V. plus loin, chap. IX
4. Le Reg. consistorial ne permet point de déterminer quelles étaient ces dates, sinon celles qu'imposaient les trois principales fêtes chrétiennes. \'oy. plus loin.
5. Il est probable que la version française dont on se servait alors était celle du théologien David Martin (Amsterdam, 1702, 2 vol. in-f»^), qui eut plusieurs éditions successives jusqu'au xix"? siècle. Cependant nous n'avons pas I , preuve de cette conjecture, qui n'est que plausible.
dégagées do tout vain ai)pai'(;il cxtéiitMir. — - Par ({iiolquos-uns do ces éléments liturgiciuos, U) cultes réfoi'irié so rattachait donc liistoriciiiomoiit, à travers j)Ius de trois iTiille ans, aux origines mêmes du monothéisme dans l'humanité, de mémo ([ue, ])ai- (|U('h|U(^s autres, il allirmait son droit à prendre place dans la chrétienté universelle.
C'est une rare fortune que de pouvoir connaître ])ar un témoignage contemporain comment se développait la liturgie réformée dans cliacun des deux temples de Bordeaux à la veilhî do la Révolution. Pour n'en rien laisser perdre, nous reproduirons ici intégralement, en les traduisant de l'allemand, les passages afférents du Journal de M"^^ de Laroche ^
Et d'abord au temple du quartier de La Rousselle (p. 276) :
Ce matin {l^^ mai 1785), j'ai assisté au prêche et je puis dire maintenant que j'ai vu les survivants de l'oppression dans laquelle vivent les Protestants de France. Dans une étroite ruelle à laquelle on accède par beaucoup de détours, se trouve une petite cour; dans celle-ci deux escaliers resserrés conduisent à un palier formé par les chais de trois maisons contiguës les unes aux autres. L'un de ces chais est haut de plafond, l'autre bas, le dernier est sombre.
Comme les cantiques ne peuvent être chantés, ils sont lus. A\'ant que le prédicateur ne monte en chaire, un « lecteur «^ lit l'évangile, l'épitre et les psaumes du jour. Le prédicateur'^ porte une ample robe, il a les cheveux flottants, une petite collerette et de très o-randes manches qui lui occasionnent beaucoup de peine à chaque mouvement des bras.
La prédication fut belle, sur un texte que j'ai oublié. Le pasteur parla excellemment sur la confiance en Dieu en expliquant d'abord le sens du mot confiance, montra la différence qu'il y a entre la vraie et la fausse confiance, les causes de la première (ju'il fil pénétrer avec une éloquente persuasion dans l'âme des auditeurs.
Ceux-ci pouvaient être au nombre d'environ trois cents. Tout se [)assa si paisiblement et si respectueusement que j'en fus vraiment édifiée.
A la fin du service un des membres les plus considérés de l'église se plaça à la porte, du côté de l'intérieur, avec la bourse des pauvres pour recueillir les dons de chacun.
Nous fûmes un peu étonnés lorsque, à la fin de son prêche, le pasteur annonçant la célébration de la sainte cène fit l'application de son texte:
1. Au xvii« siècle il y avait (ioux prêches par dimanclie, run dans la matinée, l'autre après midi, en raison de l'affluence des auditeurs. Il n'y eut point lieu de rétablir cet usage après 1753.
2. M">e tie Laroclie l'appelle Kirchendiener, c'est-à-dire littéralement serviteur (i'étjlise. Nous lui restituons son titre olïiciel.
3. Il y a apparence que c'était Sylva Blachon puisque M""^ de Laroche nous dit que, le dimanche suivant, elle entendit Olivier-Desmont.
« Examinez-vous, gens cupides qui ne songez qu'à Vor et au gain, et voyez si vous avez la véritable confiance en Dieu ! » Il nous parut hardi que, dans une ville de commerce, le prédicateur flétrît l'amour de l'argent avant de s'en prendre à l'ambition et au libertinage. A la vérité il ne pouvait guère s'attaquer à l'ambition puisque les Protestants sont exclus des fonctions publiques. Le libertinage ne concerne que les jeunes gens, nous dit quelqu'un qui nous accompagnait. L'amour de l'argent est au contraire le fait des vieillards, qui en cette occasion devaient avoir le premier rang.
^ïme de Laroche se transporte le dimanche suivant, 8 mai 1785, au temple des Ghartrons, et écrit dans son Journal ce qu^ voici (p. 313) :
La place (qui précède la maison d'oraison) est plus grande que celle qui existe devant le temple de la ville. Mais il faut, pour y arriver, s'y glisser dans un enfoncement long et étroit qui est séparé de la maison et, comme on me l'explique, a conservé son étroitesse afin que, si en quelque fâcheuse occasion le peuple faisait irruption contre les Protestants ou voulait les troubler pendant le service divin, quelques perturbateurs seulement puissent entrer ensemble, laissant ainsi à la communauté le temf^ de s'échapper par d'autres issues.
C'est un grand chai très convenablement disposé. M. Desmond fit un beau sermon sur ce texte des Actes des Apôtres : Frères, que devonsnous faire ? Il ne se départit point d'un ordre d'exposition fort louable, expliquant d'abord les termes essentiels, puis tirant par voie de déduc»tion logique la leçon et la conclusion. Il y avait beaucoup de catholiques dans l'auditoire et sûrement ils durent être satisfaits de l'esprit qui animait le prédicateur et de sa morale si pure.
Je fus très émue par la manière dont la sainte-cène était distribuée, avec beaucoup de simplicité et d'une manière conforme au ser>s des paroles du Christ et à son action. ^
Spiritualiser le cérémonial, intérioriser la foi, atteindre les esprits . par un verbe intelligible à tous parce qu'il résonne dans une langue** compréhensible à tous : ce sont là en effet les tendances ordinaires > du culte protestant depuis le xvi® siècle. Ses torts, au dire de sesj détracteurs, c'est de ne faire aucune place au mystère. C'est peut-, être mal en juger. Le mystère s'y trouve, répondent ses défenseurs,! non sur l'autel de bois ou de marbre, mais dans l'âme même du< croyant où se renouvelle, en ces heures de piété et de ferveur,' ISB grande œuvre de la réconciliation avec Dieu par la repentanceJdu.À pécheur et sa foi au Christ rédempteur. rrA.^
Il va sans dire que Noêl^ Pâques, la Pentecôte, étaient restées, .
pour tontes les communautés issues de la Réforme, des fêtes ecclésiastiques (les seules (jui se puissent justifier par les Ecritures), que l'on commémorait avec le plus de solennité possible. La méditation à ces trois reprises des faits que relatif l'histoire évangélique se faisait, lorsque le pasteur les avait rappelés et expliqués du haut de la chaire, dans l'intimité des cœurs. Et cette méditation silencieuse était en somme l'essentiel.
On célébrait à chaque fête (et par surcroît une quatrième fois au commencement de l'automne) ^ la sainte-cène, considérée comme une commémoration du sacrifice du Calvaire par laquelle l'âme croyante s'approprie à nouveau le bénéfice de la rédemption et obtient une abondante effusion de l'Esprit-Saint.Elle se distribuait solennellement avec l'aide de quelques Anciens, sous la forme utraquiste, après que le pasteur avait lu, à haute voix, les passages du Nouveau Testament où se trouvent rapportés l'institution de ce sacrement, sa signification, ses effets spirituels. L'assemblée ne se séparait pas sans avoir rendu grâces en une sorte ou en l'autre 2.
Sur l'âge auquel les enfants y étaient admis, nous n'avons trouvé aucune indication précise. Il est à penser que, conformément à la pédagogie déjà en vigueur dans les églises réformées, cette admission suivait, pour chacun d'eux d'aussi près que possible, lespremiers éveils de la puberté, la formation certaine de la conscience religieuse et morale, et l'acquisition dûment constatée d'une instruction chrétienne.
Peut-être devons-nous, pour répondre à la curiosité de quelques lecteurs, nous appesantir encore sur le côté extérieur du culte et des cérémonies ecclésiastiques. Les éléments d'information que nous possédons sont malheureusement rarissimes.
On baptisait les enfants en bas-âge, par aspersion, suivant l'usage hérité du passé, sans croire pourtant que l'eau du baptême eût par elle-même une vertu régénératrice. C'est plus tard seulement
1. On la célébrait, au xvii*^ siècle, deux dimanches de suite, donc huit fois par an. Nous n'avons pas la certitude que cet usage se fut conservé au xviii« siècle, ni que l'obligation du méreau ait été rétablie.
2. Il semble bien que jusqu'en 1781 les deux paroisses se soient contentées d'une coupe de verre et d'un plat de faïence ou d'étain. C'est du moins ce qu'on peut induire de la décision suivante : le Consistoire arrête qu'on fera fabriquer pour l'église des Chartrons, aux dépens de la bourse commune, deux coupes de communion, « pareilles à celles dont deu5: personnes pieuses ont fait présent à l'église de la Ville », c'est-à-dire du quartier de La Rousselle {Reg. consisL, 16 avril 1781).
que la logique conduira quelques pasteurs à ne baptiser que des adultes conscients.
Relativement aux cérémonies qui accompagnaient la bénédiction nuptiale le Registre consistorial est complètement muet. Preuve que, sur ce point comme sur le précédent, le Consistoire avait renoué la tradition des églises de la Réforme sans rien innover. Il y a en tout cas forte présomption que, en un temps où nos Protestants vivaient volontairement dans le silence, la liturgie du mariage se bornait essentiellement à rappeler l'indissolubilité du lien conjugal (sauf le cas d'adultère) et l'obligation plus impérieuse encore de fuir l'impureté sous toutes ses formes : « Que le mariage soit honorable en toutes choses et le lit sans souillure. »
En cette matière comme en beaucoup d'autres, le pasteur s'efforçait toujours d'ajouter l'autorité des textes scripturaires à celle de la conscience individuelle. Après quoi, il appelait sur les nouveaux époux la bénédiction divine.
Quand les circonstances le permirent, ce ne fut pas au cimetière, mais par mesure de prudence au domicile du défunt que se fit, lors des inhumations, la cérémonie liturgique et la lecture du chapitre de l'épitre aux Corinthiens où sont exprimées, en termes si consolants pour les fidèles, les promess s de résurrection et de vie éternelle.
Après la Sainte- Ecriture, la parole du pasteur — soit par la prédication publique soit par la cure d'âmes — joue dans la Réforme française un rôle capital. Et l'on ne saurait s'en étonner si l'on songe que les Réformateurs ont proscrit, comme moyens d'évangélisation, les icônes et les images de dévotion, les autels et les tabernacles, le clair-obscur des cathédrales, les vêtements sacerdotaux brodés d'or et d'argent, les gestes hiératiques et tout ce par quoi, ailleurs, on prétend convertir les foules en ajoutant les émotions esthétiques aux impressions religieuses. Comme les premiers apôtres, le moderne ministre de l'Evangile entend s'adresser uniquement à la conscience, au cœur, à l'intelligence de ceux qui 'écoutent. «La parole intelligible est la vraie puissance exté-
rieure de l'Eglise comme la saiiiLeté (\sl sa vraie puissance intérieure » {fîordas-Dcnioalins).
Des earacLrres jiarlieulieis (fuc^ i-evriait alois la prédication dominicales aux C.harti'ons on jx'ul allirmer cpi'ils procédèrent d'abord de la tradition protestante et (jne, justpi'à ()li\ icr-Dcsmont, nos pasteurs s'insj)irèrent de la méthode exégétiejue (;t surtout parénéti({ue de leurs grands prédécesseurs du xyii^ siècle, les Abbadie^, les Jurieu, les Saurin, les Brousson, etc., en conformité avec les besoins de leurs ouailles, — plutôt que de la méthode oratoire d'un Bourdaloue ou d'un Bossuet, pour estimés qu'ils fussent. D'idée plus exacte on ne saurait s'en former que si l'on possédait, de tous les pasteurs qui ont alors exercé leur ministère à Bordeaux, des recueils de sermons, comme c'est le cas pour Etienne Gibert et Ob'vier-Desmont seulement.
De la prédication d'un Grenier de Barmont, avant tout homme d'action, nous pouvons présumer qu'elle était plus éprise de héologie pratique que de théologie spéculative.
De Pierre Redonnel nous devons relever que sa doctrine est déclarée par les Anciens de 1758 « conforme à la parole de Dieu ))^.
Pour Etienne Gibert, sa sévère orthodoxie et l'intensité de sa vie intérieure nous étant connues d'abondant par son conflit avec le Consistoire de 1770, il y a tout lieu de penser que nous en retrouverions la manifestation dans ses sermons imprimés si nous pouvions les relire^. N'est-ce point lui qui, en 1769, disait du haut de la chaire à ses auditeurs attentifs : « Ces passages (des épîtres de saint Jean (^t de saint Paul) et une multitude d'autres non moins exprès, annoncent quelque chose de plus que la religion de la majeure parlie d'enlre vous, qui consiste uniquement à s'instruire des principales vérités et des principaux devoirs de la religion, à tenir extérieurement une conduite réglée, tandis que le cœur reste mort... ))^. Il y avait dans ces paroles incisives, comme le remarque M. Daniel Benoit, de quoi étonner et rebuter un grand nombre des paroissiens qui les entendaient.
1. Cependant Abbadie est moins célèbre comme prédicateur que comme théologien, auteur d'un Traité sur hi vériîé de lu reliijion chrétienne (1684), don! nous avons déjà parlé.