XX INTRODUCTION
endormi depuis l'invasion des Barbares, mais transmis cependant de génération en génération par de rares travailleurs : Boèce (470-524), Cassiodore, chancelier de Théodoric (480-575), Isidore de SéviUe (601-636), Bède (672-735), Alcuin (726-804), Scot Érigène (886), entre autres. Le grand mouvement des croisades, le contact des Arabes, vint ajouter à ces traditions celles de la philosophie musulmane et juive qui se rattachaient plus ou moins au néoplatonisme. La théologie devint la science fondamentale, la seule science, mais elle fut soumise au raisonnement; la dialectique naquit et les commentaires hardis ou subtils des philosophes préparèrent la réforme. Par contrée, la cinquième période a vu commencer la décadence du christianisme : les hétérodoxes, en expliquant les dogmes, en simplifiant le çulle, en supprimant le lien central et en séparant le temporel du spirituel, ont ouvert les voies à la conception moderne de la religion qui est à notre point de vue un fait individuel et non un facteur social; les orthodoxes, en développant au contraire, sous la direction exclusive de l'esprit jésuitique, le côté purement extérieur et matériel du christianisme, en ont fait une sorte de fétichisme qui éloigne et effraye les gens de goût, les hommes d'étude et les personnes de sentiment.
J'ai consacré cent soixante pages au christianisme, on trouvera peut-être que c'est trop, mais je craignais de tomber dans le défau^t contraire. Pour exposer, avec plus de clarté, un sujet aussi complexe, j'ai raconté d'abord les débuts de cette religion, simple secte juive locale, ses progrès sous saint Paul, ses luttes contre le vieux paganisme, son triomphe ; dès lors, elle s'organise et j'ai
LE JÉSUITISME. xxi
indiqué son caractère général à ce moment. Puis, j'ai passé en revue les sectes qui se sont formées dans rÉglise victorieuse, les querelles de doctrine qui ont été soulevées et les conciles qui ont successivement élaboré la doctrine actuelle de FÉglise catholique. J'ai alors résumé rapidement le caractère particulier de toutes les sectes chrétiennes qui existent encore.
On trouvera peut-être que j'ai exagéré l'importance du jésuitisme. Il me semble pourtant que le rôle principal dans révolution actuelle du catholicisme appartient à cette société puissante qui est bien réellement l'armée de l'Église romaine. Elle va partout enseignant l'obéissance passive et prêchant l'anéantissement de la personnalité ; elle condamne tout ce qui est humain, le mariage, la famille» la patrie, et pousse les âmes simples au mysticisme le plus exalté et le plus dangereux. Elle élève en principe la sentence credo quia absurdum *, poursuit la reconstitution d'une religion d'État, rétablirait l'Inquisition et condamnerait aux mêmes supplices temporels l'impie, l'hérétique, le schismatique ou le simple dissident*; elle récompense la trahison et la versatilité, appliquant dans toute sa largeur la ce morale d de la parabole des quatre-vingt-dix-neuf brebis dociles et de
1. Tertullien disait déjà (De carne Christi, cap. v) : Certum est, quia impossible est.
2. Rien n'égale la suffisance, l'autoritarisrDo et Tinflexibilité des prêtres. On se rappelle ce qui est arrivé en 1882 dans la commune de Cbâtel-Guyon. Ne pouvant obtenir de Tévôque le déplacement du curé, fanatique, intolérant et brutal, le conseil municipal, par une délibération en date du 5 novembre, décida que les habitants étaient résolus c à embrasser le culte protestant > et qu'on inviterait un pasteur à venir prêcher et officier dans la paroisse.