Bibl. rnunicip., ms. 1499, p
3. A Limoges cette manifestation, eut lieu le 20 juin 1686 (Voir notre Histoire de la Réforme dans la Marche et le Limousin (1888, p. 336 et ss.). Elle se reproduisit vrai- ^mblablement dans tous les diocèses.
4. Sur la valeur de cette expression voy. une note du chapitre suivant.
a. Depping, Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV. l\, (1885) p. 501, note,
s'intéressa à leur cause, mais, semble-t-il, sans le moindre succès ^ La navrante histoire de dame Marie du Candal et de D^i^ Calonges. obligées de s'exiler dès la fin de 1685, mériterait aussi d'être racontée si elle n'était déjà trop connue 2.
Celle de dame Deborah de Phelypeaux l'est peut-être moins. Cette protestante zélée fut condamnée à la perte de ses biens et aux galères en 1712, pour avoir ouvert sa maison à une assemblée de 500 rcligionnaires^. A cette occasion Pontchartrain adressa à Dalon, président au parlement de Bordeaux, la lettre que voici*: «J'ay receu la copie de l'arrest que le Parlement vient de rendre contre la nommée Debora. Cette femme pouvoit mériter la mort; mais les condamnations prononcées contre elle ne laissent pas d'être assez considérables pour pouvoir contenir les autres par la crainte d'une pareille soumission. Le rasement de sa maison surtout ne manquera pas de faire beaucoup d'esclat et de produire un bon effect...»
En somme une nouvelle page s ajoutait en ces mnèlDres années au long martyrologe protestant ouvert dès le xvi^ siècle et s'inscrivait dans le cœur de beaucoup de contemporains^. Semences de haine et de colère ^qui ont germé jusqu'à nos jours, au grand scandale de ceux qui ne veulent rien savoir de cette histoire^.
1. Co placct a été publié dans les Arch. hisl. de la Gironde, XVII, p. 170-174. Cf. lo Bull. hisl. prot. franc., VII (1858), p. 137 el 316. Aucune preuve n'a été fournie jusqu'ici de la mise en liberté de ce malheureux.
2. Voy. A. Communay, Le Parlement de Bordeaux (1886, p. 182 et 204).
3. L'arrêt du Parlement de Bordeaux se trouve dans le m.s. 713 de la Bibl. municip. (d'après J. Delpit, Calai, des mss., I, p. 293).
4. Lettre du 11 août 1712, dans Depping, rec. cité, IV, p. 522. — Cf. dans Boislisie, rec. cité, III, n» 1333, une lettre de Du Viger, procureur au Parlenumt de Bordeaux, annonçant au Contrôleur général, en cette même année 1712, la condamnation de plusieurs individus coupables d'avoir assisté à des prêches, donné asile à des prédi-. cants ou tenu des assemblées dans leurs propres maisons.
5. Pour l'histoire du protestantisme bordelais entre 1685 et 1715, on peut consulter M. Paul Bert, Histoire de la révocation de Védit de Nantes à Bordeaux et dans le Bordelais de 1653 à 1715 (3'' partie, p. 73 à 101). Cette forte brochure d'un non-protestant, avec préface de M. Camille Jidlian, est un tirage à part de la Revue historique de Bordeaux, 1908. Sur <a valeur intrinsèque et ses lacunes voir le Bull. hist. prol. franc., 1917, p. 345. L'auteur n'a pu utiliser Dangibeaud, Relation de ce qui s'est passé de plus considérable louchant les conversions dans les provinces de Guienne, Béarn..., sous le commandement du marquis de Boufflers en Vannée 1685 (publ. en 1916 par la Rev. de Saintonge et d'Aunis).
6. Dans les Cévennes les persécutions engendrèrent un fanatisme farouche autant qu'héroïque, qui reste lié au nom des Camisards. Rien de semblable n'a été constaté
Certes le coup fut terrible pour les églises réformées, les effets , furent effroyables, et le pouvoir royal put croire qu'il avait anéanti à tout jamais le protestantisme et les douze cent mille fidèles environ qu'il comptait alors. La suite de notre récit montrera qu'il n'en fut rien et que l'opiniâtre résistance des victimes fit obstacle finalement à ce mauvais dessein.
Cette législation draconienne ne suffisant point à atteindre le but poursuivi, une déclaration royale, signée de Louis XIV, parut sous la date du 8 mars 1715, bientôt commentée par un curieuse lettre du chancelier Daguesseau ^. La déclaration affirmait comme un fait positif la disparition du protestantisme, et, par voie de conséquence logique, condamnait aux terribles peines infligées de tout temps aux relaps les « nouveaux convertis» qui soit pendant leur vie, soit à l'article de la mort, avouaient faire toujours profession de la religion prétendue réformée ^. Les Protestants passés à l'étranger depuis 1685 échappaient naturellement aux atteintes de la déclaration royale; mais ceux qui, beaucoup plus nombreux, étaient demeurés en France, allaient tomber sous ses coups, c'est-à-dire être pendus, roués, ou tout au moins envoyés aux galères.
A travers les faits que nous venons de rappeler sommairement, le lecteur peut deviner de quelle inspiration première procédait l'édit de Révocation, et comprendre aussi quels furent les moyens d'exécution employés et quelles les conséquences immédiates. Il est instructif maintenant de montrer quelle idée le Clergé local en donnait trente ans plus tard, à ses auditeurs dans deux oraisons funèbres qui furent prononcées dans notre ville à l'occasion de la mort de Louis XIV.
jusqu'ici en Guienne. Il est à croire que, dans la défaite de leurs coreligionnaires cévenols, les protestants de Bordeaux virent leur propre défaite et, dans l'ignorance où ils étaient des faits particuliers, n'éprouvèrent point l'horreur que nous ressentons aujourd'hui pour les cruautés dont se souillèrent les deux partis en présence.
1. Déclaration et lettre ont été imprimées par Ed. Hugues, Histoire de la restauration du protestantisme français, I (1874), p. 365 et 367. Dans la lettre du chancelier domine le point de vue juridique, qui se concilie si malaisément avec les faits réels.
2. Voy. un arrêt du Parlement de Bordeaux, 2 octobre 1714 (dans le Bulletin..., 1905, p. 287), déclarant le feu sieur de Journiac, écuyer, nouveau converti, être mort coupable du crime de relaps et d'apostasie. « Pour répondre duquel, ordonne (le Parlement) que sa mémoire demeurera éteinte, supprimée et condamnée à perpétuité. » Remarquer que cet arrêt, dont il subsiste un exemplaire aux Arch. dép. de la Gir., C. 3787, est antérieur de quelques mois à la déclaration royale de 1715,
La première est du curé de Sainl-Micliel, Antoine (Iriniauld, parlant au nom de tous les « corps constitués » lors de la « pompe funèbre » qui eut lieu à la cathédrale Saint-André le 20 novembre 1715. C'est un panégyrique outré de l'homme, du souverain et du conquérant, sur un texte de VEcclcsiasle, XLVl, I, dont on pouvait tirer d'autres leçons :
L'extirpation de i'iiérésie demandoit bien des choses que le Roi possédoit éminemment : un pouvoir absolu, une sagesse consommée, une justice également inexorable et bienfaisante, une protection du ciel toute singulière. La révocation de Ledit de iNantes entraînoit avec elle l'évasion d'une grande partie de ses sujets et l'indignation de la plupart de ses voisins; c'étoit dans la pensée de nos Philistins l'arche du Dieu d'Israël, qui nous alloit remplir de morts et de mourants, les villes alloient être dépeuplées, les campagnes désertes, les maisons abandonnées; autant de François fugitifs, autant d'ennemis de la France; elle devoit mettre le feu dans toutes les provinces du royaume. Ce fut le langage de la prudence humaine, à qui la religion du Prince imposa le silence, et nous la vimes applaudir à Lexé-' cution de ce grand dessein qu'elle n'avoit point approuvé. Les hérétiques instruits, désabusés, convertis, prosternés aux pieds de nos autels, quelle conquête pour la Religion ! Quelle gloire pour le Roi ! Les nations entières enchaînées à la suite de son char composeroient-elles un plus beau triomphe ? Et la joye de David au retour de l'arche du Seigneur, marqua-t-elle plus de piété ? Le rétablissement même du Temple ne fit pas plus d'honneur à Josué ni plus de plaisir aux enfants d'Israël...
Mais quelle étoit l'intention du roi ? D'assurer la tranquilité de ses Etats? Il avoit en main de quoi les contenir. Ou cherchoit-il la gloire d'accomplir ce que les rois ses prédécesseurs n'avoient fait que résoudre ? C'étoit l'intérêt, c'étoit la sûreté de la religion qu'il vouloit laisser plus pure qu'il ne l'avoit trouvée. De là son aversion pour les nouveautés dont le seul soupçon lui faisoit horreur... ^
La seconde fut prononcée dans la maison professe des Jésuites de Bordeaux, le 14 décembre 1715. Elle est du R. P. Jean Pluman qui entonne le même péan.
Après un exorde solennel, où il nous dit que le défunt roi, « ce héros plus grand encore par sa religion que par ses triomphes, avoit détruit l'hérésie, proscrit l'impiété, purifié le sanctuaire, fait ériger la croix de son Dieu jusqu'.aux extrémités de la terre », l'orateur parlant « au milieu du sacrifice adorable que son zèle
(1) Bibl. municip. de Bordeaux, Belles-lettres^ n" 1851 (Bx, Lacour, 44 p.).
a vengé des profanations de l'hérésie », ouvre la seconde partie de son discours par ces mots :
(' L'extinction du Calvinisme est un de ces chefs-d'œuvre et de ces miracles que l'éloquence' n'entreprend pas de relever. Cette hérésie ou plutôt cette i'urie infernale qui, depuis plus de deux siècles, bravoit impunément la puissance de nos grands rois, qui n'avoit pu être rassasiée du sang d'un million de Français ni abattue par les terribles coups de trois cents combats, se relevant sans cesse sur ses propres ruines et plus menaçante encore après ses défaites, reçoit enfin le coup fatal de la main de Louis le Grand.
« Quels nouveaux combats a donc li\Tés ce héros ? Quelles têtes a-t-il frappées et renversées ? Quels secrets de politique a-t-il mis en œuvre pour consommer ce prodige inespéré ? Il a parlé, et sa voix soutenue de celle du souverain Maître a ramené à l'église de Jésus-Christ deux millions de ses sujets. Il a parlé, et les faux prophètes ont pris la fuite et les temples profanes ont été ensevelis sous leurs ruines et les autels du Dieu vivant ont été vengés. Sans même lever le bras il a dompté un parti rebelle que la perte de ses forteresses et de ses chefs les plus fameux avoit encore plus irrité qu'elle ne l'avoit affecté ))^.
Nous n'avons pu tirer des documents subsistants aucune donnée certaine, quant au nombre global des protestants qui vivaient à Bordeaux, par milliers, en 1685^; aucune non plus, quant au nombre de ceux qui cherchèrent un abri relatif dans l'armée et dans la marine marchande ou militaire, ni de ceux qui passèrent à l'étranger ou bien demeurèrent sous le nom de «nouveaux convertis» en abjurant entre les mains du clergé, vivant secrètement, réfractaires et impénitents, à La Rousselle et aux Chartrons. Ce sont là des lacunes regrettables dont les effets se répercuteront sur la statistique que nous tenterons d'établir, au chapitre IV, pour les années 1753 et suivantes.
1. Bibl. munie, de Bordeaux, Belles-Lettres, n° 1850. Imprimée chez Lacour à Bordeaux, cette oraison funèbre remplit 31 pages chiffrées. Elle a été reproduite dans le RecueildeplusieursoraisonsfiinebresdeLouisXIViinpr.cn. 1716,2 vol. s. n. de lieu, s. n. d'imprimeur (t. II, p. 89 et ss.).
2. M. Paul Bert {ouv. cité, p. 3) le fixe à environ 2.300 fidèles, ce qui semble faible. Le fait qu'au xyii^ siècle jusqu'aux approches de la Révolution, il y eut chaque dimanche deux services religieux au temple de Bègles et qu'en 1669 il fallut y augmenter le nombre des places par la construction de galeries latérales pour répondre à l'affluence des auditeurs (voir le Cinquième livre des délibér. du consistoire, à la date) apporte un élément d'instruction qu'on ne peut négliger. Néanmoins l'imprécision des témoignages contemjjorains laisse douteuse la conclusion ferme que l'on cherche.
Pendant huit années (celles de la régence de Philippe d'Orléans) il y eut pourtant dans notre région ^ une accalmie relative si l'on ne tient compte des rigueurs qu'exerça à certains moments le maréchal Fitz-James duc de Berwick, commandant militaire de la province de Guienne de 1716 à 1719 2,
Puis vint la trop fameuse Déclaration royale de mai 1724^ qui aggravait les stipulations de l'acte de révocation*. A la vérité' le cardinal de Fleury, agissant en ministre d'Etat plutôt qu'en ministre de son Église, fit savoir dès 1726 aux curés de Bordeaux, par l'entremise' de l'intendant de la province, que «l'intention du roi était que sa déclaration de 1724 ne fût pas exécutée^ ». Cet avis tardif donné au bas clergé, non point par l'intermédiaire de l'archevêque, mais par celui d'un fonctionnaire civil, paraîtrait chose assez surprenante si l'on ne savait que, de bonne heure, le pouvoir central avait remis aux intendants provinciaux, comme étant mieux en sa main, le soin d'appliquer l'acte de révocation^.
Dans les premières années, (dit un mémoire officiel) le roy a chargé.directement les intendants et ses commissaires départis de tout ce qui regardoit la religion et la conduite des nouveaux convertis. Il y avoit dans ces commandements et dans la conjonction d'un si heureux changement une infi-
1. Au dire de M. Jean Guiraud, qui prétend interpréter M. de Félice, il y aurait eu de 1700 à 1744 trente-neuf années de calme dans la persécution contre les religionnaires {Hist. partiale, hist. vraie, p, 141), particulièrement de 1730 à 1744. M. Guiraud n'a pas compris que les sévices judiciaires et les violences militaires étaient infiniment plus supportables par leur brièveté que la mise hors la loi qui résultait, chaque jour, de l'application des édits royaux.
2. D'après M, Ed. Hugues, Synodes du désert, 1, p. xxviii, sans indication de source ni de date. Ch. Coquerel {Hist. des égl. du désert, I, p. 137) semble attribuer les faits aux années 1716-17, en limitant d'ailleurs leurs effets aux rcligionnaires de Clairac et de Nérac. — Cf. aux Arch. dép. de la Gironde, C. 3788, la lettre écrite par le Conseil du dedans du royaume à M. de Courson, intendant de Bordeaux, pour lui prescrire, de la part du régent, de dissiper les assemblées de religionnaires qui se sont reformées dans la province (avril 1716).
3. Souvent publiée, en dernier lieu dans le recueil L. Pilatte, Edits, déclarations..., p. 534. «
4. Pour cette nouvelle phase voir les Souvenirs déjà cités de Daniel I Ducos.-
5. D'après une note du Placet au roy (impr.) de 1758, cité plus loin. La note est ainsi conçue : « En 1726, M. de Boucher, intendant de Bordeaux, assemble tous les curés de la ville et leur communique une lettre de M. le Cardinal de Fleury, qui lui enjoignoit de leur faire savoir que l'intention du Roy étoit que sa déclaration de 1724 ne fut pas exécutée ».
6. En 1745 encore, c'est l'intendant de Guienne qui adresse aux curés des paroisses quercinoises de la Généralité où il y a des nouveaux convertis les ordonnances des l*^' et 16 février qui les concernent. [Commuriic, de M. N, Wciss).
nité de choses qui dépeiidoient plus de l'cjeconomie et de la direction que de la justice distributive et de l'ordre judiciaire, et celles mêmes qui sembloient avoir quelque rapport à cette dernière fonction , ne pouvoient être réglées que par une autorité prompte et sommaire, non sujette aux longueurs et aux suites des appellations...^ ».
Cette mesure fut le plus souvent un bien, non seulement parce qu'elle permettait au pouvoir central de relâcher, suivant l'occurence politique, quelque chose des duretés de l'édit de révocation, mais encore parce que le souci qu'avaient les intendants des intérêts commerciaux de leurs administrés, s'exerçait plus aisément. A vrai dire, on ne s'en aperçut guère en 1726, et les recommandations de Fleury laissèrent sans adoucissement le sort d'une foule de religionnaires ; mais en 1745 l'intendant Aubert de Tourny fit preuve, à deux reprises, d'une grande modération à l'égard de ceux de Sainte-Foy-la-Grande et de Bergerac, qui avaient osé reprendre leurs « assemblées au désert » ^.
Le Parlement de Bordeaux était moins indulgent que l'intendant de la Généralité. En 1730 il fait enfermer à l'hôpital de la Manufacture deux pauvres femmes « de la religion », les demoiselles Morelon, convaincues de tenir école pour les enfants des nouveaux convertis, de les élever dans la R.P.R. et de distribuer des livres hérétiques ^. Seize ans plus tard, conformément aux ordonnances royales de février 1745*, nos parlementaires renouvelaient
1. Mémoire du roy aux intendants..., 1699 (dans le Bulletin..., XIII (1864), p. 239'
2. Ch. Coquerel, Histoire des églises du désert, I, 302 et 354. — A l'une de ces assemblées tenue à Sainte-Foy, les 19 et 20 février 1745, des assistants étaient venus de Bordeaux niême (Voy. Elle Caris; Essai sur le développement de la Réforme à Sainte-Foy (I88I), p. 53, d'après un mémoire du temps). — Cf. ibid., p. 56, le récit d'une nouvelle assemblée indiquée au même lieu, pour le dimanche 28, mais qui ne put avoir lieu. Les délinquants appelés à comparaître devant Tourny, en furent quittes pour une réprimande, mais durent promettre de ne point recommencer. Voy. A. Mercat, Première grande assemblée tenue au désert après la Révocation 1745, dans le Bulletin... III, 313, ms.
3. Arch. munie, de Bordeaux, Reg. GG. 13. — Bernadau, qui n'accorde aucune attention aux religionnaires dans ses Annales de Bordeaux au xviii^ siècle, faïl pourtant mention de ce procès, dont il place la dernière phase en avril 1733 (p. 123), et il ajoute : « la mise à exécution indigna ».
4. Ces ordonnances suivaient de quelques mois seulement la nouvelle qu'avait eue la Cour d'un synode national secrètement tenu par les députés des religionnaires français (août 1744) dans le Bas-Languedoc sous la présidence <ie Michel Viala.
l'interdiction, déjà portée contre les Religionnaires, d'entrer dans les charges de judicature, offices de procureurs et de notaires, ou d'exercer les professions de médecin, chirurgien, apothicaire K De sévices individuels, comme il s'en produisit alors dans diverses provinces de France, il n'y a pas trace pour Bordeaux.
Par contre, le 21 mai 1749, le parlement de notre ville avait condamné à l'emprisonnement ([uelques protestants du Poitou, qui avaient fait bénir leurs mariages et baptiser leurs enfants «par de prétendus ministres, contrairement aux édits))^. Cet arrêt, la compagnie le renouvela et l'aggrava même, quelques mois plus tard (17 décembre), aux dépens d'une dizaine de gens de métier bordelais, qui furent envoyés aux galères perpétuelles, pendant que leurs femmes étaient rasées et incarcérées, « les uns et les autres pour crime d'exercice de la susdite R.P.R., notamment de leurs prétendus mariages » ^. Elle poussa la sévérité jusqu'à enjoindre que « les extraits et certificats des prétendues bénédictions nuptiales... seroient brûlés par l'exécuteur de la haute justice à la place du Palais de Lombrière... » affirmant ainsi que la cohabitation de ces protestants et protestantes n'était que concubinage, que leurs enfants étaient illégitimes et bâtards, comme tels incapables de toute succession*. Par ordre du roi ce dur arrêt fut commué au
1. Arcli. dé|j. de la Gironde, G. 531, impr. — Peu de temp^ avant cet arrêt de 1746, le substitut du procureur général avait demandé des poursuites sévères contre les religionnaires « et tous autres qui tenaient des assemblées clandestines du côté de Sainte- Foy-la-Grande ». Mais les faits qu'il invoque paraissent bien exagérés {Arrêt du pari, de Bordeaux, 23 février 1745, impr.; ibid., G. 531).
2. Cet arrêt reproduit par M. H. Gelin dans le Bulletin, 1894, p. 644-649, fut imprimé à Bordeaux chez J.-B. Lacornée, d'où l'on doit conclure qu'il fut répandu à profusion parmi les intéressés. — M»"*^ Laroche parle de ces persécutés de 1749 à la page 277 de son Journal einér Beiser durch Frankreich (1785) que nous aurons souvent l'occasion de citer. Elle remarque que Montesquieu était absent de Bordeaux lorsque l'arrêt fut rendu : Es schauderte mich, dièses von Magislralspersonen zu hœren, welche gewis immer verdienstvolle Maenner unter sich und einen Montesquieu zum Prœsidenten hatten, Aber der edle Mann war zu Paris als dièse hœchst grausamen Befehle gegeben wurden.
3. Ce second arrêt du 17 décembre 1749 se retrouve aux Arch. munie, de Bordeaux, (GG. 13). Cf. Ch. Coquerel, ouu. cité, I. 415.
4. Cette jurisprudence, conforme d'ailleurs à la loi, prévaudra ju>^qu'à l'édit de tolérance de 1787, comme le prouve l'afïaire, assez obscure i)0ur nous, du mariage de M"e d'Anglure (1780 et ss.) où l'on voit les juges de Bordeaux, appelés à se prononcer sur le fond, décider implicitement par deux arrêtés que les mariages entre protestants étaient nuls lorsque les conjoints n'avaient pas obtenu la bénédiction du prêtre catholique. Le Consistoire osa intervenir directement dans cette affaire par un mémoire adressé à M. de Vergennes alors ministre, et signé d'un grand nombre de notables de l'église (Voy. l'art, de M. H. Gélin précité. Cf. le Beg. consisl., janvier 1784).