A l'occasion des affaires de l'Agenais
TROIS CONFLITS ENTRE l'ÉGLISE, ETC. 165
Jiés conserver tout ensemble et l'honneur du pasteur et celui du minis- Icre et celui du troupeau. Mais ce parti qui, du premier coup d'œil, vous parut être le plus sage, reni'ermoit trop d'inconvéniens pour vous conduire à votre but; il vous en écartoit même lorsque vous y tendiés de toutes vos forces. — Il n'étoit point naturel que votre pasteur s'exila(t) sans aucun motif connu. Son départ eut passé pour désertion...
Si votre surprise, si un trop juste scandale même vous eut i)ermis d'abord do réfléchir aussi tranquillement que l'importance et la délicatesse du sujet Texigeoient, vous n'auriés point fait usage d'une lettre surprise ou interceptée 1. Vous l'auriés remise dans le plus grand secret à son auteur, vous en auriez pris occasion de lui adresser les représentations que vous auriés jugé nécessaires, en lui (sic) faisant peser sur les endroits qui blessent la. gravité de son caractère et qui semblent allier des choses sacrées avec des profanes. Vous lui auriés fait envisager les suites de ses démarches et combien elles pouvoient être nuisibles aux progrès de son ministère, au but qui l'avoit conduit au milieu de vous, et préjudiciable à l'avancement d'un troupeau naissant.
Le mal est fait : Courrons au remède.
Mais y en a-t-il un ? Et fut-il des maux où il ne s'en trouve point ?... En vous oubliant vous mêmes, en cherchant moins à faire triompher le parti que vous avez déjà embrassé que celui qui doit vous ramener le calme, on vous verra tendre de toutes vos forces à tout ce qui pourra contribuer à rétaj)lir les choses dans leur premier être. Avances, propositions amiables, rien ne vous coûtera... Vous trouverez des ressources dans la docilité de votre pasteur, qui se prêtera sans doute à tous les moiens qui lui seront suggérés et qui ne tendront point à l'éloigner d'un troupeau qu'il chérit. Vous en trouvères dans la piété et le zèle de ceux qui ont pris son parti et qui donneroient tout au monde pour ramener la paix et la tranquilité.
Point d'honneur, Fausse honte, Qu'en dira-t-on. Tout doit être sacrifié
de part et d'autre, pour parvenir au noble but, que nous nous proposons
Nous vous conjurons, Messieurs, d'y mettre la main, d'y travailler de toutes vos forces... Conservés l'instrument dont il a plu à Dieu (de) se servir pour commencer sa bonne œuvre au milieu de vous. Les instruments sont des vases faibles et fragiles; ce sont des vases de terre. Il n'a pas plu à Dieu de se servir dans son église de vases plus précieux. Il avoit à son commandement des millions de ministres d'un ordre beaucoup plus supérieur, exemts de faiblesses, pleins de majesté, revêtus de toutes les vertus. Mais s'il les eut employés dans le ministère, on eut encensé (sic) à leurs filets, on leur eut attribué la gloire de leurs succès. Et c'étoit précisément ce que Dieu vouloit éviter. Il a mis son trésor dans des vases de terre, afin que l'efTicace de ce trésor remontât à Dieu, comme à sa source.
Puissiez vous. Messieurs, être dirigés par la sagesse même dans 1. Erreur de fait qui est réfutée plus loin, dans la réponse à cette lettre.
toules VOS délibérations et dans le parti que vous allés prendrej
Vos très humbles, très obéissans serviteurs De Goutrespac et fii.s,
(Adresse au dos) : « A Monsieur Pierre Noyvagangel, négociant au3 Chartrons à Bordeaux. »
Long factura contre le pasteur Grenier de Barmont, sous ce titre :
« Copie de la lettre éc.ritte à F Accadémie [de Lausanne par le Consistoire] ,de Bordeaux), qui servira à MM. les dépulés pour leur rapeler certains faits. »!
Du '20 mars 1757.
Nous aurions plutôt répondu a la lettre que vous nous aviés lait rhon-v=, neur de nous écrire, le 21 janvier dernier, si des occupations indispensa-ji| blés avant et pendant la foire dernière ne nous en avoient empêcha. ..f
Nous ne sommes point surpris que vous ayés conçu quelques soubçons(sic)^.' de la manière dont nous nous sommes énoncée (sic) dans noire précédente^ du 6 novembre. Notre dessein, conformément à l'article 4 de l'arrêté de l'assemblée du 31 octobre, que nous avons suprimé dans le mémoire faute de place, étoit de vous laisser entrevoir que les raisons exprimées dans, notre lettre, n'étoient pas les seules qui nous avoient déterminés à congédiefa M. D(ubost). Nous avons pensé cependant qu'il étoit de notre devoir d® conserver sa réputation en renfermant dans nous-mêmes les scandales"' qu'il a donnés par sa conduite. Vous avés, Messieurs, pénétré les vérita--. blés motifs de la nôtre. Nous voulions conserver l'honneur du pasteur^ celui du ministère et celui du troupeau. Dieu n'a pas jugé à propos de bénir nos vues et nous avons rencontré un obstacle invincible de la part de celui qui étoit le plus intéressé à concourir à notre but.
Nous nous flattons que vous ne blamerés plus le parti que nous avons pris lorsque vous serés informés au vray de toute cette affaire. Pour vous mettre en état d'en juger, nous vous envoyons un mémoire abrégé ou plutôt un extrait de ce qui s'est passé dans nos assemblées des 13 et 31 octobre dernier. Vous y verres, Messieurs, que ce n'est point, comme on vous l'a insinué, par cas fortuit que la lettre en question est tombée entre les mains d'un des membres du corps ecclésiastique. Elle lui a été remise par une famille nombreuse et respectable, qui pria instamment notre collègue de la communiquer au corps. Il ne voulut cependant pas prendre sur lui de defférer à cette prière. Ceux des anciens qu'il consulta furent unanimement de l'avis qu'on ne pouvoit se dispenserd'en informertous les membres. Le mémoire fait mention de ce qui a suivi.
Plut à Dieu, Messieurs, (que) cette fatale lettre, quelle (sic) repréhensible qu'elle soit de la part d'un homme du caractère de l'auteur, fut-elle le seul grief que nous avons à mettre sous vos yeux.
(Suit un long jugement, très sévère, sur le contenu de la lettre en question et sur son auteur. Affirmation du désir de recourir aux
voies de douceur pour terminer cette fâcheuse affaire. Refus cependant d'accepter l'arrangement proposé par quatre des partisans de M. D{ubost)).
Ces messieurs souhaiteroi(ent) qu'il continuât d'exercer son ministère dans un faubourg de cette ville et que nous en lissions venir un autre pour ceux (]ui ne veulent plus le voir. Cet expédient est impraticable, quand il n'en résulteroit pas une foule d'inconvénients. Celui d'entretenir l'esprit de parti qui doit estre banni des sociétés chrétiennes, suffit pour le faire rejetter. Mais il en est un plus considérable, que nous nous faisons violence de dévoiler : c'est que nous sommes dans la ferme persuation que M. D(ubost) s'est rendu par sa conduite et par son obstination inhabile ou incapable d'exercer les fonctions du saint ministère. Et voici sur quoi notre idée est fondée :
Il a cherché à troubler l'union conjugale en s'efforçant de faire prendre à une dame, chés qui il étoit très bien receu, comme dans toutes les maisons où il alloit, un travers contre son mari. Pour y réussir il commença de faire à cette dame l'éloge le plus pompeux d'elle-même et de son mérite; ensuite, le mettant en opposition avec le peu qu'il prétendoit en trouver au mari, il déploroit son sort d'être sy mal assortie dans les termes les plus pathétiques. Il est aparent qu'il n'en seroit pas demeuré là si la dame qui i'avoit déjà interrompu plusieurs fois, ne lui avoit dit, d'un air à le faire rentrer en lui-même, qu'il ne connaissoit pas son mari, qu'il la rendoit très heureuse, qu'elle ne changeroit pas son sort pour celui de pas une femme de la ville et qu'il lui feroit plaisir de ne pas lui tenir des discours aussi déplacés.
Il a cherché à troubler la bonne intelligence entre les pères et leurs enfants, entre autres dans une maison où il avoit réussi d'indisposer le père contre une de ses filles, au point qu'elle en seroit devenue la victime si on n'avoit pas découvert la fausseté des imputations qu'il avoit avancé(es) pour lui nuire.
Il est coupable de mensonge : il n'en est pas un de ceux qui l'ont fréquenté tant soit peu qui n'en ait fait souvent la triste expérience.
Il est coupable de parjure : M. D(ubost) étoit si souvent dans la maison où étoit logé(e) la demoiselle dont il estoit épris que des personnes du quartier, qui n'étoient point initiées dans les sociétés et qui devoieilt par conséquent ignorer ses retraites, en furent informées et en parlèrent avec trop d'indiscrétion pour ne point l'avertir de ce qui se passoit. {Prié d'interrompre ces visites, Dubosl répondit qu'il ne songeoit pas à se marier et le répéta plusieurs fois sous serment. Lorsqu'on lui a reproché ses serments^ il a dit qu'en effet, il ne pensoit pas à se marier lorsqu'il les fit et qu'il n'avoit renoué avec celte demoiselle que quelques semaines après).
11 est coupable de calomnie : les membres du corps ecclésiastique ne sont pas les seuls qu'il s'est efforcé de diffamer. Tous ceux qui ont osé manifester des idées contraires aux siennes et luy faire des représentations
lorsqu'il donnoil à gauche, éloient des impies, de malhonnêtes gens...
Il est coupable de brigue : pour parvenir à ses fins, il n'a cessé de cabaler '| depuis qu'il est ici sous les prétextes les plus frivoles. Il a réussi à faire, qu'un ancien ne fut plus admis dans les assemblées ecclésiastiques et à incorporer sa société dans d'autres .
Il suffisoit de faire la plus légère observation sur les articles qu'il proposoit dans les colloques pour le porter à faire ses efforts auprès des autres pour en exclure le membre qui avoit entrepris de le faire [f]...
Il est coupable de nourir des sentiments erronés. Nous ne nous sommes, point aperceus qu'il en ait manifesté dans ses sermons; mais dans le particulier il en a dél)ité de très pernicieux et contraires aux décisions de l'Ecriture...
Vous pouvez compter que nous rejetterons toujours les partis violens pour nous en tenir à ceux que nous croirons les plus propres à ramener le coupable, ainsi que le calme et l'union dans notre église. Nous ne voyons d'autres moyens pour y parvenir que le départ de M. D(ubost). Tant qu'il restera ici, on ne doit pas se flatter de les voir régner, quelle (sic) reconnaissance qu'il fasse de ses fautes, suposé qu'il se soumette à la faire...
Seconde lettre de Gouirespac et fils (Antoine Court et Court de Gébelin) , - adressée à « Messieurs les A(ssociés) de ré(glise) de B(ordeaux) », 9 mai
Messieurs. C'est avec la plus vive douleur que les amis et nous avons lu la lettre et le mémoire que vous nous avez adressé(s) en datte du 26 mars dernier...
Il paroit par la copie de la lettre du l^^" octobre 1756 que l'on nous a envoié(e) et dont vous nous citez des lambeaux conformes à cette copie, que votre zèle et votre piété, allarmées par les expressions qui y sont emploiées, vous ont porté(s) à un parti au dessous de vous. Bannir son pasteur sans vouloir l'écouter, et cela sur des accusations qui, tendant à le faire regarder comme un loup ravissant qui ne cherche qu'à ruiner l'honneur des familles et à se servir de la religion pour faire l'affreux métier de suborner des filles de famille, ne doivent être reçues sans des preuves de la dernière évidence. Est-ce suivre, permetLés-nous de vous le demander, est-ce suivre les lois de la douceur et de-la charité ? N'est-ce pas faire soupçonner par la facilité avec laquelle on les reçoit, que l'on est déjà convaincu que l'accusé est en effet capable de pareils excès ?.
{En refusant d'écouter la défense du prévenu) vous pensiez que par là vous mettriés son honneur à couvert. Le but étoit certainement très louable, de même que les offres de service par lesquels vous voulûtes adoucir sa dure destinée. Ils démontrent la droiture de vos intentions. Mais plus vous êtes dans l'idée qu'il étoit nécessaire que cet honneur fut mis à couvert, plus donniés vous à connoitre que vous ne doutiés pas un moment que le cas de M. D(ubost) ne fut des plus graves et des mieux prouvés.
Mais quand tout cela auroit été, étiés-vous suffisamment autorisé(s), Messieurs, pour le déposer de votre chef ou pour le congédier sans même lui en dire la raison ?
TROIS CONFLITS ENTRE l'ÉGLISE, ETC. 169
Or, votre assemblée, Messieurs, n'étoit-elle pas un simple consistoire ? Y aviés-vous apelé seulement deux ministres non suspects ? Le crime étoit-il énorme ? Etoit-il seulement notoire ? Quoi ! Une simple lettre à une maîtresse^ pour toute accusation et pour tout témoin; un simple consistoire sans ministres et sans procédure pour juger ? Peut-on dire que ce soit une assemblée compétente ? Et c'est cependant cette assemblée qui condamne, qui est même si sijre de son fait, qu'elle ne veut pas écouter un seul moien de défense, pas même déclarer au condamné de quoi il s'asfit ? La chose est si extraordinaire qu'elle nous paroit unique...
Vous avoués que ce n'est jjas à cause de la seule lettre du l^^ octobre que vous l'avés prié de se retirer et vous en allégués divers autres motifs. Mais, permettes nous encore de vous le dire, tous ces motifs regardés comme très vrais et très prouvés étoient-ils sufïisans pour bannir dès ce moment votre pasteur? Est-ce donc des crimes énormes? Les fautes étoient-elles irrémédiables ? N'aviez vous pas la voie de la représentation, de l'exhortation ?...
Un pasteur vous scandalise et vous ne cherchés point à vous édifier. Il tombe en faute, et dès ce moment, tout votre amour pour lui est entièrement refroidi; il est éteint; il n'en reste plus de trace. C'est un infidèle, un méchant, qu'il faut retrancher du milieu de vous. Est-ce là ce pasteur chéri de l'année dernière ? On intercède pour lui, il avoue qu'il a failli et tout est inutile. Quelque reconnaissance qu'il fasse de ses fautes, (ditesvous), il ne sera plus possible qu'il recouvre la confiance de son troupeau qu'après une longue suite d'années passées dans une autre église
Ecoutés votre pasteur. Entendes vous avec lui. Il a le cœur bon. S'il a manqué, il sera prêt à reconnaître ses fautes. Plus attentif sur sa conduite il ne vous donnera aucun sujet de vous repentir de lui avoir rendu votre conliance... — De Goutrespac & fils.
Toutes les tractations amenées par cette « histoire » ne nous sont évidemment pas connues. Celles qui la réglèrent par le congé donné à Grenier de Barmont et par la nomination de son successeur, résultent des deux documents que voici :
Réfleclions sur quelques canons importants, tirés mot à mot de la Discipline des églises réformées de France, où Von se propose de dessiller tout esprit raisonnable et impartial sur nombre de points essentiels de la ditte discipline, et de montrer V irréqularité de V étrange procédé de l'assemblée du 13 octobre 1756, composée seulement d'anciens et de trois particuliers {ilol)^.
L II n'est point très sûr que le mot m«i/rcsse ait ici, dans Tesprit de nos deux auteurs, le sens qu'il a reçu de nos jours, de femme qui s'est donnée à un homme en dehors du mariage. La fin de la présente lettre : « S'il a manqué... » laisserait plutôt croire que le mot maîtresse est encore pris dans le sens qu'il avait au xyii^ siècle, de femme aimée d'un homme, comme dans ce vers du Cid, I, 6, que signalent, à l'appui, les dictionnaires de la langue française :
// faut venger un père et perdre une maîtresse.
2. Cinq feuillets in-4o, copie défectueuse, sans signature. En tète, à gauche, ces cinq lettres L. S, E. A, B. qui semblent signifier Le Synode ccclésiasliquc à Bordeauçc,
Ces «réflexions» sont l'œuvre d'un juriste et d'un canoniste, qui prend soin de définir ce que c'est qu'un Consistoire^ ce que c'est qu'un Colloque, et d'examiner jusqu'à quel point l'assemblée du 13 octobre répond à ces définitions, jusqu'à quel point elle a respecté les règles établies en pareil cas.
Ce mémoire juridique est divisé en sept sections, dans chacune desquelles l'exposé des principes du droit est suivi des «réflexions» de l'auteur anonyme. Celles de la section 7 commencent par ces mots : « Tels sont mes droits contre tous les pasteurs qui pourroit [sic] venir icy y exercer les fonctions de sa charge sans mon consentement, durant mon séjour dans cette ville, quand même il seroit approuvé de toute l'église ». D'où il faut inférer que cet auteur n'est autre que le pasteur Grenier de Barmont lui-même.
Voici sa « conclusion » :
On a veu dans tout ce dessus qu'il n'y a point de tribunal ecclésiastique dans les églises réformées de France sy les pasteurs n'y assistent et n'y président, e[ qu'on ne peut prendre aucune décision valide. Or, dans l'assemblée du 13 octobre dernier, il n'y avoit aucun pasteur. Il est donc démontré que l'arrêté violent qu'on y a pris est neul et de neul effet...
On a veu en second lieu les justes droits de l'église ou du troupeau sur son pasteur; on a démontré clairement que l'assemblée du 13 octobre ne peut sans injustice en priver le dit troupeau, et que le pasteur et le troupeau seroient l'un et l'autre coupables devant Dieu s'ils avoient la lâcheté de déférer à un procédé sy contraire à la discipline et à la gloire de Dieu...
On a veu en troisième lieu nos droits et nos privilèges. Nous ne sommes pas dans le dessein de nous en dessaisir. La perte de cette église en seroit le fruit funeste...
Nous prions tous ceux et celles qui verront cet écrit de faire une sérieuse attention. La matière est intéressante; elle les regarde les uns et les autres. Nous les prions aussy d'être persuadés que nous n'avons donné aucun juste sujet au traitement qu'on nous fait. C'est de quoy sont très convaincus grand nombre des principaux amis d'icy, qui sont au fait de tout...
Mémoire et instructions pour les députés nommés par le corps ecclésiastique des églises de Bordeaux, pour se rendre au prochain synode provincial indiqué à Moniauban pour le \b du présent mois d'avril (1757)^.
MM. S..., R... et M..., députés, nommés dans le colloque du 30 du mois de janvier dernier'^, se transporteront à Montauban et iront loger
L Sur l'exactitude de cette date voy. plus loin.
2. Il n'en est pas question dans le recueil de M. E. Hugues; non plus que dans les colloques des 4 janv. 1757, 13et31ocl. 175Ç mentionnés dans divers documents. Ces
TROIS CONFLITS ENTRE l'ÉGLISE, ETC. 171
dans J'auberge désignée dan:s la It'llre de M. Sol, du 20 du mois dernier.
Art. 1. — Avant qu'il soit fait aucune proposition et aussitôt quelles membres qui composeront cette auguste assemblée auront pris place, MM. les députés, en conformité de Tart. IV de notre colloque du 30 janvier, prieront instamment la compagnie qu'il leur soit permis de retirer la lettre qui luy fut écritte, au nom du corps, l'ét^ dernier (1756), ayantété surprise à notre bonne foi et conlenant un système opposé à celui que nous avons maintenant adopté pour le t)ien et l'utilité des églises en général et de la nôtre en particulier.
Art. 3. — MM. les députés feront part à la vénérable assemblée de la conduite déplorable de M. Grenier de Barmont et de celle que nous avons tenue à son égard... Insisteront seulement pour que le dit sieur Barmont soit rapelé, ne pouvant plus exercer son ministère au milieu de nous avec édification...
Les Synodes du désert ne connaissent d'autre synode provincial auquel aient pris part le Montalbanais et le Bordelais que celui du Haut-Languedoc réuni le 20 avril 1757(11, 121 etss). Il y aurait donc eu changement de la date primitivement fixée. Le procèsverbal de ce synode porte sous l'art. V la déposition de Grenier de Barmont pour rébellion contre l'ordre ecclésiastique par refus d'obéissance; — et sous l'art. VI la délibération que voici (p. 123):
<( Après les lettres écrites par M. A. Grenier de Barmont, surnommé Dubosc, qui nous ont été produites par MM. les députés de l'église de Bordeaux, de même que les papiers portant plainte contre le dit sieur... pour être présentés au respectable synode provincial, afin d'y être examinés et pris en considération, le vénérable synode a délibéré que, conformément à l'art. II du chai)itre IX de la Discipline des Eglises réformées de France, les dites lettres et papiers seront mis en entier, en la forme qu'ils ont été présentés, entre les mains des députés de la province, à qui le droit de convoquer le prochain synode appartiendra; les dites lettres et papiers sont au nombre de treize pièces paraphées par notre secrétaire ».
Dans le. procès-verbal d'un autre synode du Haut-Languedoc (le Montalbanais et le Bordelais compris) tenu le 15 août 1758, on lit (II, p. 146) :
Art. IX. — Les pièces concernant M. Grenier de Barmont dit Dubosc, que le quartier de l'Agenais avait en dépôt, en vertu du dernier synode provincial, nous ont été remises à l'exception d'une seule, qui s'est égarée sans savoir comment; lesquelles douze pièces ont été remises aux députés,
sortes d'assemblées étaioiU plus fréquentes qu'il ne semble par le nombre des procès-verbaux qui en subsistent.
nommés pour le prochain synode national, de même que l'acte d'appel du dit sieur Barmont au dit synode national ».
(En bas de la page, celle note légèrement inexacte des éditeurs) : «Il s'agit des démêlés de Grenier de Barmont avec le pasteur Jacques Sol. Le synode ^ national de 1758 (art. 9, 10, 1 , 12 et 13) allait y mettre fin ».
Art. XIII du dit procès-verbal (p. 147) : Supposé que M. Grenier d Barmont dit Dubosc soit rétabli par le prochain synode national, la compa gnie a jugé d'une voix unanime que, vu les expressions (corr. impressit)ns) désavantageuses que ses procédés ont produites dans le sein de nos églises, il ne peut plus exercer son ministère avec fruit et édification dans cette province; c'est pourquoi elle prie le vénérable synode national de ne pas nous le donner (à nous église de Bordeaux) pour pasteur.
Le synode national des Basses-Cévennes, réuni les l^^-Q sep- 1758, fut saisi de l'affaire (II, 160) et déclara que le commentaire fait des deux lettres de Barmont par le consistoire de Bordeaux, était à plusieurs égards violent, faux et peu charitable.
Nonobstant les torts subsistants à la charge de Barmont, le synode usa envers lui d'indulgence en raison de ses services passés et convertit la déposition prononcée contre lui en une suspension qui finissait au 1^^ novembre suivant. Mais Barmont ne sera pas rétabli à Bordeaux et Sol en sera éloigné. En outre le synode national :
« dépose tous les anciens de la dite église de Bordeaux, de même que les personnes à qui le dit sieur de Barmont a conféré ce titre depuis sa déposition; les premiers parce qu'ils n'ont pas observé les lois de l'ordre ecclésiastique dans leurs poursuites contre le dit sieur de Barmont, ni celles de la justice et de la charité; — et les autres comme n'ayant pas été légitimement élus, sauf au pasteur qui sera donné à cette église d'établir dans la dite charge d'ancien ceux de ces Messieurs ou autres qu'il croira })roi)res à l'exercer avec fruit et édification ^».
Paul Rabaut écrivant à son ami Chiron (18 septembre 1758^) lui traduit les sentiments divers qui, à cette occasion, animaient les membres du synode : « La fâcheuse affaire de Bordeaux nous occupa pendant trois jours. Nous l'examinâmes avec toute l'attention et toute l'impartialité dont nous fûmes capables, ne perdant jamais de vue qu'il fallait concilier, autant que cela serait praticable, le maintien de l'ordre avec l'amour de la paix. Pour cet efïet,