henry a des motifs plausibles de s'en dispenser. — Nous savons, et nous en conviendrons avec plaisir, que M. Desmons ne remplit ni ne peut remplir à cet cgard que sa tâche j^articulière : et tant que nous n'aurons pas deux pasteurs qui travaillent assidûment à expliquer le catéchisme et à donner les premiers éléments de la doctrine chrétienne, plusieurs pères de famille se plaindront avec raison de voir croupie leurs enfants dans une honteuse ignorance.

11 n'est pas indifférent de remarquer que cette partie de l'instruction publique est peut-être plus nécessaire à Bordeaux que partout ailleurs,

par la raison que les leçons des ministres peuvent moins que partout ailleurs y être suppléées par le soin des pères. La plupart des lidèles de cet te église, livrés par état au commerce, sont forcés malgré leur bonne volonté de négliger ce devoir, ou du moins ils ne le remplissent que très imparfaitement. D'ailleurs il est des pères de famille (et nous ne devons pas craindre de le dire puisque nous y sommes autorisés par plusieurs d'entre eux) qui n'ont point les lumières nécessaires pour former l'esprit de leurs enfants, pour les diriger dansi'étude de la religion. Ils reconnaissent néanmoins combien ces premiers documents (sic) doivent influer sur la conduite des jeunes gens et sur le bonheur spirituel et temporel de leur vie. Aussi désirent-ils ardemment que le vénérable Consistoire prenpe la demande des signataires en considération et ils se proposent de témoigner leur reconnaissance par tous les moyens qui sont en leur pouvoir.

iNous nous persuadons que des vues aussi louables ne peuvent manquer d'obtenir le suffrage de MM. les Anciens, qui d'ailleurs savent mieux que nous que les travaux d'un pasteur chargé en seul de l'instruction de la jeunesse, ne peut sufTire à cette pénible tâche. Ils le peuv^ent d'autant moins que le ministre n'est pas dispensé pour cela des autres devoirs de son état : la composition des sermons et la prédication seules doivent remplir une grande partie de son temps, et c'est ce qui avoit fait penser aux signataires de la lettre que l'admission d'un troisième pasteur étoit absolument nécessaire. Plus on y pense et plus on se convainc qu'elle le seroit effectivement si, par des motifs que nous respecterions, MM. les Anciens se fesoient une peine de représenter à M. Henry que ses services ne sont pas aujourd'huy aussi utiles que par le passé; mais dans le cas où ils jugeroient à propos de lui faire connaître la façon de penser d'une grande partie des lidèles, nous les supplions de lui faire interpréter favorablement notre démarche et de l'assurer qu'elle n'a rien de contraire à notre profond respect et à notre attachement pour sa personne. Nous désirons et nous espérons de pouvoir lui donner des preuves non susi^ectes de ces sentiments.

Cette demande d'un troisième pasteur était justifiée en soi; mais elle s'inspirait surtout, à défaut d'urgence, du grand désir qu'avaient que ques membres de l'église de jouir du ministère de Jean Bon Saint-André. La lettre suivante en fait foi : ,

Lettre écrite par ^quelques membres de Végtise au Consistoire de Bordeaux . sur la nécessité d'adresser vocation à Jean Bon saint-André, pasteur à Nîmes. •': 21 juiltet 1778.

Messieurs. iNous avons rendu compte à une grande partie des signataires de la lettre au vénérable Consistoire, de la conférence (jue vous avez bien voulu nous accorder, le jeudi 16 de ce mois, et comme nous leur avons fait part d'une circonstance qui a donné lieu à quelques réflexions r de leur part, dont ils désirent que vous soyés instruits, nous allons pren- ' d.re la hberté de les mettre sous vos yeux.

Nous avons donc rapporté, Messieurs, que Tun de vous nous informa .

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fiu'il avoit élé précôdemirienl l'ail (|iH^l(|iies ouvertures à M. Hnband, pas- UHjrde Nîiries. Là dessus, les si^nialaires uous char^^ejil de xous Maire) observer :

I" Que des oux (M-lures veuaul de loule autre pari (pie de eelle du Consissisloire, ne toruieut poinl un eu^'-apreiueiit; ce qui est telleineid \rai «pie des personnes partaitenuMd l)ien instruites de ce qui se passe dans le consistoire de Bordeaux, nous ont affirmé qu'il n'avoit été pris aucun engai?ement;

2° Que, du moment où quelcpies-uns des signataires ont j)arlé en particulier à plusieurs de MM. le^s Anciens de l'admission de M. Saint -André et l'ont proposée comme un a\anta(?e inappréciaJjle pour cette église, MM. les Anciens ont paru penser de même et ont reconnu avec eux que M. Saint- André est un sujet rare, doué de grands talents et tel, en un mot, ffue les églises réformées ont peu de pasteurs d'un mérite aussi éminent ;

.3" Qu'un pasteur qui n'est pas connu à Bordeaux ne peut pas raisonnaglemenl entrer en concurence avec M. Saint-André, qui s'y est fait connaître de la manière la j)lus avanhigeuse puiscpie c'est en sa faveur, et en sa faveur unicpiement, que les signataires ont olferl et offrent enc; re une augmentation de contribution proportionnée à l'augmentation de déï)ense (îu'un troisième pasteur doit occasionner à l'église;

4° Que le vœu de l'église, pour qu'il soit adressé à M. Saint-André une lettre de vocation, ayant été manifesté par une bonne partie de ses membres, on a lieu d'espérer que le vénérable Consistoire voudra bien y accéder, à moins que les fidèles qui ont fait cette demande ne fussent dans l'erreur sur les vie et mœurs du pasteur désigné, ou sur l'orthodoxie de sa doctrine, dont ils ont quant à présent, soit par eux-mêmes soit par le témoignage public, l'opinion la plus favorable;

5"^ Que, comme les pasteurs d'un vrai mérite sont malheureusement rares en France et que ceux dont le mérite st reconnu sont très recherchés, il seroit à craindre que l'église de Bordeaux ne fût privée du bonheur de posséder M. Saint- André si le vénérable Consistoire tardait encore à lui adresser la lettre de vocation que les fidèles sollicitent.

Noys avojis riionneur d'être, etc..

IsAAC CoiDERc jeiuie, Nicolas Sageîkan, Louis Balgi f.rie, Pierre Sers

Bordeaux le 21 juillet 1778.

A Messieurs Laffon de Ladebat, Truchasson, Baux et Ph. Rabaud, anciens de l'église de Bordeaux.

Un(' autre lettre de grand style, que nous attribuons résolument à Daniel Laffon de Ladébat, se rapporte encore à cette élection. Elle est d'autant plus significative que la question était enterrée depuis plusieurs mois déjà. C'est une protestation tardive, dont le motif nous échappe, à moins de supposer que l'auteur a voulu seulement donner issue à la bile qui le troublait :

Lelirc de Daniel Laffon de Ladéhai adressée à un membre du Consistoire de Bordeaux, au sujeî de la candidature de Jean Bon Saint-André comme pas-' leur de Véglise, décembre 1778.

Monsieur. J'ai été étonné de ce qui s'est passé dernièrement dans le Consistoire et si peu content d'une décision qui, au mépris de la demande (faite par un certain nombre de personnes respectables) d'un pasteur tel à beaucoup d'égards que nous devions le désirer, avoit fait prévaloir l'opinion de quelques individus qui en vouloient un autre ou qui, pour mieux dire, ne vouloient pas celuy-là : j'avois, dis-je, été si peu satisfait de tout cela que je m'étois bien promis de ne me mêler en aucune manière de ces sortes d'affaires, content de gémir en silence sur les abus qui s'introduisent dans tous les corps et dont celuy qui est préposé spécialement au gouvernement de l'église n'est pas plus exempt que les autres. Je me bornois à implo er le secours de la Providence en faveur des fidèles qui sont presque toujours la victime des passions de leurs chefs.

Ce n'est cependant pas sans une vive douleur que je voyois l'espèce de schisme introduit par un refus déplacé. Je remarqiiois surtout avec peine le scandale qu'a causé l'emportement de quelques individus qui ont jette les hauts cris contre le Consistoire lorsqu'ils ont cru appercevoir dans ce corps une partialité funeste et des préventions injustes. Cependant je ne doutois pas que le Consistoire ne se ut décidé par de bonnes raisons à rejetter la demande et les offres de plusieurs fidèles. Je pensois que le sujet proposé devoit avoir eu des vices de caractère ou des opinions sur la doctrine, incompatibles avec le bon ordre ou la pureté de la foy, et je supposois que le pasteur qu'on lui avoit préféré étoit en effet préférable à tous les égars. Cependant, comme il me restoit des doutes, je résolus de les dissiper s'il étoit possible. Je pris en conséquence le parti de m'instruire à fond sur le mérite de deux hommes qu'on avoit opposés l'un à l'autre avec beaucoup de chaleur des deux côtés. Je m'adressai aux meilleures sources qu'il me fût possible de découvrir soit à Castres soit à Montpellier, pour avoir des renseignements certains sur le compte de MM. Pomié et Saint-André. Mes informations furent très satisfaisantes et j'eus le plaisir de voir que l'un et l'autre ont le suffrage de la j)lus saine partie des fidèles avec qui ils vivent. Tous deux méritent les plus grands éloges par la régularité de leur conduite et par la pureté de leurs mœurs. Tous deux jouissent de l'estime et de la vénération de leur troupeau. Mais quelle différence dans l'éloge qu'on a fait de leurs talents ! Combien l'un est supérieur non seulement à l'autre, mais encore à la plupart de nos pasteurs ! Certainement si les personnes qui m^ont parlé de M. Saint-André sont des gens sensés, comme j'ai tout lieu de le croire, et si leur admiration pour ses talents n'est point le fruit de l'enthousiasme, ce pasteur méritoit bien la préférence sur son concurrent et sur tous les ministres que je connois. J'ai vu quatre lettres différentes dans lesquelles on parle de lui comme d'un génie de premier ordre, tandis que les plus favorables sur le compte de M. Pomié se bornent à dire que ce pasteur est regardé comme un joli sujet qui ne manque pas de talents, mais qui est également froid et dans ses compositions et dans son débit. On m'assure de plus que vous. Monsieur, qui êtes un des membres du Consistoire dont l'opinion a et doit avoir beaucoup d'influence sur les décisions de ce corps, on m'assure,

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(lis-je, ({ue vous vous êtes exprimé eu cUlïéreiiLes occasions et vous exprimez encore sur le compte de M. Saint- André d'une manière propre à confirmer tous les éloges que ses compatriotes font de son savoir et de son esprit. Je conclus de ce fait que ceux qui vous ont attribué des manoeuvres indignes de votre caractère et de votre répulalion, laites dans la vue d'exclure ce pasteur, se sont grossièrement trompés, que la passion les a aveuglés et que l'erreur ou la méchanceté ont pu seules enfanler les bruits désavantageux qui ont couru sur votre compte. J'ai cru nécessaire d'entrer dans des éclaircissements préliminaires avant d'en venir au principal sujet de cette lettre. Veuilles en excuser la longueur. Je crois la matière trop importante pour me piquer de concision et d'élégance.

Le bruit court parmi les protestants (de Bordeaux) que M. Pomié ne veut ou ne peut venir occuper la chaire qui lui a été offerte. Je remarque que la plupart des personnes qui avoienl déjà conçu une opinion avantageuse de ce jeune pasteur en sont fâciiées et qu'elles doutent (^u'il soit facile (de) le remplacer par un sujet qui ait autant ou plus de mérite que lui. Personne n'ignore qu'il est très peu de pasteurs éclairés et propres à la conduite d'une église comme celle de Bordeaux. J'ai vu beaucoup de ces Messieurs en ma vie et à peine en ai-je connu deux qui m'ayent paru dignes de leur ministère^ Que sera-ce cependant si, après avoir refusé d'af)peller un homme de mérite, le Consistoire de Bordeaux se détermine en faveur de quelqu'un de ces coureurs de pays sans talens ou sans mœurs? Que diront les fidelles, que diront même ceux qui, vivement piqués d'avoir vu rejetter un ministre qu'ils avoient adopté, désirent peut-être qu'il ne soit remplacé que par quelque (juidam uniquement propre à faire sentir la perte qu'on a faite par la faute de Messieurs les Anciens ?

Prenés-y garde, Monsieur, le choix que l'on va faire est plus important qu'on ne pense et si, par malheur, il n'est pas tel que les fidelles ont lieu de s'en flatter, craignes les murmures séditieux des uns, les déclamations envenimées des autres et le scandale de l'église. Je frémis de ces dangers lorsque je vois le penchant malin de la plupart des hommes à médire de la religion et à tourner en ridicule ce qui devroit être l'objet de la vénération et du respect. Mes craintes à c; t égard sont d'autant plus vives que j'ai ouï dire, depuis quelques jours, qu'on pensoit à appeler M. Gâches^ à Bordeaux, Seroit-il possible, en effet, que ce fût là i'tiomme à qui on voudrait donner la place d'un Saint-André ou d'un Pomié ? Je ne parle pas de ses talents; je le connois très peu, mais je puis parler de son caractère d'ap;ès ce qu'en disent des personnes qui prétendent le l)ien connoitre. On le dit impérieux,

1. Jugement sévère et même (si on le généralise) injuste, aux yeux de l'historien uioderne qui connaît l'histoire des pasteurs du désert mieux que ne la pouvait connaître Tauteur de la présente lettre. On peut craindre que la rancune ne lui soit pas étrangère >i Ton remarque qu'il écrit ici quatre mois après l'échec de Jean Bon Saint-André >on candidat préféré. — Si pourtant son jugement est fondé, dans les limites de temps 'i de lieu où nous devons le circonscrire, il en faudrait conclure que le régime consécutif a la révocation de l'édit de Nantes eut, dans notre région, des effets plus dissolvants encore qu'on ne le savait jusqu'ici.

2. Souvent mentionné dans les Sijn'xlca du désert (II, 439 à III, 5'25), depuis 1767 jusqu'à 1787.

hargneux, tracassier. Laissons cependant de côté ces imputations qui peuvent être vraies ou fausses, suivant les passions ou les préjugés de ceux qui les font. Mais on m'assure que c'est M. Gâches lui-même cpii a calomnié M. Saint-André, qui l'a aussi perfidement que faussement accusé de mysticisme. Si ce fait est xv;ù, le sieur (lâches est un homme abominable, également indigne du ministère qu'il professe et de l'estime des honnêtes gens, M. Gâches est l'ennemi juré de M. Saint-André; soit jalousie de ses talents soit par des motifs plus bas encore. II nourrit contre son confrère une haine implacable. Cette haine est même aveugle, car M. Gâches eut l'imprudence, il n'y a pas longtemps, de la laisser éclater en présence de quelques amis de M. Saint-André. On releva ses propos injurieux et on lui en fit sentir l'indécence. Il se tut. Quelque temps après, d'autres personnes lui reprochèrent sa méchanceté. 11 désavoua les propos, mais il fut convaincu de mensonge. Je ne vous fais ce détail. Monsieur, que pour vous faire connoitre M. Gâches, toujours dans la supposition que ce soit lui qui ait calomnié M. Saint-André, et je répète (jue, s'il est réellement l'auteur de la calomnie, c'est un monstre, un homme à étouffer. D'abord, s'il a été consulté par le Consistoire de Bordeaux, il devoit s'interdire tout espèce de censure contre un homme dont il étoit l'ennemi personnel. Les moindres notions de justice ou de générosité dévoient lui faire sentir la nécessité de se récuser dans cette cause. Mais combien plus devoit-il se garder d'une imputation calomnieuse dans une occasion où il alloit de l'état et de la réputation d'un frère.

Je sens. Monsieur, que je ne fmirois pas si je voulois me livrer aux réflexions que m'inspire l'horreur d'un tel procédé. Mais encore une fois, je vous prie d'observer que tous mes raisonnements ne sont fondés que sur une supposition. Ces mêmes raisonnements tombent si ma supposition est fausse, et tout ce que j'ai dit de M. Gâches doit être regardé comme nonavenu. Je ne le connois presque point; je ne suis point son ennemy et je serois au désespoir de nuire à qui que ce soit. Ainsy ne regardés tout ce que je vous ai dit que comme un avertissement qui doit vous faire tenir sur vos gardes, vous engager à prendre des informations exactes e vous inspirer quelque défiance sur ce que le zèle mal entendu de certaines persomies peut leur faire entreprendre en faveur d'un homme qui ne leur est peut-être pas bien connu.

Que si mes soupçons étoient bien fondés et si c'étoit réellement un ennemi acharné de M. Saint-André qui eût procuré au Consistoire de Bordeaux des informations infidèles sur son compte, vous connoissés votre devoir, M., et j'aime à croire que vous avés à co^ur de le remplir. M. Saint-André a été rejette. Je ne dis pas qu'il faille l'appeller; mais il a été accusé et en quelque sorte condamné. Je crois être en droit de dire que, d'après l'indice que l'accusation a pu être fausse, il faut la vérifier exactement, prendre les informations les plus étendues à charge et à décharge, peser scrupuleusement tout le mal que ses ennemis peuvent avoir dit de lui et tout le bien (]ue ses amis 'en disent, remonter autant qu'il est possible à la véritable source de Tun et de l'autre ; et s'il est prouvé que les premiers ont tort, il faut faire une ample réparation aux derniers et reconrioitre ouvertement (]u'on n'a été injuste à son égard que parce qu'on a été trompé.

Vous êtes trop raisonnable. Monsieur, pour supposer que celle lettre (quoique je ne la signe pas) m'ait été dictée par des motifs malhonnêtes, Vous

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êtes iuissi trop prudciil pour n'en p:is uzcr uwv circoiispection et pour If plus jj^raiid hieii tle l'église dont \ uns êtes un des |)riiicipau\ nienihros.

J'ai riiouneur d'êlre avec beaucoup de considéraliou, Monsieur. noIic très humble et 1res obéissaiil serviteur. L:: L:^

Bordeaux, le 1."^ décembre 1778'-. '.

Habaul-Pommirr, élu en 1778, n'avait point été autorisé par son église de Montpellier à répondre à l'appel (ju'il avait reçu de Bordeaux^. Au bout de deux ans d'attente, notre Cojisistoire se décida à réclamer les services de Paul Blachon, pasteur à Tonneins, ((ui a\ail quekfuefois prêché à Bordeaux « avec édification»'*. Momentanément renij^lacé, durant le second semestre de 1782, [)ar son frère SyKa, |)ast(nn- à Montauban-^, I^aul Blachon lefutdéfiniti\'ement à partir de mars ou avril 1783*^ jus(|u'en 171)3.

Des divers candidats que nous avons vu écarter de 1760 à 1778, la plupart le furent pour des motifs qui ne sont pas toujours indiqués "' . Le catalogue qui suit ne retiendra naturellement que les autres, ceux qui furent choisis par le Consistoire, admis par l'Eglise, approuvés par le Synode provincial et, comme on dirait aujourd'hui,

1. 'très probablement Daniel Laffon de Ladébat fils, dont nous parlerons plus .'i plein au chap. VIII, né en 1746, ancien du Consistoire et député au Synode provincial de Saintongc en 1775 {Synodes du désert, III, p. 148), — plutôt que Latour de Lagravère, ancien du Consistoire et député à un auti-(> synode provincial de Saintonge en 1789 seulement {ibid.., p. 589).

2. Dans une bonne étude sur Le pasteur Jeanbim-Saint-André jusqu'à la conuocition des Etats- Généraux, 1749-1769 {Bulletin, XLIII, p. 348), M. Lévy Sclmcider parle de sa candidature à Bordeaux. Il prétend même que le Consistoire de cette ville le remplaça, le 31 janv. 1780, par le pasteur Quadreil, de Nerac (d'après les Arch. du Consist. de Bordeaux). 11 y a dans cette dernière assertion, croyons-nous, une erreur de M. Lévy.

3. Beg. consist., 25 octobre 1780. Cf. une lettre de Paul Rabaid (20 avril 1779) et deux lettres de Rabaut-Pommier (21 mai et 11 jinllet 1779) dans Ch. Coquerel, ouu. cité, II, p. 260, note.

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