Ici., ibid
i. Voir chap. I, p. Tyi.
154 LES RELIGieNNAIRES DE BORDEAUX
une pratique morte que comme une force de Dieu qui saisit le cœur avec esprit et vie. Il suffit aussi de faire une application de: la religion au cœur pour se rendre suspect d'inriovation et s'expo-; ser aux soupçons de l'hérésie et du fanatisme»^. ^Pour entrevoir la déchéance morale et la misère spirituelle de^ beaucoup d'entre eux, privés de tout secours par la longue carence du ministère pastoral, il faut entendre ce qui se disait dans les « colloques » dont les procès-verbaux nous ont été conservés : « Nous pasteurs et anciens des églises réformées de L. et amis particuliers de la ville et faubourgs de Bordeaux, assemblés au désert ce 17 juillet 1754, navrés de douleur à la vue de l'ignorance et des désordres qui régnent parmi nous, hélas, depuis trop long- I temps, affligés de n'avoir au milieu de tant de Réformés aucune forme de gouvernement ecclésiastique et d'être, ou peu s'en faut, les seuls Protestants de ce royaume qui vivent sans culte, sans sacrements, sans instruction et sans consolation au lit de la mort...» ^ Même cri d'angoisse sur un ton moins déchirant au sein d'un colloque du Bordelais « assemblé sous la croix », le 6 décembre 1755: « La compagnie, déplorant l'extrême corruption qui règne au milieu • de nous depuis longtemps, craignant qu'elle n'attire sur ces églises naissantes les effets de la colère de Dieu », décrète un jour de jeûne et de pénitence^.
Jusqu'à la Révocation, le Consistoire avait fait tous ses efforts pour maintenir par des censures et des remontrances plus ou moins directes, personnelles et publiques, la lettre et l'esprit de la Disci- ; pline de 1571*. Remontrances et censures n'apparaissent plus que par exception dans la seconde moitié du xviii^ siècle, soit que les Anciens ne se sentissent pas l'autorité nécessaire pour citer individuellement les délinquants à leur barre, sans détruire la cohésion exté-^ rieure de la communauté, soit qu'ils aient jugé à propos d'user d'indulgence jusqu'à l'avènement de jours meilleurs. :;
1. Lettre publiée par Ch. Coquerel, Histoire des églises du désert, II, p. 353, ot dcnouveau par Daniel Benoît, Les frères Giberl, p. 264.