Voy. la notice consacrée ci-dessus à ce pasteur
4. Celui des Basses-Cévennes, ler-9 septembre 1758, dont l'art IX a été reproduit plus haut.
5. Dans ses Annales de Bordeaux, Bernadau rapporte (p. 187) que la D^'^ Dudon fut assassinée en 1761 à Cambes par un gentilhomme de l'Entre-deux-Mers, Pierre Cazenave, qui était devenu chef d'une bande de voleurs.
d'où, à la date du 21 juin 1761, il écrivit au Consistoire de Bordeaux une lettre de laquelle nous tirons ce passage essentiel :
Je^ me propose de parlir (IMci sous peu de jours et immédiatement après avoir reçu votre réponse, à moins que vous, Messieurs, n'eussiez quelque raison à m'opposer. Pour que vous puissiés me répondre sur cet article et me proposer les ditïicullés, s'il y en a, je vous donne avis que ma négocialion pour avoir P. Dugas pendant mon absence (en Languedoc) a été sans succès. 11 lit au colloque toutes les instances possibles, et malgré tout ce que je puix dire aux députés, ils tinrent toujours ce langage : « Parce que nous vous avons prêté, nous vous avons i)erdu : il en seroit de même de M. Dugas : ainsi nous ne consentirons pas qu'il aille à Bordeaux», iM, Dugas eut beau leur dire qu'il n'avoit nul dessein de les quitter, qu'ils pouvoient être surs qu'il reviendroit au bout du temps marqué, rien ne l'ut elicace... N'auriés-vous pas, Messieurs, quelque chose de nouveau à me i)roposer, vu que vous allés rester environ un mois sans pasteur ? Voudriés-vous que je fis la demande pour cet intervale d'un des trois qui sont arrivés depuis peu de Lausanne ? Je l'aurois déjà fait; mais plusieurs raisons que je ne spécifierai pas ici, m'en ont empêché. 11 me paroi t effectivement qu'un mois sera bien vite écoulé. J'abrégerai mon voyage autant qu'il me sera possible.
V. — Henri Cavalier, ditLATOUR, ou encore Chalon, pasteui de Bordeaux de juillet 1763 à 1785. — Né vers 1716 à Faveyrol les (par. de Saint-Marcel de Plantier, arr. du Vigan (Gard), d'aprèi M. Daniel Benoit, ouv. cilé, p. 175, ou à Ribaute, arr. d'Alaiî (Gard), d'après un témoignage ancien rappelé ibid.,p. 176). — Etudiant au séminaire de Lausanne en 1742 (France protesi. 2^ édit.), appelé d'Anduze^ à Bordeaux par le Consistoire qui lui délégua à cet effet, vers le milieu de 1762, les pasteurs Dugas et Et. Gibert ^. Modérateur d'un synode provincial tenu en juillet 1764, puis d'un autre en juillet 1771; modérateur adjoint d'un troisième en mai 1775 [Syn. du déserl^u 340 : m, 19 et 148) — Dans une correspondance qu'il échangea en 1771 avec son futur collègue de Bordeaux Olivier-Desmont, Cavalier fait connaître qu'il avait dépensé à Bordeaux 2609 liv. en 1768, 2675 liv. en 1769, 2870 liv. en 1770; qu'il n'avait reçu que 1500 liv. la première ;
1. C'est par inadvertance qu'une note des Synodes du désert (ILI, 20) fait de Cavalier un ancien pasteur d'Aiais.
2. M. Daniel Benoit cite (p. 175) ce passage d'une lettre que le Consistoire de Bor-^ deaux adressa à Cavalier sous la date du 16 août 1762 : « Nous nous faisons un plaisir ^ bien vif de vous exprimer, de la manière la plus expresse, la vocation que MM. Gibert et Dugas vous ont adressée ».
LES PASTEURS DE l'ÉGLISE 137
arinôo (1(^ sou séjour daus uoiii' ville (1763), mais qu'il ospérail bien que l'église accorderait 3000 livres à Olivior-Desmont (Syn. du déserl, m, l'i, note). Se i-appeler d'ailleurs (jue Cavaliei- possédait quehpie fortune personnelle [l^cff- consisi., 13 mai 1784).
En 1778, r.avalier demanda à être déchargé, poui' raison d'ag(î,
d'une pai'tie de ses fonctions pastorales, jusqu'à l'arrivée de Paul
Blachon son successeur désigné, la(iuelle n'eut lieu ({u'cmi 1781.
, Il continua ({uelque temps encore ses fonctions puisqu'il ne fut
])ensionné (pTen mai 1784^, deux ans après le départ de Paul
j Blachon, et a signé divers actes de baptêmes (^t de mariage au lie/f. GG. 811 du U^r août 1763 jusqu'au 7 février 1782 et au [{(>(/. 0(1.
j 814 juscfu'au 5 avril 1785 (n» 166) ^. Son nom n'apparaît ensuite • jne comme témoin. « Homme de moindre valeur (que ses pi"é- (lécesseurs), mais homuK^ de sens, de jugement et de foi ». (Oadène,
I p. 19), Cavalier décéda à Bo^deaux le 4 mai 1789, à l'âge d'environ 73 ans^. Un synode provincial ([ui délibérait alors dans notre ville s'empressa d'exprimer ses condoléances à la famille du regretté défunt i^Syn. du déserl, m, p. 598)
Voici le portrait que l'on trouve de ce pasteur dans un document des Archives de Montpellier reproduit par M. F. Daniel Benoit (P. 176. oiiv. ciié note) :
11 est de la taille de 5 pieds 3 pouces, âgé de 45 à 50 ans, cheveux châtains, obscurs, assez longs; quelquefois il met une perruque claire et nouée, pour se déguiser. Il est vêtu d'un drap gris de plomb. Il a une verrue au dessus de la tempe droite et une blessure assez large au dessous de l'œil gauche. Il est natit de Ribaute (?) près d'Alais. Le fameux Cavalier est son cousin germain, ils étaient rebelles ensemble. Quelquefois dans les
1. Le titre de i)asteur « éniérite » lui est donné dans le procès-verljal d'un synode provincial tenu à Bordeaux en mai 1789 [Sun. du déserl, III, 598).
2. Voy. le Reg. consist., 13 mai 1784. C'est donc à tort que lâ seconde édition de la France proie slanle'' arrête à l'année 1778 son ministère à Bordeaux. — Il y a quelques lettres de Cavalier aux mains de la famille Seruscat d'Ktoile (Drôme), d'après \cBull. hisl. prot. franc.. XXV (187G), p. 42. Nous n'avons pu les consulte)-.
3. Son a(;t(' de décès (4 mai) et inhumation (5 mai) est inséré dans le registre d'étativil des |)rotestants, OCi. 81() (f" 28), aux Archives nuinicipales de Bordeaux. Il y est
dit qu'il avait épousé D^'^' .Magdeleine Bcnezct, qvi'il habitait rue .\<mivc (i)aroisse Saint- Michel), et qu'il fut inhumé dans le cimetières ordinaire de la rue de Lafontaine (autre nom du cimetière de la rue Laville). — Sur le registre des sépultures de ce cimetière Arch. (In consisloire), l'inhumation est mentionnée, à la date du 4 mai {sic), sous cette torme ultra-brève :. < M. Cavallier ». — Sa fille Pauline épousa, le 14 novembre 1789, I>aniel Fornerod, consiMller dii Conseil d'Avenches en Suisse (Meller, Familles prvlcstanles, p. 68).
assemblées, il porte des i)islolels de poche. Au reste, il est hard et courageux, et deux hommes ne lui feraient pas peur. »
Ce rapport de police non daté ^ est très vraisemblablement antérieur à la venue de Cavalier à Bordeaux.
Les archives du Consistoire de Bordeaux conservent sa lettre d'acceptation (6 pages), signée Chalon, « au vénérable Consistoire de l'église de Bordeaux,» 1^^ sept. 1762. Verbeuse et sans grande substance, elle ne mérite pas d'être reproduite ici. Par contre, on donnera la « très humble réquisition qu'Henri C..., l'un des pasteurs de l'église de Bordeaux^ prend la liberté de faire à la vénérable assemblée consistoriale ou colloquiale de ce jour, 11 août 1770.
Messieurs et très honorés frères en Jésus-Christ Notre Seigneur,
.Je ne pense point qu'aucun des membres de cette vénérable assemblée ignore que ce fut en mon absence et pendant le voyage d'environ quarante jours que je fus obligé de faire dans le pays d'Aunis, en mars et avril dernier, que commencèrent à s'élever les fâcheuses contestations qui nous ont causé tant de soucis et de chagrins depuis cette époque, et à l'occasion desquelles nous sommes encore aujourd'hui assemblés.
La plupart d'entre vous, Messieurs, n'ignore pas non plus que, dès que je fus informé de ces contestations et de ce qui y avoit donné lieu, je ne négligeai rien pour les faire cesser à l'amiable et que, n'en ayant pu venir à bout, je priai très instamment. Messieurs les Anciens de me permettre de garder un profond silence sur cette affaire et sur tout [sic), touchant les moyens qu'ils croiroient devoir mettre en usage pour la terminer. Je pris seulement la liberté de les solliciter fortement de choisir les plus doués et les plus pacifiques, et de n'en venir aux voyes de rigueur, permises ou prescrites par la discipline de nos églises, qu'à la dernière extrémité. Messieurs les Anciens, sentant aussi bien que moi la force des raisons et des motifs qui m'engageoient à leur faire ces sollicitations et cette prière, ont eu la complaisance d'y avoir quelque égard. Je leur en tiens un grand compte et je les prie d'en agréer ici mes très humbles remerciements.
Les mêmes raisons qui m'ont fait jusqu'ici souhaiter que Ton me permît de demeurer dans une espèce de neutralité au sujet de la malheureuse affaire dont il s'agit, subsistant toujours et ayant même acquis de nouvelles forces par tout ce qui s'est passé à cet égard, on m'obligeroit infiniment de continuer d'avoir aussi pour moi la même complaisance qu'on a bien voulu avoir par le passé, et de ne pas me contraindre de prendre sur ce qui pourra se passer, soit dans cette assemblée, soit dans d'autres, relativement à cette affaire, d'autres qualités que celle de médiateur, qui dans la position ou je me rencontre paroit me convenir infiniment mieux que
l. Déjà public par M. A. Piclieral-Dardier dans les Lettres de Rabaul, II, 381, note.
LES PASTEURS DE l'ÉGLISE 139
celle (le juge, (i'esl sui- (|U()i je ieM|uiers eL supplie iiishimmeiil el Irôs respectueusenienl la vénérable assemblée de détibérer et de dresser acte tant de ma réquisition que de ce (pi'elle trouvera à i)ropos de statuer la-dessus, et à (juoi je me promets de me soumettre luunblemeiit. — IhiNni''
V^oici maintenatit la « copie » (rime lott.re adressée |»ai- h^C-onsistoiîe de Bordeaux à M. Latour (Henri Cavalier), pasteur de l'église d'Aiiduze, 16 août 1762.
Monsieur et très cher frère en J-("..-N.-S. MM. Dugas et Gibert jeune, de retour de leur voyage en Languedoc, ont bien voulu nous rendre compte de la manière dont ils avoient exécuté notre arretté du '21 mars dernier, par lequel ils étoient chargés de procurer à l'église confiée à nos soins un pasteur qui réunît en sa personne toutes les qualités propres à leur concilier les suffrages des membres qui la composent, pour la desservir conjoinlemenl avec M. Gibert jeune. îl nous a été facile de jugei', d'ajjrès le tableau cpie ces messieurs ont fait de votre savoir et de votre zelle })our l'avancement du règne de notre commun Maître, que c'étoit avec juste raison que leur choix s'était arrêté sur vous et qu'ils s'étoient attachés à vous déterminer à venir occuper cette place.
Comme rien ne nous touche aussi sensiblement que l'avantage de cette église relativement à son instruction et édification, les dispositions dans lesquelles ils vous ont trouvé, favorables à leurs désirs et à nos vues, ont été pour nous le sujet de la joye la plus complette. Nous nous faisons donc, Monsieur, un plaisir bien vif de vous confirmer, de la manière la |)lus expresse, la vocation qu'ils vous ont adressée et que vous avez agréée. 11 ne s'agit plus à présent que de mettre en usage les moyens que vous croirés les pins propres à lever les obstacles qui pourroient retarder l'heureux effet de ces arrangements, pour venir incessamment vous mettre en pocession. Sy vous pensés qu'il soit nécessaire que nous écrivions au prochain sinode de votre province pour le supplier d'aprouver les engagements que vous avez pris avec nous, ayés la bonté de nous le faire savoir. Nous nous conformerons avec empressement à ce que vous désirés.
Vous avez été instruit,. Monsieur, par MM. Dugas et Gibert de la situation de notre église, de la manière dont nous nous conduisons, des honoraires fixés pour les pasteurs et de tout ce enfin dont il et oit à propos que vous eussiés connoissance avant de prendre des engagements. Il seroit superflu d'entrer dans quelque détail la-dessus. Après les fruits abondants et flatteurs que vous pouvés vous promettre de l'exercice de votre ministère parmi nous, que nous regardons comme le motif le plus puissant pour vous déterminer à nous l'accorder; nous nous bornerons à quelques considérations relatives à M'"*" votre ép£)use et à l'avancement de votre famille qui ne peuvent que vous intéresser vivement. Comme cette suite- doit nécessairement vous constituer dans des dépences plus considérables (ju'elles ne seroient pour quelqu'un qui n'auroit à pourvoir qu'à ses besoins
1. Arch. du Coiisistoiro de Bordeaux, liasse des «Pièces diverses».
■J. C'est-à-dire les diverses personnes (femmes et enfants) qui les suivent.
personnels, nous ne serions pas éloignés à enl-er dans ce surcroil de paie, autant que cella sera jugé convenable pour le soutien de votre famille.
Sy parmy vos enfants, Monsieur, il s'en trouve quelqu'un en qui vous découvriés des dispositions heureuses pour l'étal que vous avés embrassé el qu'il veuille s'y vouer, nous luy accorderons volontiers une pension convenable pour qu'il puisse faire ses études dans toutes les règles. Pour les autres, dès qu'ils voudront prendre le parly de la navigation ou du commerce, qui sont la ressource la plus ordinaire des Relïormés du royaume, rien de plus aisé, dans un des plus considérables ports de mer de la France par l'étendue de son commerce, où les affaires de ce genre sont en grande partie entre les mains des Réformés, que de les avancer, quand bien même on ne ferait pour eux aucune chose que leur donner la préférence sur d'autres sujets, le plus souvent très indifférents à ceux qui leur donnent de l'employ.
Le débouché immense que la mer ouvre aux marchandises de toute espèce anonce à M»"^ votre épouse que le commerce qu'elle fail, de quehjue nature qu'il soit, bien loin de f)erdre quelque choze par la translation, doit nécessairement s'étendre beaucoup. 11 luy sera d'autant plus facile de le pousser avec succès qu'il n'est pas un Refformé qui ne se fasse un ])laisir de lui prendre ses marchandises par préférence à tout autre. 11 n'y a donc pas lieu d'abandonner cet amusement utile. Une autre raison pour l'engager à le soutenir, c'est qu'elle et sa famille se mettront par là à l'abri de toute recherche. A la faveur de son commerce, elle pourrra agir et se transporter partout où bon lui semblera. On verra en elle une marchande et l'on n'y cherchera rien de plus, parce qu'on est accoutumé à voir former fréquemment de nouveaux établissements de ce genre.
Nous sommes avec la plus parfaite considération — Le Consistoire
DE Bordeaux.
Bordeaux, le 16 août 176'2, sous le couvert et adresse de M]\L Rabaud et C'^, négociants à Bordeaux.
VI. — Jean-Jacques Olivier-DESMONT ^ al, Desmons, pasteur de Bordeaux de juillet 1771 à août 1794, de nouveau de juillet 1796 à mars 1797. — Né à Durfort^ (dioc. d'Alais) en 1744, sorti du séminaire de Lausanne (Syn. du désert, u., 391), d'abord
1. La plupart des historiens modernes l'appelle Desmont (Jacques-Olivier). C'est une erreur. A s'en tenir, comme nous le faisons, aux indications fournies par les textes manuscrits, Olivier apparaît comme nom patronymique et Desmont comme surnom. Le fait que le dit pasteur signe Jacques Olivier tout court au registre des baptêmes et mariages justifie cette interprétation. Par contre, exceptionnellement il signe J. Ol. Desmonl au bas d'un acte du 10 avril 1790, reproduit plus loin au chap.IX. U est possible que le nom de Desmont ait fini par prévaloir seul dans l'usage.
2. Il y a plusieurs localités de ce nom dans le midi : dan> les départements de IWrdèche, du Gard, de l'Ariègc, du Tarn, du Tarn-ct Garonne. Le fait qu'Olivier-Uesmont débuta comme pasteur à Anduze donne à penser que son lieu 'de naissance était à Durfort (Gard). — C'est à « Durfort près Montpellier » que se réfugia, en 1703 sou beau-frère Barre, dont nous donnons plus loin la notice.