‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 74 sur 166 · C'csL-à-dirc l'ambassade de Hollande · texte numérisé non relu

C'csL-à-dirc l'ambassade de Hollande

2. Les Réflexions sur quelques cY/zîons... cités plus loin, nous api)rennent (art. 5), que le présent Mémoire fut adressé à la Compagnie des pasteurs de Genève.

leur décision sur un objet au^si important en lui-même qu'il est de grandes conséquences dans les suites. Dieu veuille la leur inspirer telle qu'elle se .4rapporte à sa gloire et au salut de nos âmes. -^

Le second document a pour titre : M

Béfle.rions des Anciens du Consistoire de Bordeaux ^ sur un écril intitulé : « Mémoire des égtises de la Basse- Guienne, Périgord et Sainionge au sujet du batesme, pour être présenté par tes députés des dites égtises au Sinode nationat. » ^ (1763)

S'il sulTisoit d'avoir du zèle pour éclaircir des questions théologiques, l'auteur de l'ouvrage dont il s'agit, eut sans doute réussi à traiter supérieurement celle qui fait le sujet de son mémoire. On ne peut que louer le motif qui luy a fait prendre la plume, le désir de retirer les fidelles d'une indifférence que le Consistoire de Bordeaux a toujours improuvée, et de leur inspirer plus de scrupule que n'en ont la plupart de ceux qui font batissr leurs enfans à l'église romaine. C'est certainement bien digne d'un chrétien réformé.

Mais les matières de théologie doivent être toujours maniées avec une extrême précision et beaucoup de retenue; l'évidence des principes, l'exactitude des définitions, le choix et l'ordre des preuves, tout, jusqu'à la force des termes, doit être pesé dans un ouvrage de discussion...

Nous ignorons sur quoy l'auteur s'est cru fondé à s'apuyer du nom des églises de la Basse-Guienne, du Périgord et de la Saintonge; si quelques-unes ou plusieurs d'entre elles l'ont chargé de ce travail, ou si, l'ayant soumis ensuite à leur examen, il en a obtenu l'aprobation. Du moins est-il certain que nous n'en avons pas été informés et que son mémoire vient de nous être présenté seulement à la veille du départ de nos députés au Sinode national, raison plus que sufTisante pour en rendre le titre vicieux.

Cependant le désir de concourir avec l'auteur au progrès de la religion et à la pureté du culte nous eut fait passer aisément par dessus ce défaut de forme; mais nous ne pouvons adopter l'étrange paradoxe qu'il soutient dans cette pièce, et laissons aux lumières supérieures des Pères [sic) qui composeront le prochain sinode national, le soin d'en faire un examen étendu; nous allons l'analiser brièvement pour justifier notre désaveu...

[Signate que te mémoire est en contradiction avec, tes décisions de plusieurs

1. Conservées en double exemplaire (l'un différant quelque peu de l'autre) dans les Archives du Consistoire, ces Réflexions anonymes sont accompagnées d'une lettre d'envoi au député chargé de les présenter au synode national. Cette lettre, non datée, est signée des lettres P. R. Ce pourraient bien être les initiales de Paul Rabaud, ancien de l'église de Bordeaux, qui avait été député en juin 1761 au synode de Saintonge (Syn. du désert, II, p. 235 à 249). Ce Paul Rabaud serait-il aussi l'auteur des Réflexions ? Il semble qu'on puisse l'admettre provisoirement.

2. Cette indication, confirmée plus loin, ne se trouve que sur l'un des deux exemplaires conservés. Elle permet de dater en toute sûreté le document lui-même, car il ne peut s'agir que du huitième Synode national tenu en Bas-Languedoc du l^r au 10 juin 1763.

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synodes el qu^il a négligé d'examiner la nature du baplême, sa validilé et son hul. Se bornera à une légère discussion de son principal raisonnement, dont voici redirait) :

La vocaLion légitime, dil-ii, étant nécessaire pour exercer le ministère évangélique, le batème administré par celui qui n'a pas cette vocation est nul. Or, les j^rctres de l'église romaine n'ont pas une vocation légitime; donc le balème qu'ils administrent est nul.

La vocation des |)asteurs pour être légitime doit avoir trois conditions. 11 laut : 1" qu'ils se vouent au ministère de leur propre mouvement; 2° qu'ils y soient aussi apellés par le peui)le; et 3" qu'ils se f)roposcnt d'enseigner la morale et la doctrine chrétienne. Mais la vocation des prêtres de l'Eglise romaine est vicieuse à l'égard de la troisième condition puisqu'elle tend à leur faire prêcher une doctrine et une morale dilTcrentes de la loi et de la piété évangélique(s). Donc leur vocation n'est pas légitime.

[Rétorque cet argument en rappelant te formulaire donl se sert Vévèque qui consacre le prêtre. Remarque que le mémoire ne sait pas distinguer la vocation des pr<Hres d'avec la manière dont ils la remplissent. Relève Vabsurdité du parallèle établi entre les prêtres mafiométans et les prêtres callioliques. Montre la faiblesse de quelques autres arguments invoqués. Présente ensuite quelques observations sur le 24^ art. du dernier Synode provincial, tenu par les églises de Saintonge, de V Angoumois, etc., le dit article ponant que « sur la demande des églises du Périgord, les députés au sinode national sont chargés de prier celte vénérable assemblée de statuer sur Varl. 28 de notre confession de foi au sujet du batème des enfans protestants aux églises romaines».

iNous connaissons trop les bornes de la faiblesse de nos lumières pour oser hasarder notre façon de penser sur cet important objet... Mais puisque nous avans été appelles par les charges que nous occupons dans l'église à concourir à la direction d'un troupeau nombreux et à approfondir les motifs de la résistar^e de ceux de nos frères qui ont refusé jusqu'à présent de se rendre aux exhortations de nos pasteurs et aux nôtres, qu'il nous soit permis de faire part de ces motifs au vénérable sinode. Ils nous disent pour justifier leur résistance :

1° Que le batème de l'Eglise romaine étant bon et valide, les enfans qui le reçoivent y sont consacrés à Dieu seul, conséquament introduits légitimement dans l'Eglise chrétienne et faits membres de Jésus-Christ;

2" Qu'à la vérité, suivant l'art. 28 de notre Confession de foi, on ne peut présenter les enfans à cette église sans se poluer. Mais que... il faut, pour se fixer sur ce point, chercher la façon de penser des théologiens dans leur conduite à cet égard;

3° Que les pasteurs des églises de France usèrent toujours d'un grand suport envers ceux qui Jirent batiser leurs enfans à l'église romaine... ^ainsi que les synodes); ^

40 Que le sinode des églises wallonnes, assemblé en Hollande en 1761 et requis par M. Gibert l'aîné, pasteur des églises de Saintonge, de prononcer sur l'obligation où sont les protestants de s'abstenir de faire batiser leurs enfans à l'église romaine, arrêta qu'il ne décideroit rien sur cette matière ni pour le présent ni pour l'avenir;

50 Que le corps des pasteurs de Genève, consulté en cette année 1761

par plusieurs protestants de Bordeaux, refusa également de dire son avis, parce que leur réception au ministère est accompagnée d'une promesse de leur part de ne pas se mêler de ce qui peut intéresser la discipline des églises de France;

6» Que si tous ces théologiens avoient cru que la souillure dont se couvrent ceux qui l'ont batiser à l'église romaine mit en danger le salut des pères et des enfants, il faudroit dire (que les synodes généraux de France, ceux des églises wallonnes et le corps des pasteurs de Genève prévariquèrent par la conduite qu'ils tinrent en cette matière);

7° Que ces conséquences sont trop odieuses pour être admissibles; ais que, pour concilier la conduite de ces corps respectables avec leur zelle, leur piété et leur profond savoir, il faut conclure qu'ils ont pensé que, s'il est très désirable pour l'édification des églises que les enfans (protestants) reçoivent lebatêmepar leurs pasteurs, la nature de l'obligation des pères et des mères à cet égard doit se régler sur les circonstances où ils se trouvent, comme l'ont décidé formellement plusieurs pasteurs étrangers consultés en particulier;

8° Que cela posé, il faut donc nécessairement considérer dans quelles circonstances sont maintenant les églises de la Guienne; que l'expérience des dernières années ne prouve que trop que les fidelles ne peuvent encore avoir la consolation de remplir tranquillement leur devoir sur ce point; que celle de Bordeaux surtout, placée immédiatement sous les yeux des premiers magistrats, est par cela même dans la nécessité de se conduire avec infiniment plus de réserve et de circonspection;

9° Que si, malgré la débonaireté des supérieurs préposés au gouvernement de la Guienne \ il n'i a que trop d'exemples de la sévérité dont ils ont usé pour que les enfans des protestants soient portés à l'église romaine et inscrits sur ses registres, ce ne peut être que par une suite de l'obligation où ils sont de faire observer cette partie de la police générale qui exige l'inscription de tous les sujets du roi dans les registres publics, puisqu'il en doit coûter beaucoup à leur cœur bienfaisant de s'écarter de ces principes de douceur et d'humanité qui caractérisent leur administration;

10° Que si la bonté du souverain paroit ne pas désaprouver que nous suivions les lumières de notre conscience et nous laisse jouir d'une tranquilité méconnue {sic) dans ce royaume pendant plus de 70 ans, les excuses de ceux qui ont refusé de faire porter leurs enfants à l'église romaine ont été traitées d'illusoires, parce, disent nos supérieurs, que pour satisfaire aux ordres du Roi à cet égard, il ne s'agit que de faire administrer aux enfans un batême dont tous les Protestants reconnoissent la validité et l'élicace ;

11° Que si l'infraction de cette partie de l'ordre public arme des extrémités de la Province la sévérité du Gouvernement, cette même infraction commise sous ses yeux pourroit avoir des suites plus funestes encore, l)arce que l'ignorance de la loi peut au moins se présumer en faveur des peuples de la campagne et que les habitants de Bordeaux seroient censés

1. Cette expression semble, ici comme précédemment, viser les intendants de la Généralité, chargés de faire établir les registres paroissiaux.

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au contraire se roidir contre la loi et braver l'autliorité qui doit veillerà son exécution...

12° Eafm qu'ils gémissent sincèrement de n'être pas libres de l'aire batiser i)ar leurs pasteurs légitimes ces enfans si chers à leur tendresse et à l'église...

Voilà l'extrait des raisons qu'allèguent pour se justifier ceux que rien Il a pu vaincre encore. Cependant le Consistoire, principalement M. Gibert notre digne pasteur, n'ont épargné aucun soin pour remplir à cet égard les vœux de toutes les églises. Les entretiens particuliers et les exhortations publiques, les instances et les menaces, la douceur et la fermeté ont été mis en usage tour à tour pendant plus de deux ans. M. Duga(s), dont h's talents étoient si propres à seconder ceux de M. E. Gibert, daigna se joindre ensuite à lui pour concourir aune si bonne œuvre. Tant de soins lurent toujours inutiles. Enfin on tenta un dernier effort: on en vint à la suspension de quelques membres de nos sociétés. Nous espérâmes que leur zèle et leur ferveur leur faisant sentir toute l'amertume de la privation de la sainte-cône, seroient plus efficaces que les moyens employés jusque là pour les porter à l'accomplissement d'un devoir qui fait l'objet de nos désirs les plus ardents. Mais quelle ne fut pas notre douleur lorsque nous les vîmes se retirer des sociétés et chercher dans le sein de leurs familles ou dans le recueillement du cabinet un soulagement à celle qu'ils éprouvoient eux-mêmes. Quel ne fut pas surtout notre étonnement lorsque nous apprîmes que ce même zèle, cette même ferveur que nous avions regardée(s) comme un ressort propre à les ramener, leur avoit fait prendre le parti d'apeller un autre pasteur. Ainsi le schisme étoit résolu et nous touchions, il n'i a pas deux mois, au moment de voir se former une seconde église dans cette ville. L'idée de ce scandale nous fit frémir et, pour l'éviter, nous crûmes alors devoir prendre une délibération qui, sans aprouver la conduite de nos frères qui font batiser leurs enfans à l'église romaine, leur rouvrit l'accès à la table de notre commun rédempteur.

Nous croirions manquer essentiellement à notre devoir si nous n'informions le vénérable sinode d'une circonstance aussi importante. Elle luy feroit connoitre, d'un côté, l'intégrité de la conduite du Consistoire; de l'autre, combien nos frères qui font l'objet de notre sollicitude sont fortement persuadés des raisons qu'ils ont adoptées. L'impression en paroit si profonde qu'elle nous semble mériter plus les suports de notre charité que les reproches de notre zèle. Quand l'erreur a pris le caractère de la vérité dans l'esprit de ceux qui ont eu le malheur de l'adopter, l'erreur n'en est pas moins condamnable sans doute; mais l'esprit prévenu n'en est que plus à plaindre et réclame d'autant plus notre secours pour l'en dégager. Son retour à la vérité ne peut être que le fruit de l'instruction, l'effet de la persuasion ou plutôt l'ouvrage du Père des esprits.

Daigne cet être tout puissant et tout bon répandre sur le vénérable sinode son esprit de lumière et de charité, et présider à ses délibérations afln qu'elles se raportent à sa gloire, à l'édification et l'acroissement de son église et au salut de tous les fidelles.

Le conflit s'éteignit peu à peu, conformément à l'intérêt général

et aux décisions prises par les pouvoirs ecclésiastiques, sans^^ amen ni dissidence déclarée, ni protestations prolongées. Cependant e 1773 le pasteur Oiivier-Desmont se plaignait encore de ce que « plusieurs pères de familles, trop timides pour suivre les mouve ments de leur conscience, font baptiser leurs enfants aux église] catholiques»^. Il n'est pas impossible que cette ^anomalie se soi perpétuée jusqu'à l'Édit de tolérance, par suite de la tendance qu nous est révélée chez plusieurs protestants de distinguer entre les « devoirs de nature » et les « devoirs de précepte ».

B.Si de la direction prise par les volontés dépendait en grandepartie l'avenir de l'église de Bordeaux, il ne dépendait pas moins de la doctrine qu'elle professerait. Sur ce troisième chef il n'y eut point désaccord immédiat. Les plus instruits de la communauté^ ces nobles et ces bourgeois des Chartrons auxquels nous avons fait allusion précédemment, n'étaient que faiblement armés au point de vue théologique. Peu enclins néanmoins à se soumettre sans discussion aux ministres de la Parole qu'ils trouvaient maintenant devant eux, moins préoccupés peut-être de l'esprit que de la lettre des Ecritures, suivant la tendance de toutes les orthodoxies, ils ne tendaient qu'à perpétuer le formalisme doctrinal qui s'était introduit dans le protestantisme français depuis le grand interrègne pastoral, en se rattachant obstinément aux enseignements, qu'ils avaient hérités de leurs ancêtres immédiats.'

Ces continuateurs de l'orthodoxie confessionnelle du xvii^ siècle s'insurgèrent donc quand ils s'aperçurent en 1769, à n'en pouvoir douter, qu'Etienne Gibert, leur pasteur, en qui (nous l'avons déjà dit) une transformation spirituelle s'était opérée vers 1766 sous l'influence des Frères Moraves 2, visait par sa prédication et son enseignement catéchétique à faire prédominer une théologie qui

1. Texlc déjà cité à d'autres lins, d'après le Bulletin, XXXI, p. 4U5.

2. Cf. Daniel Benoit qui a utilisé, à cet égard, des renseignements de première main : « Une pieuse dame qu'il regardait comme une mère en Israël, (M""^ de Bethmann» i.ée Desclaux), lui fut très utile par ses entretiens et par les livres (ju'elle lui prêta. Elle lui donna un exemplaire de la Psalmodie de l'église des FrèreS; dont les cantiques parfois incorrects sont tout remplis de l'œuvre expiatoire de J.-C. » {ouu cité, 258; tf. 247 et 248).

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n'était plus' tout à fait celle du Consistoire. — (^e fut l'occasion (l'un troisième conflit plus aiiiu (pie les précédents et qui ne fut ]ioint écarté sans peine.

La position respective des deux partis était la suivante : dès 1766 ^ sinon plus tôt, le Consistoire avait décidé qu'on ne mettrait aux mains des catéchumènes que le Catéchisme de Saurin (1722) ^ ou celui d'Ostervald (1702)^. Contre la teneur de cette décision Etienne Gibert avait essayé d'introduire le Catéchisme d'Heidelberg (1563)* qu'il jugeait supérieur. Le Consistoire s'en était ému et, dans sa séance du 23 juin 1770, s'était opposé à cette innovation en demandant au pasteur de s'engager solennellement à n'enseigner, tant en public qu'en particulier, « aucune doctrine qui ne soit conforme à l'analogie de la foy des églises refformées et aux explications des docteurs de ces mêmes églises, les plus célèbres et les plus approuvés ».

Bien plus, les Anciens décidèrent que le pasteur « ne pourrait faire imprimer ny distribuer ou répandre parmi les fidèles aucun ouvrage qui intéresse la religion sans l'avoir préalablement présenté au Consistoire et en avoir obtenu l'approbation ». Le Consistoire comme représentant de l'Eglise s'érigeait donc en juge de l'orthodoxie théologique du pasteur. A quel point il prenait son rôle au sérieux et entendait le faire respecter, nous le savons par les questions qu'il posa publiquement à Etienne Gibert dans la séance du 30 avril 1770.

C'était en somme un procès de tendances qu'on soulevait contre le prévenu. Pour mieux triompher, les Anciens chargèrent le second

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