‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 96 sur 166 · Paul Stapfer, Bossuel el Adolphe Monocl, p · texte numérisé non relu

Paul Stapfer, Bossuel el Adolphe Monocl, p

2. Voir une lotlro adressée de Bordeaux, 6 août 1761, à Paul Rabaut par le «proposant » l'^riès et déjà citée ci-dessus p. 153. Est-il besoin de dire que ce jugement de 1761, aussi exact qu'il puisse être à l'égard de la majorité de l'église, perdit peu h peu de sa valeur à mesure que les circonstances se faisaient plus favorables.

3. Le Mémoire d'un homme d'Etal... rédigé vers 1752, reproche sans ambages aux protestants de s'attaquer à la hiérarchie c'est-à-dire au Clergé catholique. Mais rien ne [)rouve qu<î ce reproche fut aussi fondé à Bordeaux qu'il pouvait l'être ailleurs.

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sont plutôt formelles (\uv suhstaiiticiics tiaîiiaiit après lui, ]>ar surcroît, le poids mort d'un louf^ passé d'abus, d'ambitions, de traditions vétustés dont il ne veut rien sacrifier, nonobstant les grands mérites qu'il possède par ailleuis; prétendant fort gratuitement revêtir des sanctions divines les décisions (ju'il prend et les condamnations qu'il prononce; d'ouailles laùjucs enfin, dont la docilité, l'ignorance et la crédulité, laissant libre carrière à l'esprit de domination sacerdotale et acceptant (jue la forme l'emporte sur le fond, la convention sur le libre examen, la conscience collective sur les plus légitimes protestations de la conscience individuelle, s'opposent ainsi à toute réforme essentielle et durable dans le sens évangélique.

Peut-être sujettes à caution devant l'histoire, ces opinions servaient alors d'aliment à la controverse protestante dans la mesure où elle se produisait encore en Hollande et en Suisse. Nous avions donc le devoir de les enregistrer sans avoir à nous prononcer pour ou contre.

Détestant l'omnipotence spirituelle du clergé, comment ces révoltés auraient-ils voulu admettre l'équation chère à M"^^ de Maintenon : « Le prêtre, c'est-à-dire Dieu lui-même » ? ^ En réalité, ils se complaisent dans leurs droits à n'accepter pour vérités que celles qu'ils ont eux-mêmes reconnues dans leur for intérieur, à leurs risques et périls, non point « au gré de leurs fantaisies », comme le disent leurs adversaires, mais selon les lumières qu'ils ont reçues et les expériences qu'ils ont faites. Humbles devant Dieu, mais de col raide devant leurs propres pasteurs, ils veulent être persuadés et convaincus avant d'être soumis. L'esprit de sacrifice que recommande l'Évangile ils le pratiquent en renonçant au monde, à ses pompes et à ses œuvres, mais non pas à U)uv personnalité propre, don du Créateur. De l'héritage des ancêtres le droit au libre examen n'est pas celui qu'ils prisent le moins. C'est pour eux un droit imprescriptible de la conscience humaine. Saint Paul n'a-t-il pas écrit aux Corinthiens : «Jevous parle commeàdespersonnesintelligentes; jugezvous-mêmes de ce que je vous dis ». — Et si parfois l'abus qu'ils en font contredit la raison commune de l'Église universelle, s'il nargue

1. Cité par xM. Henri Brémond, Le Correspondant, 25 avril 1919.

le gouvernement des théologiens et couvre même la \X)ix du Maître intérieur, s'il engendre en certains cas les querelles et l'esprit de contention, l'abus n'est que temporaire; il est tôt ou tard corrigé par l'usage du libre examen. — La primitive église ellemême ne fut point exempte de leurs torts si elle fut mieux pourvue de leurs vertus.

Bien que, pour ces protestants, le siège de la religion fût tout entier dans l'âme humaine. — ce qui enlève toute efficacitépropre aux rites ecclésiastiques, aux œuvres extérieures, aux pratiques cérémonielles, — leur piété avait conservé une expression collective et formaliste par la célébration d'un jeûne public annuel, comme symbole de repentance et désaveu du péché. On ne voit pas que le Consistoire en ait rétabli l'usage avant l'année 1775; mais il y est fait dès lors allusion à diverses reprises ^. La dernière trace que l'on en trouve est toute voisine de la Révolution :

Sur l'observation de M. le député de Bordeaux (dit le procès-verbal d'un synode provincial tenu à Jarnac, 4 juin 1787) concernant l'époque fixée pour la célébration du jeûne public et annuel de cette province, qui 83 trouve dans une saison rigoureuse et incommode pour la plupart des fidèles, on a résolu de le célébrer dorénavant le troisième dimanche du mois d'août, au lieu du troisième du mois de novembre, et l'on exhorte les fidèles à répondre au but de cette solennité par les dispositions religieuses qu'elle exige; ce qui devra être lu en chaire^.

Le député de Bordeaux auteur de cette motion n'était autre que le pasteur Olivier-Desmont.

Chez ces Réformés bordelais la notion d'Eglise est encore vacillante, mal défmie, et se ressent de l'indécision où l'ont laissée les théologiens des xvi^ et xvii^ siècles. Cependant même sur ce difficile sujet ils ont déjà quelques convictions arrêtées, qui s'éloignent singulièrement do celles des Catholiques.

Pour eux, le mot église a plusieurs significations. Au sens

1. Regislrc cunsistorird, 6 avril 177Ô, l^^ mai 1777, IG avril 1781, 19 juillet 1787.

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