ORIGINE DES JUIFS FRANÇAIS
servait de parrain); dépouillés de leurs propriétés et de leurs biens, chassés de partout à la fois avec une extrême rigueur en 1492, réfugiés misérablement en Portugal, ils durent quatre ans plus tard fuir encore, par mer, précipitamment, abandonnant le peu qui leur restait.
Débarqués sur les côtes de Gascogne, ils y vécurent assez mal, à peine tolérés sous le nom de nouveaux chrétiens et contraints d'accomplir extérieurement toutes les cérémonies du culte catholique. Les plus vieilles tombes des cimetières juifs ne portent qu'un nom et une date ; à La Bastidé*Clairence par exemple, nous trouvons des inscriptions telles que les suivantes : t S* de Simon Fazzolo; faleceo 8 de Marso de 4630 >; — pes de leon, natvral de setlLHA, 1631 »; vers la fin du xvii* siècle, la date hébraïque apparaît: « 19 kislev 1639; — 18 de yar 5460 q. corr. A... DE 1699 >; vers 1725, les caractères hébreux commencent à se mêler aux lettres latines; mais c'est seulement ! après la Révolution que le jargon hispano-portugais a fait place à la langue française. Dès 1550 d'ailleurs, les PoriQgais i nouveaux chrétiens » étaient autorisés à résider en France (lettres patentes de Henri II, confirmées en 1574 par Henri III, enregistrées au parlement de Bordeaux seulement le 19 août 1580); on essaya plusieurs fois depuis de révoquer cette autorisation, mais en fait les Juifs, sous le nom de t Portugais », continuèrent à demeurer à Bordeaux elàBayonne. Dans cette dernière ville, les deux siècles qui suivirent furent remplis par des querelles entre les Juifs et la municipalité; cantonnés au faubourg de Saint-Esprit, sur h rive droite de TAdour, ils ne purent venir habiter Bayonne même qu'après le décret du 28 janvier 1790 par lequel l'Assemblée constituante les déclara « citoyens actifs >.
Quant aux Juifs provençaux, leur origine est beaucoup plus ancienne; ils remontent à ces vieilles communautés
ilr, LES JUIFS EN OrXIÇENT.
qui, répandues en Gaule dès le commencement de notre ère, s'étaient réfugiées dans le ronité de Toulouse d'abord, puis dans les États du pape où ils trouvaient sinon la liberlé absolue, du moins une tolérance relative. On leur imposait à Avignon un costume spécial, et l'obligation de demeurer dans un quartier séparé; mais ils étaient libres d'exercer leurs industries et de vivre suivant leurs lois propres. lisse gouvernaient eux-mêmes, à l'aide d'un conseil de quinze membres, et dépendaient d'un viguier (vicaritis, vicaire) pontifical particulier.
Les premiers Juifs qui arrivèrent en Occident y vinrent sans doute de Rome, et grâce à l'esprit d'activité, de ténacité et d'énergie de leur race, y acquirent assez vite une situation importante. Agriculteurs, artisans, commerçants, ils V prospéraient, confondus parmi les nombreux immigrant^ qui se disputaient le pays, barbares ou gallo-romains; le^^ plus connus d'enire eux étaient orfèvres ou médecins. Uni?' les uns aux autres par la solidarité du langage et de la reli^ gion, ils étaient en relations constantes les uns avec Icî^ autres, et devinrent ainsi les intermédiaires presque obligés des hommes d'alVaires des diverses ré},Mons; ils développèrent généralement rnsa<»<' des lettres de chanî^e si commodes pour les payenienls à distance.
Quand les monarchies barbares se furent solidement assises, quand le rhristianismo put hautement revendiquer l'appui du bras séculier, la condition des Juifs changea peu à peu : le meurtre d'un Juif ne fut plus légalement considéré que comme un crime deux fois moindre que l'assassinat d'un Chrétien; on défendit aux Israélites d'exercer des emplois publics et de servir dans l'armée; on entreprit de les convertir de gré ou de force, et de temps en temps, pour le bon exemple sans doute, ([uelques récalcitrants étaient massacrés par l'ordre des rois ou des évoques. Louis le Débon-