Cf. D. Benoit, ouu. cité, p
2. C'est alors, l^r octobre 1770, qu'un pasteur de Saintonge, Dugas, dont le nom paraît souvent dans notre étude, écrivit à l'église de Bordeaux pour déplorer la désunion qui s'est produite dans son sein et l'inviter, au nom du synode provincial qui s'est prononcé pour le départ d'Etienne Gibert, à reprendre les sentiments de concorde et de fraternité sans lesquels elle ne peut subsister. « Il faut que tout se fasse dans l'église avec ordre et avec bienséance. Il faut que le pasteur soit agréable au troupeau et le troupeau au pasteur ». {Arch. du consisl.). Cf. D. Benoit (jui a donné (p. 270) un assez; long: extrait de cette lettre « fort embarrassée ».
TROIS CONFLITS ENTRE l'ÉGLISE, ETC. 189
Ici s'ar*rête ce t{ue rapporte de ce conflit le Rcffislre des délihérationsK Par ailleurs nous saNoris (jiic le pourvoi piojelé fut admis et qu'un synode provincial, icnu en juillet 1771, approuva, à la demande des députés de Bordeaux, la conduite du Consistoire, qui « ne s'est écarté ni de r()i'dr(^ prescrit par la Discipline, ni des lois de la douceur, du support et de la charité w'*^. C'était, ce nous semble, un peu trop dire et vraisemblablement Etienne Gibert ne fut pas tout à fait de l'avis du synode, si communication lui en fut transmise à Londres où il s'était déjà retiré.
Ces faits qu'il connaissait ont dicté à M. C^adène le jugement que voici : « Etienne Gibert porta dans la chaire, devant des auditeurs sur la pensée desquels le catholicisme d'abord, le philosophisme ensuite, avaient singulièrement déteint, les doctrines sévères de la Réforme et de l'Evangile sur l'impuissance de l'homme et le salut par grâce, sur la nécessité de la conversion. Cela fit l'effet d'une nouveauté et divisa les esprits. Le Consistoire s'en émut; l'entente ne parut pas possible. Etienne Gibert dut quitter Bordeaux; il y avait exercé 11 ans (1759-70) un ministère toujours honoré et béni, malgré les épreuves de la fin»^.
Ce n'est point tout à fait ainsi que nous voyons les choses, à la lumière des documents que nous avons étudiés, ou du moins y voyons-nous quelque chose de plus et d'assez différent, ([ui faisait le fond du débat"*. Les catéchismes de Saurin et d'Ostervald n'étaient guère moins imprégnés que celui d'Heidelberg des doctrines sévères de la Réforme évangélique. Des données mêmes du Registre consislorial, il appert pour nous que le conflit se produisait non pas tant entre deux théologies différentes qu'entre deux justifications possibles d'une même pensée théologique : la justification mystique des théologiens d'Heidelberg, à laquelle Gibert voulait ramener ses auditeurs, et la justification plus intellectualiste
1. Ces délibérations sont résumées ici aussi exactement que possible. Mais le lecteur capal)le de s'intéresser à ces sortes de débats ne pourra se dispenser de recourir au Registre consislorial, tout au moins aux larges extraits que nous comptons en donner dans les Arch. hist. de la Gironde, t. LII. Il y trouvera maint détail instructif que nous avons dû sacrilicr ici.