Impr. dans E. Hugues, Synodes du désert, II, p
2. Appelé du pe^oudonyme de Dubos, dars une délibération consi.stori;'l(^ (!<^ juillrl
TROIS CONFLITS ENTRE l'ÉGLISE, ETC. 157
prévaloir. C'est par ce coup d'autorité que s'ouvre, à la date du 31 octobre 1756, le registre des délibérations du Consistoire enfin maître de lui-même et soutenu j)ar la plupart des membres de la communauté, hostiles eux aussi à la conception ecclésiastique que représentait leur pasteur.
De ce premier conflit tel (|u'il a|)paiaîl (piand on oppose le })lan de décembre 1754 à la délibération consistoriale d'octobre 1756, le règlement se trouva comme précipité par un autre conflit qu'avaient fait naître depuis quelques mois, sur un terrain différent, les tendances trop personnelles de Grenier de Barmont. Le sens et la gravité nous en sont révélés par une lettre du principal intéressé, ({u'il (^st nécessaire de reproduire ici intégralement :
Letlre du pasteur de Barmonl à son ancienne éijlise de VAgénais î Minute autographe, sans adresse).
Du 7 août 1756.
Messieurs. Vous \errez par l'extrait de mon acte de justification, que je vous envoyé, ce que l'équitté veut que je pense de la conduite que vous tenés contre moy, et le cas que je fais de votre sentence du '23 mars prononcée contre toute justice, défectueuse dans sa forme et fausse dans sa matière. C'est au moins le jugement qu'en portent toutes les personnes équitables auxquelles j'ai communiqué le tout avec grand soin.
Vous y ^'e^^és de plus, Messieurs, les résolutions que votre procédé m'a fait former. Elles sont le fruit d'un mur examen. Nul événement ny aucune nouvelle poursuite ne saurait {sic) y porter atteinte. Je suis sûr qu'elles seront toujours inébranlables. Tel est le dessein où je suis d'exercer ma plume à repousser tous les traits qu'on pourroit me lancer, de quelque main qu'ils partent. Je l'ay fait jusqu'ici sans récrimination. Nous verrons s'il en sera de même dans la suite.
Soyés sûrs, Messieurs, que ny vous ny tous les tribunaux de l'univers ne sauroit (sic) me forcer à desservir une église^ sans mon consentement ; l'équité et mes inclinations s'accordent très bien là-dessus, avec la discipline. Je préférerai tout autre parti à celui-là.
Si malgré mes justes résolutions et les mauvais traitements que vous me faites sans ombre de raison, vous croyés avoir quelque (droit d') ins- |)ection sur moy, ce que je n'accorde |)as, regardés-la, à l'avenir comme pour le présent, comme n'existant pas. La paix, votre tranquililé et la mienne demandent hautement que nous n'ayons rien de plus à faire ensemble. Aussi, Messieurs, vous donné-je avis, si vous le jugés nécessaire, que je prends congé, après que vous m'avés chassé par vos traitements. Vous m'y obligés aussi en ce que vous ne m'avez pas payé les honoraires qui me
1. GnMiicr de Barmont soinble visor ici rôfjliso lip l'AfijonHis (Toiin«Mns ?) qu'on lu' reprochait d'avoir désertée.
sont dus, malgré mes plaintes et mes besoins. Voyés si la Discipline ne m'y • authorise pas. Sur ses fondements vous jugés bien que je ne vous regarde pas comme mes juges. (Conclues de là que tout ce que vous pouvés faire contre ^ moy seroit neul et de neul effet. Si pourtanl, méditant ma retraite, vous aviés la charité de m'accorder un acte pour me recommander auprès des frères de l'Etranger, vous sentes que je vous en serbis très obligé.
Félicités moy, Messieurs, de ce que j'emporte, pour récompense de mon ministère une santé très délabrée et un million de traits que rei).\ie, la calomnie et l'injustice m'ont lancés. Si je vis assez, j'auray le soin d'en faire l'histoire. Prenés part aux vœux que je fais pour vous et pour (ju'il plaise à Dieu de vous unir par les liens aimables de l'union et de la paix. C'est dans cet esprit |que j'ay l'honneur d'être. Messieurs, votre très humble serviteur. — De Bar... mon seing en entier.
Pour comprendre cette lettre d'une allure si hautaine, d'un ton si cassant, où Grenier de Barmont cède une fois de. plus aux mouvements d'un caractère ombrageux et d'un tempérament emporté que l'influence de l'Evangile n'avait point complètement pénétrés, il faut savoir ce que c'est que la sentence du 23 mars 1756 à laquelle la dite lettre fait allusion.
Cette sentence émanait non point de l'église destinataire de la lettre, mais d'un synode provincial du Haut-Languedoc qui s'était prononcé contre Grenier de Barmont accusé d'avoir abandonné sans autorisation l'église qu'il desservait en Agenais pour venir paître celle de Bordeaux qui lui agréait mieux. L'église délaissée avait sollicité par ses propres députés le jugement du synode ])rovincial et faisait sienne la sentence rendue. Ainsi s'explique le plus naturellement du monde la première phrase de la lettre ci-dessus.
Grenier de Barmont avait été accusé devant le synode de beaucoup d'autres torts; il avait refusé obstinément d'obéir à l'injonction qui lui avait été faite, le 16 janvier 1754, « de se rendre dans les églises du Haut-Languedoc dont il dépend », et, sans raisons probantes, de comparaître devant le synode provincial du 23 mars 1756 appelé à délibérer sur son cas^.
Pourtant au cours de ces diverses affaires et des enquêtes qu'elles / nécessitèrent, il fut toujours vaillamment soutenu par le Consis- t toire de Bordeaux. A un colloque réuni «au désert en Guyenne », le 9 avril 1756, les députés bordelais se plaignirent hautement de