‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 77 sur 166 · Bulle.lin..., t. VI, 1858, p · texte numérisé non relu

Bulle.lin..., t. VI, 1858, p

3. J. Cadène, ouv. cité, p. 18. — Au jugement de M. Ch. Dardier, « la raison et la j charité étaient décidément du côté de Gibert » {Bulletin..., XIX-XX, p. 71 ; cf. XXXI,

4. Nous nous en explic|uerons plus à plein dans le chapitre suivanti

des théologiens du xvii^ siècle que le Consistoire faisait sienne. ^

Et c'est bien ce que suggèrent les éléments divers qu'on met en cause dans ces débats. Le Catéchisme d'Heidelberg est un peu différent, en son fonds essentiel, de ceux qu'avait adoptés le Consistoire. Composé par deux jeunes docteurs de l'Université d'Heidelberg, disciples et amis de Mélanchton et de Calvin ^, il reproduisait les catéchismes antérieurs du réformateur français, mais en les reconstruisant sur le plan de l'Epître de saint Paul aux Romains : d'abord la notion du péché et de la misère de l'homme, puis celle de la rédemption par Jésus-Christ, enfin la pratique de la vie chrétienne chez le fidèle racheté.

Le succès de cet ouvrage s'avère de ce qu'il fut presque aussitôt adopté par les églises calvinistes de langue allemande répandues dans la région rhénane et leur servit de « confession de foi » contre le fanatisme et l'étroitesse du luthéranisme environnant. « On a pu dire avec raison de ce catéchisme qu'il était l'une des institutions de l'Eglise réformée. Il lui a servi, en effet, à la fois de symbole de doctrine, de manuel d'enseignementf^et^de livre de^piété. De l'aveu général des hommes compétents,*'c'est^une œuvre magistrale. )) Au jugement des catéchistes qui^l'ontfétudié et pratiqué, il offre des qualités de forme et de fond qu'on ne peut méconnaître.

Mais il y a quelque chose de plus qu'il nous importe de savoir, pour essayer de pénétrer les intentions du pasteur Gibert. « La doctrine du catéchisme d'Heidelberg est naturellement celle de l'orthodoxie réformée, dépouillée des premières duretés et des subtilités de l'école. Bien que ses deux auteurs fussent calvinistes, le catéchisme lui-même ne parle ni de rédemption limitée, ni de prédestination à mort, et sur l'article de la cène il se rapproche des vues zwingliennes ».

De ces deux caractères du Catéchisme d'Heidelberg : son mode d'exposition et sa valeur doctrinale, il est assez vraisemblable

1. Cette partie de notre sujet était depuis longtemps achevée quand nous avons pu prendre connaissance du livre de M. le pasteur Daniel Benoit, Les frères Gibert (Toulouse, 1889, in-12o de 429 p.), qui consacre presque tout son chapitre XIII (p. 260 et ss.) à l'exposé du conflit que nous venons d'étudier. Nous n'avons rien à changer à ce que nous avons dit, mais nous avertissons que M. Benoit est descendu plus profon dément que nous dans l'examen de la personnalité religieuse d'E. Gibert. (Cf. les p. 241, 24.3 et 24G).

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que c'est plutôt le second qui le recommandait aux yeux de Gibert si nous nous rappelons que ce pasteur était aussi un théologien soucieux de « saine doctrine ». Le Consistoire ne l'était pas moins; seulement il la concevait sous une forme légèrement évoluée, celle que lui avaient donnée Ostervald et Saurin, correspondant à un second stade dans le développement chronologique de la théologie réformée.

Il est instructif pour nous de savoir ce que pensait d'Etienne Gibert l'un de ses contemporains, le pasteur Jean Le Clerc ^ :

Durant sa jeunesse (nous dit-il) et même pendant le temps où il commença d'exercer son ministère, il n'avait pas une connaissance claire et expérimentale del'évangile. Ilparaît que sa conduite futtoujours régléeet morale ; il évitait soigneusement tous les péchés éclatans, pour lesquels il montrait beaucoup de répugnance. Jamais, aussi, il ne fut amateur des biens de ce monde, car ce qui le dégoûta de l'étude des lois civiles à laquelle ses parents l'avaient destiné, fut la crainte de devenir avare.

Les professeurs de Lausanne, dit un autre biographe anonyme^, étant sociniens, M. G. adopta ces principes; mais quelque temps après, une thèse sur la divinité de J.-C, lui ayant été donnée à soutenir devant l'Université, comme il ne voulait pas soutenir de bouche une chose qu'il ne croyait point, il avait formé le dessein d'avancer devant tous qu'il était socinien. Mais, ayant lu le troisième tome des ouvrages d'Abbadie, qui traite sur la divinité de Jésus-Christ, il fut si frappé du témoignage de l'Ecriture sainte à ce sujet, qu'il se dit à soi-même : « 11 faut que tu croies la divinité du Sauveur ou que tu renonces au Christianisme ■». Il soutint donc la thèse de bonne foi et il eut, dans la suite, bien des discussions avec les professeurs et les étudiants à ce sujet

Quoiqu'il fut respecté comme un homme, dont la vie était, selon ce qu'on dit, irrépréhensible, et fermement attaché aux principes de l'orthodoxie, il ne paraît pas avoir eu aucune idée de l'état du péché ou de corruption où sont tous les enfants d'Adam avant leur conversion, ni du grand changement qui doit s'opérer en nous avant que nous puissions être admis en la présence d'un Dieu infiniment saint. En se comparant avec d'autres qu'il regardait fort au-dessous de lui, il se disait en applaudissant à soi-même : « S'il y a quelqu'un de sauvé, je serai du nombre». Ce fut vers l'année 1766 que ses hautes prétentions commencèrent à se dissiper. Il vit que, malgré la ponctualité avec laquelle il croyait avoir rempli ses devoirs, ses meilleures œuvres étaient tellement mêlées d'imperfection qu'elles ne pouvaient soutenir la sévérité du juste jugement de Dieu. Le miroir de la loi parfaite et spirituelle lui découvrait ses imperfections

1. Jean Le Clerc, Quelques ressouuenirs de feu le révérend Gibert, cités par M. D. Benoit, p. 242.

?. Pans le Magasin ivesleijen, 1830, p. 243, cité par M. P. Benoit.

et lui montrait ce qu'il aurait dû être. Toutes choses lui apparaissaient alors sous un nouveau point de vue. Au lieu de se croire dijïne du ciel en V vertu de ses propres mérites et de rendre grâces à Dieu de ce qu'il n'était pas comme le reste des hommes, il se vit contraint de s'écrier avec le péager : dO Dieu, soisapaisé envers moi qui suis pécheur ». Ainsi convaincu de son état de péché, de misère et de perdition, la nouvelle d'un Sauveur tout puissant et du grand salut acquis par sa mort était tout à fait analogue à ses besoins et, se tournant vers ce Sauveur, il fut rempli de paix et de joie en croyant ^.

Il n'est que juste maintenant de donner la parole à Etienne Gibert lui-même en reproduisant deux lettres où il expose sa conduite et explique la nature du conflit dont il fut victime. La première, adressée à l'église de Bordeaux, est du mois d'octobre 1770, donc antérieure au départ de son auteur ^i

Mes chers frères. C'est pour dissiper les soupçons et lever le scandale que doit vous donner ce qui vient de se passer à mon égard, que je me vois obligé de vous informer en gros des motifs qui l'ont occasionné.

Il est naturel que vous supposiez qu'il y a des faits graves à ma charge, car selon votre Discipline un consistoire ne peut interdire à ini pasteur, dans son église, toutes les fonctions de son ministère qu'autant qu'il est atteint et convaincu d'hérésie ou de quelque crime punissable par le magistrat. Je dois commencer par vous dire que, bien loin d'être convaincu de pareils forfaits, je n'en suis pas même accusé.

On me fni! un grief d'avoir fait imprimer et de m'être servi, dans l'instruction de la jeunesse, du Caléchisme d'Hcidelbrrr/ sans l'avoir proposé au Consistoire, catéchisme que j'ai fait voir être un des meilleurs que nous ayons, selon le Synode général de Dordrecht, 1G19, et s(?lon la décision toute récente- de l'Académie d'IHrecht. Et néanmoins, après avoir fait par zèle pour l'instruction de la jeunesse, ce que je crus devoir faire pour obtenir du Consistoire la permission de m'en tenir à ce catéchisme, je consentis à ce qu'on exigeait de moi, savoir que j'expliquerais à l'avenir le catéchisme d'Ostervald ou de Saurin.

2° On m'a fait un grief d'avoir dit que l'homme ne peut rien de bien avant d'avoir la foi et que la philosophie est inutile dans la religion. J'ai prouvé que ce que j'ai enseigné là-dessus est conforme à notre Confession de foi, art. 9 etc. et à la Parole de Dieu.

Je me suis d'ailleurs expliqué sur ces matières et j'ai réfuté les objections qu'on fait contre cette doctrine et qui sont exactement les mêmes que l'église romaine faisait à nos réformateurs.

30 On s'est recrié sur ma manière de prêcher parce que, m'a-t-on dit, j'en revenais toujours au même but, c'est-à-dire à Jésus-Christ. \'ous

1. Magasin wesleyen, 1830, p. 245. Cf. les Bessouucnirs de Jean Le Clerc.

2. D'après M. D. Benoit, ouv. cité, p. 274 et ss. — Cf. Ch. Darclier, Esaie Gasc, p. 450 et ss.; Bulletin..., XXXI (1882), p. 399 et ss.

m'êtes tous témoins (jue j'ai toujours trailô de sujets dilTéreiits taiil(")t de théologie et tantôt de morale. 11 est vrai que je dirigeois mes exhortations de manière à conduire les âmes à Jésus-Christ, |)ar qui seul nous [)ouvons aller à Uieu comme à notre père (Jean, xiv. G) J'avais toujours ce but de vous porler à lui donner votre cœur, à vous l'aire désirer la toi opérante par la cliarité (Gai., V, G), cette loi qui donne la vie (Jean, ni, 18 et 3G) et ({ui lait remporter la victoire sur le monde (.Jejui, v, 4). Je n'aurais pas pu avoir de plus grande joie que de \ous trouver dociles à ces exhortations; le Seigneur m'en est témoin.

4" On m'a l'ait un grief des plaintes qu'on dit (juc vous, mes chers frères, avez faites sur mes prédications. Un n'a cessé de dire que l'église réclamait contre la doctrine que j'ai annoncée.

il n'a été question que de ces articles pendaiit les six premières fois que j'ai paru au consistoire comme accusé. Mais, le G septembre, je fus remercié à l'occasion d'un article par lequel on voulait me faire promettre de ne traiter que rarement et jamais d'une manière expresse les matières de la grâce et de l'impuissance de l'homme; promesse que je ne crus pas pouvoir faire. On prétend que je l'avais faite le 13 août ; mais il ne s'agissait alors que de ne pas traiter les controverses sur ces matières, ainsi qu'il était annoncé dans l'article. Cependant, dans le Consistoire du 6 septembre, on me dit qu'en signant je devais entendre non les controverses, mais les matières.

L'affaire a été portée au synode de la province, et le synode a décidé que j'étais repréhensible de n'avoir acquiescé à ce que le Consistoire exigeait de moi, au sujet des catéchismes, qu'après des sollicitations plusieurs fois réitérées; que je l'étais aussi de n'avoir pas eu égard aux réclamations du consistoire et de l'église sur ma manière de prêcher. Et lorsque je lis observer au synode qu'il me censurait sur un article qui était terminé entre le consistoire et moi et qu'il fallait s'expliquer, dire quelles sont ces réclamations et montrer qu'elles sont fondées, le synode prononça par un article qu'on se tairait la-dessus, vu la délicatesse de la matière-, ce sont les termes de l'article. Le môme synode qui approuve les procédés du consistoire contre moi, le censure néanmoins et m'offre de m'assigner un quartier dans la province.

C'est là, mes chers frères, le |)récis des torts (|u"on niimpute et de ce (jui s'est passé me concernant. Je vous prie de vous en informer aui)rès de Messieurs du Consistoire et même de les sommer de jH-oduire leurs griefs à la ^ace de l'église. Mais qu'on ne s'en tienne pas à des imputations vagues et qui ne sont appuyées sur aucun fait; qu'on mette en avant les erreuri> que j'ai enseignées et qu'on écoute ce que j'ai à dire sur les imputations qu'on me fera; c'est tout ce que je demande. Ce n'est pas seulement pour lever le scandale qui rejaillit sur la doctrine que j'ai ainioncée que je me vois contraint de vous prier de vous joindre à moi pour faire expliquer Messieurs du (consistoire, mais aussi parce qu'après m'avoir interdit pour cette église, ■ — je ne crains pas de le dire, sans état de produire aucune bonne raison pour justifier leur procédé, - ils n'ont\ oulu me donner -d'autres témoignages qu'un certificat flétrissant, ce qui me met dans le cas de ne trouver aucun asile. Vous êtes en droit, mes chers frères, et j'ose dire que vous le devez aux sentiments que j'ai pour vous,

au zèle que j'ai eu et que j'ai encore pour votre salut, vous êtes en droit d'exiger du Consistoire qu'il s'explique. Si j'ai enseigné quelque erreur, qu'il le fasse voir; sinon qu'il rende témoignage à la vérité.

Je vous prie de regarder comme supposés tous les bruits qu'on a répandus et qu'on pourra répandre pour insinuer que je m'écarte de la doctrine de nos églises. Je suis, et j'espère que le Seigneur me fera la grâce de l'être jusqu'à ma fin, je suis chrétien selon la doclrine qui est contenue dans la Parole de Dieu et dans notre Confession de toi. Je vous fais cette déclaration avec autant de sincérité que je désire d'obtenir grâce et miséricorde auprès du Seigneur. Je vous fais cette déclaration pour votre propre édification, en vous assurant et vous protestant que, si je suis exposé aux poursuites que j^ai éprouvées, si je n'ai pas quitté cette église plus tôt, ce n'a été que par affection pour ce troupeau et qu'en vue de remplir ma tâche envers cette église. C'est ce que je crois avoir fait autant que mes grandes imperfections me l'ont permis.

Etant encore dans cette ville (de Bordeaux), je prie tous ceux qui pourraient être dans l'idée que je leur ai fait quelque tort, de quelque manière que ce puisse être, de \ouloir bien me prévenir.

Il ne me reste qu'à vous recommander à l'amour tendre et paternel de Dieu, notre Père, à la grâce et à la miséricorde du Seigneur Jésus, dont la mort seule est notre vie, et à la conduite du Saint-Esprit qui nous sanctifie et qui nous scelle pour le jour de la rédemption.

Voici la seconde lettre que nous avons annoncée. Adressée par Etienne Gibert à ses parents, elle est aujourd'hui sans date. Mais comme elle vient de Londres, il y a vraisemblance qu'elle fut écrite au commencement de 1771 ^:

Une de mes plus grandes peines en quittant Bordeaux, c'est que je m'éloigne encore plus de vous; mais il ne m'a pas été possible de résister à certains chefs du Consistoire de cette" ville qui s'étaient ligués contre moi et qui voulaient me faire promettre de ne parler jamais d'une manière expresse de la grâce (de Dieu) et de la misère de l'homme; mais plutôt que de faire une semblable promesse, je laisserais répandre jusqu'à la dernière goutte de mon sang. C'a été, ma chère mère, l'unique cause de mon expulsion de Bordeaux, ainsi que je suis en état de le prouver. Je vous dis cela en suite de la réflexion que j'ai faite, que vous pourriez peut-être craindre qu'il y eut autre chose. M. Roche doit le savoir et, s'il veut rendre témoignage à la vérité, il vous l'attestera aussi,

1. Citée par Daniel Benoit, p. 294, s. date précise ni indication de source, probable* ment d'après le Magasin ivesleyen de 1830, — Cf. une autre lettre du même adressée de Londres, 6 mai 1774, à Olivier-Desmont son successeur à Bordeaux, et reproduite par M. Benoit, p. 297-300, d'après le Bulletin..., XIX (1870), p. 70.

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Dans ces débats et ces querelles, c'est aux décisious des Synodes nationaux que le Consistoire se rél'éra sans cesse, non seulement pour rétablir le pastoi'at dans ses droits, réveiller vn lui le souci de ses devoirs, réorganiser l'église, réghir ses relations avec les églises voisines, les colloques et les synodes provinciaux, mais encore pour trancher les diiïicultés d'ordre intérieur, de morale ecclésiasti([ue et de doctrine ([ue nous venons d'exposer. La tâche lui fut grandement facilitée à cet égard par la publication des Actes ecclésiastiques et civils de tous les synodes nationaux des églises réformées de France^ qu'avait faite Jean Aymon en 1710 (2 vol. in-4" réédités en 1736). Elle le fut surtout par la codification de ceux de ces actes qui intéressaient directement les mœurs. Cette codification parut à La Haye en 1760 sous ce titre LaDiscipline ecclésiastique des églises réformées de France avec tes observations des synodes nationaux sur tous les articles et la conformité de la dite discipline avec celle des anciens chrétiens ^.

S'agissait-il, comme avec Etienne Gibert, d'établir une doctrine proprement religieuse ? L'église et le consistoire faisaient appel à l'autorité des Ecritures, et comme cette autorité ne parle point par elle-même sur tous les points où on l'interroge, église et consistoire s'en remettaient prudemment au jugement des pouvoirs constitués : les synodes provinciaux (à défaut des synodes nationaux) qui, s'inspirant des Ecritures, de la Confession de foi de La Rochelle et des théologiens les plus autorisés, décidaient selon leurs lumières sur le cas qui leur était soumis, avec l'assistance du Saint-Esprit, comme ils disaient. Et ils avaient cette sagesse de

1. Une lettre de Paul Rabaut, 2U janvier 17G3 {rec. cité, 1, 331), montre que dèb cette année-là on s'occupait de faire passer aux églises, nommément à celle de Bordeaux, des exemplaires de cet ouvrage. — Quant à la Discipline des églises réformées (1571), publiée par d'Huisseau en 1650, elle était devenue insulfisante, en raison même de sa date. — On ne voit point que le fameux statut général en 30 articles, élaboré par le synode provincial du Bas-Languedoc en 1739-40 et connu sous le nom de Discipline du désert, ait jamais été invoqué par l'église de Bordeaux, en quelque circonstance que ce soit. Il n'avait évidemment pas la même autorité ou ne répondait plus aux mêmes besoins que les statuts, règlements décisions qui se réclamaient des syno des généraux des xvi'' et xvii^ siècles.

La Discipline du désert a été publiée pour la première fois par M. Edmond Hugues, Synodes du déserl, I, tuppl. (1887), p. 357 à 405.

ne point prétendre trancher in œlerniim les difficultés d'interpré tation qui se présentaient parfois.

Le conflit prolongé que nous venons d'exposer se circonscrivi entre les années 1769 et 1770. Eût-il éclaté quelques années plu tard qu'il eut vraisemblablement revêtu des caractères différent et mis enjeu d'autres idées, au moins de la ^ part du Consistoire. L'Emile de Rousseau avait paru en 1762 et son Vicaire savoyard avait trouvé peu à peu des disciples enthousiastes dans toutes les classes de la société française. On ne voit pas cependant, contrairement à ce que dit M. Gadène, qu'aucune influence de ce genre ait guidé l'opposition faite par nos Anciens au pasteur Gibert; Le conflit resta empreint de l'esprit du xvii^ siècle. Si le jeanjacquisme a pénétré l'église réformée de Bordeaux, ce fut beaucoup plus tard, et moins peut-être le jean-jacquisme qu'un esprit nou veau à l'égard de l'autorité des Ecritures. Les théologiens def Genève étaient au courant de beaucoup de choses et les laïques! instruits avaient eux-mêmes perçu l'écho des hardiesses qui se^ donnaient cours jusque dans le catholicisme. Ils n'ignoraient pasj que Richard Simon, prêtre de l'Oratoire ^, et dom Calmet, de l'ordrev des Bénédictins^, avaient inauguré à l'en^droit des écrits de l'ancienl et du nouveau Testament une exégèse assez voisme de celle de Bayle. Ils n'étaient pas sans avoir entendu dire qu'un célèbrej médecin de Montpellier, Jean Astruc ( i- 1766)^, avait ébranlé la^^ considération accordée jusque là à l'enseignement du Pentateuque, en montrant qu'il est inspiré par deux doctrines inconciliables sur beaucoup de points: celle de l'Elohiste et celle du Jéhoviste.^^ Désormais 1 autorité des Ecritures, en tant que procédant d'une inspiration littérale et absolue, ne se pouvait plus défendre. — D'autre part, ils savaient aussi qu'à Genève prévalait, avec les pasteurs Turettin et Abauzit, une théologie plus libre que celle du xvii^ siècle. Sans rien de subversif, elle donnait un peu d'air et de lumière à celle de leurs prédécesseurs, trop étroite et trop rigide pour correspondre pleinement à la pensée de saint Paul ou de saint Jean.

1. Histoire critique de r ancien et du nouveau Testament (167S et 1689). — C'est l'o vrage (jue Bossiiet fît saisir par voie d'autorité, sans se rendre compte qu'en suppn niant l'exégèse de Ricliard Simon il rendait possii)le celle de Voltaire.

2. Dictionnaire critique et historique de la Bible (4 vol. in-i'bl. 1722 et ss.) et autres ouvrages relatifs à la Bible.

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