‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 11 sur 261 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

lèle de la religion populaire, encouragée par le despopotisme royal qu'elle justifiait, et de la philosophie spéculative indépendante. Tandis que la première personnalise et matérialise de plus en plus le culte anthropomorphique, invente les cérémonies, les fêtes, les observances, les saints, les amulettes, les reliques, les pèlerinages ; la seconde, au contraire, s'idéalise de plus en plus et aboutit à un panthéisme absolu et tel que Dieu et la matière en arrivent à se confondre. Hors de rinde, le bouddliismc a pris au contraire un caractère formel nettement monothéiste avec un appareil cérémoniel considérable et des prétentions temporelles absolues qui ont amené entre lui et le catholicisme romain une remarquable ressemblance ; on peut dire du pape et du grand lama ce que Cicéron disait des aruspices : Mirabile videlur^ quod non rideat aruspex cum ariispicem viderU\ L'évolution du bouddhisme est éminemment instructive, car, sous sa forme originale et par l'ensemble de ses doctrines et de ses tendances, il nie absolument Dieu ; on doit reléguer au rang des fantaisies l'opinion de certains savants de nos jours qui prétendent y voir le plus raffiné et le plus pur de tous les spiritualismes ; le vrai caractère de la religion de Çâkyamuni est bien celui que résume si justement M. Emerson Tennent (S** éd., 1. 1, p. 531) : <j La base du système est une déclaration de l'éternité de la matière et sa soumission, à

que, dans un des dialectes régionaux du basque, goikoa t Tétre ou la chose d*en haut > est le nom propre de la lune. J'ai conclu de cette découverte (et ici le prince Bonaparte n*est pas d'accord avec moi) que le sens primitif de Yaungoikoa pouvait être c le seigneur lune >. \.NaL Deor. I, xxvi; cf. Divin. II, xxiv.

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des intervalles éloignés, à la décadence elà la leformation ; cela n'étant, ainsi que l'organisation de la vie animale, que le résultat de la spontanéité et de l'évolution, et nullement l'effet d'une volonté et d'un dessein de la part d'un créateur tout-puissant d.

S'il n'y a point de Dieu dans le bouddhisme, il n'y en a pas davantage dans les vieilles religions de la Chine et du Japon, dont il est question au chapitre iv de ce livre ; c'est en vain que des théophiles enragés ont voulu prouver le caractère spiritualiste et déiste du confucianisme par exemple. Gela est aussi peu fondé que les allégations des missionnaires sur l'infanticide en Chine : une preuve que les Chinois ne peuvent qu'aimer leurs enfants est dans l'ardeur de leur culte pour les ancêtres et dans l'usage touchant qu'ils ont de mettre des enfants à la place des morts dans les cérémonies domestiques.

Les religions de l'extrême Orient se présentent donc à nous en général avec un caractère de grandeur extraordinaire. Le fétichisme et l'animisme primitifs n'ont fait là que changer de forme en aboutissant à un polythéisme immense où chaque localité, chaque objet, chaque idée morale même a son dieu particulier : le culte est simple, les observances peu rigoureuses. Le but promis aux justes est un bonheur absolu, l'anéantissement complet du sentiment; ce but, tous pourront d'ailleurs y atteindre, après une série plus ou moins longue d'épreuves.

Tout autres, au contraire, apparaissent les religions occidentales (judaïsme, chapitre vi; mahométisme, chapitre vu). Là aussi, il y a eu une période naturaliste, fétichiste, animiste, polythéiste; mais l'esprit plus étroit et plus absolu des Sémites n'a compris Dieu que comme

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une image fidèle de riiomme : le mallre, c'est le plus fort, le plus adroit, le plus riche ; et les vieilles croyances se sont finalement condensées en un monothéisme exclusif et farouche où les rebelles sont à jamais punis et les fidèles récompensés pour toujours, récompenses et punitions individuelles, conscientes et tout à fait humaines. J'ai cru devoir mettre le mahométisme à la suite du judaïsme, parce que, malgré Tinfluence considérable qu'a exercée sur lui le christianisme, il procède au fond surtout du vieux naturalisme sémitique et qu'il présente le caractère étroit et autoritaire des conceptions de la racesyro-arabe.

Le mazdéisme (chapitre v) tient pour ainsi dire une place intermédiaire. Au lieu de développer Tanimismc et de poursuivre le dualisme de l'esprit et de la matière, au lieu de s'en tenir aux causes, on a considéré surtout les effets et classé les phénomènes en deux groupes opposés : les bons et les mauvais, les utiles et les dangereux, les agréables et les désagréables. Puis, la tendance au monothéisme aidant, on a supposé deux causes primordiales toujours en lutte; mais Tune, la bonne, devra finalement triompher, et la fin du monde terrestre sera le commencement du bonheur des hommes, bonheur qui paraît surtout consister dans la survivance éternelle au sein de l'être bon, suprême, ce qui est une sorte de nirvana. J'ai joint à l'étude du mazdéisme celle du manichéisme qui en est directement dérivé.'

Le christianisme (chapitre viii) est un mélange des théories mazdéennes et des doctrines sémitiques. Les enseignements de Tlnde n'y ont qu'une part indirecte, venue par les religions de la Grèce et de l'Italie, vieilles

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filles du naturalisme védique. L'histoire du christianisme se partage en cinq périodes bien tranchées : la première, celle de formation, va de Jésus à saint Paul ; la seconde, celle de lutte et de propagande, de saint Paul à Constantin ; la troisième, de développement doctrinal et rituel, de Constantin au schisme d'Orient, ou, si Ton veut, aux croisades; la quatrième, de domination et de discussions intérieures, des croisades à la découverte de l'Amérique et du cap de Bonne-Espérance ou à la réforme; et la dernière, celle de décadence, de la réforme à nos jours. Les deux dernières périodes ne regardent guère que l'église d'Occident, car sa vieille rivale de Conslantinople est restée comme figée dans ses doctrines et ses pratiques. La troisième est remarquable par le nombre des soi-disant hérésies qu'elle a produites : la plupart, et c'est le caractère général des doctrines orientales, sont d'ordre purement intellectuel et spéculatif, et ont trait à la nature et aux attributs de Dieu ; quelques-unes, celles de l'Occident surtout et par suite tout le protestantisme, offrent au contraire un caractère plus pratique et plus humain et ont trait surtout à la grande œuvre du salut. C'est pendant la quatrième période que l'Église a prétendu imposer son autorité aux souverains; depuis la ruine de l'empire d'Occident et depuis le schisme d'Orient, Rome et la papauté avaient pris la supériorité temporelle, mais les rois et les empereurs commencèrent à la lui contester : leur résistance est marquée par la querelle des investitures, la lutte du sacerdoce et de l'empire, les revendications des rois de France, etc.

En môme temps, se réveillait l'esprit philosophique,

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