‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 13 sur 261 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

la centième brebis égarée (Math., xviii, 12-13; Luc, xv, 3-7) et prenant au pied de la lettre les immorales histoires de réconome infidèle (Luc, xvi, 1-8), des ouvriers de la onzième heure (Math., xx, 1-16) et du figuier sans fruits (Math., xxi, 18-20). L'absence de tout sens moral chez les dévots est d'ailleurs constante; qui peut lire sans frémir les lignes suivantes écrites sous Louis XIV par un féroce ennemi des protestants : e: M. l'Intendant fit le procès à bon nombre de criminels (c'est-à-dire d'hérétiques), dont les uns furent seulement envoyés aux galères, faute de preuves suffisantes, et les autres furent exécutés à mort i> (L'ouvreleuil, VObstination confondue, ou suite du fanatisme renouvelé j Avignon, Chastenier, 1706, in-12, t. III, p. 100)? Cet absolutisme autoritaire se retrouve partout dans les écrits des catholiques; par exemple, pour démontrer que l'homme a dégénéré depuis le péché d'Adam, ne font-ils pas des raisonnements aussi absurdes que le suivant de Joseph de Maistre : « Si on avait un dictionnaire de langues sauvages, on y trouverait des restes évidents d'une langue antérieure parlée par un peuple éclairé, et, quand même nous ne les trouverions pas, il en résulterait seulement que la dégradation est arrivée au point d'effacer ses derniers restes d. C'est le même ordre d'idées qui a prêté à Ambroise Paré la fameuse phrase : « Je le soignai. Dieu le guérit )>, alors que Galien avait dit bien plus justement : Medicus curât, natura sanat morbum, et qui a inspiré à un moine du moyen âge ces deux vers par lesquels s'explique admirablement l'ignorance générale du clergé :

Si Christum discis, nihil est si caetera nescis;

L'INTOLÉRANCE. xxill

Si Christum nescis, nihil est si cœtera discis <.

Le besoin de la passivité esl tel chez des convaincus de cette espèce qu'ils prêtent de bonne foi à leurs adversaires des habitudes analogues aux leurs. Un naïf religieux a prétendu récemment avoir entendu chanter, à Milan, en plein théâtre, un hymne h Satan : peut-être n'y avait-il dans ce chant, s'il a vraiment existé, qu'un artifice poétique comme dans le Kaïn de M. Leconte de Lisle, ou dans la pièce célèbre du regretté Bartrina, le poète catalan^.

Je n'ai pu raconter toutes les péripéties des luttes religieuses, ni parler de tous les martyrs de la libre pensée :

1. Les Indiens en disaient autant de leur côté. Cf. Kur*a\ tamoul de TiruvaWuva (I, i, 2) : c Quel est le fruit de tout ce qu'on a appris, si l'on n'adore pas les pieds de Celui qui a la pure science ? >

i. M. X. de Ricard a traduit en provençal cette poésie vraiment remarquable. En voici une traduction française :

Lorsqu'arriva Gain, las, mais toujours rebelle, Satan était encor seul au fond des enfers ; Us jurèrent tous deux une haine immortelle A Dieu, le tout-puissant, maître de Tunivers.

Et Satan s'écria, fier, redressant la tête : c La Révolution que Dieu maudit c'est moi ! » — c Moi je suis le Travail qui toujours l'inquiète, Dit Gain, le Travail condamné par sa loi ! »

De leurs yeux s'élançaient, dans leur rage implacable, Des éclairs flamboyants comme la foudre en feu ; Et la race d'Abel à jamais détestable Eut peur, et sur son trône on put voir frémir Dieu.

G'est qu'ils montaient vers lui ; race d'Abel, arrière ! Place, malgré l'arrêt et le courroux divin, Place au char du Progrès qui vient dans la poussière, Ghar que tire Satan et que pousse Gain ! viMsoN. — Religions actuelles. c

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