Registre consislorial, à la date du 5 fév^rier 176G
2. Jacques Saurin, Abrégé de la théologie el de la morale chrétienne en forme de catéchisme, 1722.
3. J.-F. Ostervakl; Grand catéchisme (Ncuchàlcl, 1702). Il en fut fait vers 1705. un Abrégé qui fut adopté par le Synode national de 1744, en même temps que les «Arguments et réflexions » sur la Bible, du même auteur. On en eut aussi un Précis, qui est l'œuvre du pasteur Paul Rabaut (1775). — Plus tard beaucoup d'églises préférèrent le Catéchisme de Gal-Pomaret (1772) ou celui de Jacob Vernes (1774), desquels nous n'avons pas trouvé trace à Bordeaux. — A cette période appartiennent aussi La théologiç de VEcriture sainte ou la Science du salut (s. nom d'auteur, La Haye, 1752, 2 vol. in- 8») et La Théologie chrétienne de Samuel Secrétan (1774, cours populaire professé d'abord au séminaire de Lausanne). Mais il n'en est pas fait mention dans les documents que nous connaissons.
4. Appelé aussi Catéchisme du Pdlalinal ou Catéchisme palatin. Voy. ce qui en est dit ci-dessous, p. 190.
pasteur de l'église, Henri Cavalier, qui voulut vainement se récuser, de tirer des sermons rédigés par Gibert depuis le commencement de 1769 la preuve qu'ils étaient entachés d'erreur doctrinale. Désireux cependant d'épuiser les voies de conciliation avant d'arriver à prononcer une sentence de condamnation, le Consistoire i confia à trois autres pasteurs de la région, lés sieurs Dugas, Jarousseau et Guiot, le soin d'intervenir personnellement auprès de leur | collègue de Bordeaux et de l'amener à résipiscence.
Pour faire cesser ce conflit, latent depuis 15 mois, Etienne Gibert parut d'abord prêt à céder. Sa déclaration du 13' août^le prouve, en même temps qu'elle nous apprend sur quels points particuliers portait l'accusation dant il était poursuivi.
«A déclaré : 1° qu'il n'avait jamais eu en vue de rien dire qui portât ses auditeurs à croire qu'il est inutile d'étudier la religion en profitant des talens que Dieu nous a donnés et des autres moyens qu'il nous fournit pour cella;2o qu'il n'avoit également jamais eu dessein d'enseigner que les bonnes œuvres'^ fussent inutilles; qu'il étoit au contraire persuadé de leur absolue nécessité, et que les chrétiens dévoient faire de continuels efïorts pour en produire, en les envisageant néanmoins non comme pouvant mériter par elles-mêmes le'^salut, mais comme un""efïet de la véritable foi ».
On demeure surpris d'apprendre que le Consistoire ait^pu^reprocher à un pasteur tel qu'Etienne Gibert l'idée qu'il estjinutile d'étudier la religion à l'aide des moyens dont on est naturellement pourvu. On ne l'est pas moins de lui voir attribuer l'opinion qu'il est inutile d'ajouter les œuvres à la foi, reprenant ainsi contre lui l'accusation dont la déloyauté de tant de théologiens catholiques poursuivait les protestants depuis deux siècles.
Néanmoins, faisant preuve d'une extrême condescendance, Gibert promit de ne jamais rien enseigner qui fût contraire à la doctrine de la Réforme sur ce point. Bien plus, il s'engagea « à ne traiter que très rarement et jamais ex professa les controverses touchant les matières de la grâce et de l'impuissance de l'homme... Et quant à l'instruction des catéchumènes ilfpromit de ne se servir pour cella d'autres catéchismes que^de ceux de'^M. Jacques Saurin ou ^ Osterval ^ ».
1. Pour plus de détails sur celte première phase du conflit, voir les Pélibéralions du Consistoire,
TROIS CONFLITS ENTRE l'ÉGLISE, ETC. 187
Contrairement à ce qu'on pouvait attendre de ces préniisses, la paix ne se fit point. Apres quelques jours de réflexions, Gibert refusa de signer sans quelques modifications l'acte de soumission que le Consistoire prétendit lui imposer à la suite de la séance du 13 août. Pour justifier son refus il fournit par écrit deux « explications » ((ui ne nous ont ])as été conservées, mais que le Consistoire, après en avoir pris connaissance, déclara « inutiles ». Accusé de contredire sa prédication passée par sa prédication présente, le pasteur répondit « qu'alors il prêchoit ce qu'il croyoit et qu'il prêche aujourd'hui ce qu'il sent «. Déclaration grave, qui nous fait saisir le fond du débat, c'est-à-dire l'opposition qui se manifestait entre la conscience collective du Consistoire fermement attaché au devoir de faire prévaloir la foi collective de l'église, et la conscience du pasteur peu disposée à courber son expérience intime devant^les objurgations d'autrui^.
Les voies de conciliation étant épuisées, le Consistoire dressa son réquisitoire en sept points et rappela que Gibert avait, de son propre chef : 1^ substitué au catéchisme de Saurin celui d'Ostervald, et à ce dernier celui d'Heidelberg; 2^ désobéi à l'injonction du Consistoire de se servir uniquement des deux premiers; 3^ mécormu les représentations qui lui avaient été faites plus tard au sujet de sa prédication; 4^ promis de se rendre aux désirs du Consistoire, puis repris sa promesse, tantôt reconnaissant, tantôt révoquant en doute l'autorité du Consistoire; 5° manqué à ses devoirs pastoraux en privant, depuis quatre ans, la jeunesse d'instruction religieuse plutôt que de se soumettre à ce qui lui était demandé; 6° s'était contredit dans ses moyens de défense; T^Javait manqué à l'engagement pris de signer l'acte du 13 août. ■ A ce réquisitoire véridique, ce semble, mais exempt d'indulgence on voudrait pouvoir opposer, pour en juger, la réplique de Gibert. Nous ne la connaissons malheureusement pas. Faisant preuve de la même « inflexible roideur » qu'ils reprochaient à leur pasteur, les anciens du Consistoire décidèrent, dans leur réunion du 6 septembre 1770, que M. Gibert « sera remercié dès aujourd'hui et prié de ne plus se regarder comme pasteur de cette église...; que néanmoins ses |honoraires lui seront continués pendant six mois
1. Sur les conséquences de cette déclaration de Gibert, voy. plus loin le chap. VII
à compter de ce jour, à la charge par lui de ne s'ingérer, sous quelque raison ou prétexte que ce soit, à faire à l'avenir dans cette église aucune fonction pastorale, publique ou particulière... )>
Comme bien on pense, Gibert, qui avait ses partisans, fit appel de cette décision au futur synode provincial. Les Anciens, de leur côté, firent soutenir leur point de vue par paroles et par écrits, réclamant en outre le droit de choisir leur nouveau pasteur hors de la province et sollicitant une lettre synodale aux fidèles de l'églisede Bordeaux, « pour les porter à se soumettre à l'ordre établi par la Discipline, à revêtir des sentiments de concorde, d'amour et de paix, et à mettre ainsi fm aux troubles qui ne l'ont agitée que trop longtemps ».
Devant un synode provincial réuni nous ne savons où, les 20- 22 septembre 1770, Gibert présenta un mémoire justificatif, en cinquante-six pages ^. Le synode refusa d'entrer dans le fond même du débat, « vu la délicatesse de la matière, » et défendit à^l'auteur de répandre cet écrit dans l'église.
Quant au Consistoire, il prétendit aussitôt, sur le rapport de ses députés, que Gibert avait présenté un « faux exposé » de la question qui se débattait, et il résolut de se pourvoir devant le synode provincial suivant, « à l'effet d'en obtenir que les susdits actes présentés par leur pasteur seront rectifiés dans les chefs sur lesquels rouleront les observations » dont le synode sera saisi par le Consistoire (26 septembre) ^.
La querelle s'envenimait et prenait une fâcheuse tournure. Les Anciens consentirent néanmoins (4 octobre) à délivrer à leur pasteur le certificat de bonne vie, mœurs et conduite qu'il réclamait. Mais informés qu'il continuait à défendre secrètement son orthodoxie auprès de plusieurs des fidèles de l'église, ils prescrivirent aussitôt une enquête à cet égard.