oy. ci-dessus, chap. II, p
2. La distinction n'est pas toujours facile et les théologiens catholiques savent tirer parti de cette difliculté. — Elle se rencontre pour la première fois à la fin du xvii« siècle dans certains écrits inédits de Leibniz, cités par M. Jean Baru/i, Leibniz cl Vorganisalion ri'U(j. de la terre (J*aris, Alcan, 1007, p. 290 et ss.).
l'exégèse biblique et de la préhistoire, qui rendront intenables certaines positions de la première heure.
Par l'esprit de support mutuel, si difficile en pareilles conjonctures lorsque de part et d'autre les caractères sont de forte trempe, les deux tendances auront trouvé le moyen de vivre pendant un siècle sous le même toit, jusqu'au jour où, un franc rationalisme essayant de prévaloir sur l'intellectualisme ancien, le mensonge d'une unité devenue purement extérieure devra faire place à l'aveu sincère d'une opposition de fond irréductible .
Ce terme d'orthodoxie dont nous avons dû faire emploi, il serait d'ailleurs imprudent de le prendre dans la rigueur de son sens étymologique et d'y voir l'état d'esprit de chrétiens qui acceptent par l'entendement autant que par le cœur les doctrines du Nouveau Testament. Il s'applique à des croyants qui, mettant la piété au-dessus de la théologie et la vérité religieuse au-dessus de la vérité scientifique, écoutent plus volontiers la voix du cœur et de la conscience que celle de la raison et de la science, convaincus que les doctrines dont ils se nourrrissent chaque jour sont absolument celles dont dépend le salut individuel, puisqu'elles découlent infailliblement de l'enseignement du Christ et des apôtres, — mais qui, sur le domaine de la théologie proprement dite, sont plutôt agnostiques par esprit d'humilité chrétienne, répugnant à étreindre les consciences, comme jadis, par une dogmatique immuable^. Se souvenant à très juste titre de l'aveu que faisait l'apôtre saint Paul lorsqu'il écrivait aux Corinthiens: «Nous ne connaissons qu'imparfaitement et nous ne prophétisons qu'imparfaitement » 2, ils croient à l'existence d'un Dieu personnel et vivant, sans prétendre le définir d'une manière adéquate à son être; ils croient aussi à la Providence, mais laissent à d'autres le soin d'expliquer l'action dans l'histoire de Celui dont le même apôtre a
1. «La doctrine <>sL renoncé d'un fait, d'une vérité; le dogme est une explication rationnelle de ce fait ou de cette vérité... La doctrine s'adresse à la foi... le dogme s'adresse à la raison ». (Pasteur Vasserot, Eglise libre, 14 novembre 1919.) — Le théologien peut se préoccuijer de formuler le dogme. L'historien que nous sommes ne se soucie que d'exposer les doctrines en cours.
2. /. Cor., XIII, 9. Quelques translateurs traduisent : « Nous connais>un> m i)artie seulement », ex parle cognoscimus et ex parte proplielamus, suivant le texte de la Vulgate. — Plus loin (XIIl, 12), l'apôtre ajoute : «Aujourd'hui nous voyons conmie au moyen d'un miroir, d'une manière obscure». Ces textes, nos Protestants ne cessaient, cornme ils ne cessent encore, de les opposer aux prétentions dootrinaU'f^ <lw Clergé
dit que « SCS jiigomeiils sont inip(''ii(''tral)los (ît ses voies incompréhensibles»^; ils ])i()f('sseiit avec ferveur l(;nr foi au Christ divin, h l'efïicacité de sa mort rédemptrice, à sa résuriection c(»r"i)oi-elle, j)()stulat de sa divinité autant ({ue sa naissance miraculeuse, mais sans se croire obligés d'en expliquer le comment. En ces matières abstruses l'absolu des formules n'est point leur prétention dominante, ni l'infaillibilité des interprétations leur revendication quotidienne. Ils marchent par la foi non par la vue, par le cœur plus que par l'esprit, même s'ils appartiennent à la tendance d(î gauche. Leur agnosticisme limité implique qu'ils admettent, sans trop s'en rendre compte peut-être, une révélation progressive, à l'exemple du théologien Lévesque de Burigny^. Cet agnosticisme ne s'applique d'ailleurs (ne nous lassons pas de le répéter si nous voulons descendre au fond des âmes) qu' «aux vérités abstraites qui sont relatives à l'essence même de Dieu et dont la connaissance est également inaccessible et inutile pour nous »; elle ne vise pas « ces autres vérités qui concernent nos rapports 'avec Dieu et qui constituent le fond même de la religion ))^. Et c'est là une grande sagesse qui ne fait en rien obstacle aux libres spéculations des docteurs et des savants de profession.
Approfondir le mystère des choses invisibles, s'enfoncer dans les arcanes de la métaphysique et de la philosophie, étudier les notions de l'être en soi, de l'hypostasc ou de la trinité, scruter le degré d'inspiration des Ecritures, le mode de formation de leur canon, la genèse du monde physique etc., etc., autant de questions qui, aux yeux des disciples du Christ, ne sont point essentielles à la vie des âmes ni à leur salut. C'est affaire aux théologiens, et l'on