Voy. plus loin
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l'appui que les pasteurs Grenier de Barmont, Jacques Sol cl Etienne Gibert trouvent dans une partie de l'Eglise chaque fois qu'ils entrent en conflit avec le Consistoire. Par l'existence de cette minorité, qui apparaît tantôt dans les questions ecclésiasticjues et disciplinaires, tantôt dans les questions proprement religieuses, se trahit un indéniable dualisme qui du moins sauvegarde ce que ces croyants estiment par dessus tout : l'indépendance de leurs consciences respectives, la liberté de leur jugement et cette entière sincérité des convictions que l'apôtre Paul recommandait déjà aux Corinthiens. Aujourd'hui une pareille situation se dénouerait trop souvent par une dissidence des minoritaires. C'est le grand procédé usité en pareil cas pour mettre fm aux désaccords. Au xviii^siècle l'église réformée que nous considérons sentait davantage le besoin de la concentration extérieure et la nécessité, pour vivre, d'une base numérique aussi large que possible. Majorité et minorité vivaient donc côte à côte moyennant le respect mutuel des convictions et des droits de chacun ^
Laissant de côté les questions ecclésiastiques et disciplinaires qui sont d'ordre très secondaire, pour nous en tenir aux questions spécifiquement religieuses, nous constatons que, peu après 1760, prennent naissance, dans cette église reconstituée, une droite et une gauche qu'il importe de bien définir séparément puisqu'elles se BPrpétueront jusqu'à la Révolution.
Pour l'une comme pour l'autre, la foi est un acte de confiance à l'enseignement du Christ et à son œuvre rédemptrice 2; l'Evangile est considéré comme la loi même de tout être humain et l'ordre chrétien comme se confondant de toute éternité avec l'ordre universel. Si toutes deux se réclament également de l'autorité souvef] raine des Ecritures, la première s'inspire plus volontiers du témoip:nage qu'apporte le sens intime dans les matières spirituelles.
La seconde, encore serve du passé, s'en tient davantage à la lettre du texte et aux décisions des théologiens et des synodes généraux.
1. C'est à cette solution que tendent à revenir depuis la séparation de 1905 bcau- '"oup d'associations cultuelles, en distinguant la paroisse cl l'église.
v. «C'est en croyant du cœur qu'on parvient à la justice», d'après saint Jean [Rom., \ 10).
Par cette tendance à placer dans la conscience du croyant et dans l'expérience quotidienne la preuve que la foi est solidement fondée, la première sent la religion et Dieu présent au cœur. Elle a la « flamme », le frémissement intérieur. La seconde, un peu sèche, n'a pas assez de sève spirituelle pour porter en. connaissance de cause un jugement de valeur sur cette démonstration par « le dedans du chrétien » et elle s'attache avant tout aux preuves externes du christianisme.
La droite procède de Pascal, d'Abbadie, de la Placette, de Turrettin et autres chrétiens de la même école. La gauche suit plutôt David Martin, Basnage, Jaquelot, Ostervald, Saurin, et cherche, suivant l'effort constant de la scolastique, l'accord de la foi avec la raison et l'histoire.
La première a pris pour drapeau, elle invoque pour credo, , dirions-nous plutôt, le catéchisme réformé d'Heidelberg^. — La ~ seconde s'en tient au protestantisme arminien d'avant la Révocation; elle adopte implicitement la confession de foi de La Rochelle; , elle ne veut connaître d'autres catéchismes que ceux qui en dérivent.
La droite a pour elle l'avenir, non certes l'avenir immédiat, mais celui dont l'aube poindra bientôt avec "Vinet et ses disciples. C'est le parti des croyants mystiques.
La gauche, qui est celui des croyants intellectualistes, se transformera peu à peu par l'abandon de quelques-unes de ses positions doctrinales et prévaudra longtemps dans cette attitude nouvelle.
De cette double tendance la première est celle qu'abandonne le moins volontiers la curiosité de l'historien, parce que, lourde ri 'un passé très ancien, elle recèle beaucoup d'éléments inconciliables.
Mais quelle est donc l'origine historique de son évolution vers le mysticisme ? — Il n'y a pas de doute possible à nos yeux, après ce que nous avons dit précédemment. Ce christianisme saisi par le cœur et la conscience autant et plus que par l'intelligence, il vient directement des Frères Moraves que nous avons rencontrés à Bordeaux dès l'année 1753, c'est-à-dire au moment même où