LE DÉLUGE DE HADRAHASIS
expliqué que par le sage Heabani, sur rinvitation du dieu Chaînas, malgré l'opposition de ses frères Samhat et Harimtu. Vainqueur du tyran Humbala, après un pénible wyage à travers une vaste forêt, pleine de bêtes féroces, lidubar devient roi. Ichtar, fille du dieu Hea et de la déesse Analu, veuve de Durauzi (Tainrnuz)r, s'éprend d'amour pour hdabar, mais il repousse ses avances ; elle vient se plaindre ises parents qui la consolent et lui donnent, pour l'aider à triompiier, le taureau divin; celui-ci, ayant succombé dans la lutte contre l'inflexible sage, Ichtar va chercher des secours en enfer. Izdubar a un nouveau songe qui l'oblige à «émettre en route avec Heabani; on nous raconte leurs souffrances dans une immense foret où Heabani trouve la ttiort;.en proie à la douleur, Izdubar erre à la recherche du sage Hasisadra qui devra lui expliquer les mystères du passé cl qui lui raconte le grand déluge. Cluimas avait prévenu Hasisadra (le Xisuthrus de Bérose) que la terre devait être prochainement détruite par les eaux; il lui avait prescrit défaire construire un immense vaisseau, d'y mettre ses richesses, d'y faire monter les membres de sa famille, et d'y enfermer un certain nombre d'animaux. Adra-hasis ou Hasis-adra s'y réfugia lui-même. Un déluge épouvantable commence et dure sept jours entiers. Le septième jour après la fin du déluge, une fenêtre est ouverte ni une colombe est lâchée, mais elle ne trouve pas où poser le pied et revient ^ile. Une hirondelle, lancée ensuite, n'est pas plus heureuse. Mais un corbeau, envoyé en troisième lieu, ne revient plus. Les habitants de Varche l'ouvrent alors, envoient les î^imaux aux quatre vents, sortent et dressent un autel où est offert un sacrifice pour prévenir le renouvellement du déluge.
Ces croyances et ces légendes ont été emportées par les tribus diverses qui, partant de la Babylonie et s'éloignant
i%S DIKUX DKS SÉMITES.
vers le Nord-Ouest, ont successivement peuplé la Syrie, la Palestine, l'Asie Mineure : Cananéens, Moabites, Édomîtes, Israélites, Araméens, etc. Térakhite^ comme ceux qui Vavaieat précédé, c'est-à-dire issu de la famille ou de la race de Térakh, Abraham, père des Israélites, était originaire d'IV* kasdîm, ville située sur la rive droite de TEuphrate, au sud de Babylone, à l'endroit où se voient les ruines d'un village , appelé Mugheir, en Babylonie; il monta vers Arphakchad (Arrliapachitis) dans le pays actuel des Kourdes et redescen- : dit de là dans la vallée du Jourdain. Partout il trouva des | immigrants, venus comme lui de l'Ouest, avec leurs dieux, leurs fétiches et leurs légendes : Melchissedec {Afalkitsédéq)t par exemple, à Chàlêm, était kohcHy c'est-à-dire prêlre, d'ÊI- Eliôn € le dieu Très-Haut » qui semble avoir été aussi à ce moment le dieu suprême des Hébreux. Les descendants d'AbrAhàm allèrent en Egypte, dans la terre de Milsraîm; lorsqu'ils en eurent été chassés, leur dieu principal était lahvêh ou, si Ton préfère la forme épellative, Jéhovah. Parallèlement à lahvèh, les autres tribus avaient chacune leur grand dieu : les Moabites adoraient Kemôch; les Amraoniies Afôlokh, Molékh ou MUkôm; les Philistins, Dàgim (dn'" nioilié homme et moitié poisson)*, etc.
(yélaienl des dieux jaloux, sombres et terribles, exigeant
l. Ces mots Mérivenl respectivemont : Kamûch ou Kemôch, de la racirH* Kamuch « brûler, rougir»; Môlokli ou Môlekh et MUkmn ilo la racine lf<' lakh «régner» ; Dâgôn, de Ihigan c lilé » (suivant Chavée, ^'aurait été ancif«nenicnl un dieu agricole, le diou des laboureurs, le protecleur des céréale''' ou de Dàgûh « poisson >' suivant d'aulreg. De uïème Ha'al vient du verbe B«'*' » dominer, commander » et veut dire « maître, seigneur » ; on le trouve an pi"' ricl (Banïim 4 les dieux >) employé comme synonyme iVHlohim.
On sait que les Moabites orcupaicnt la région au sud-est de la mer Mort<« ^ue les Êdomitcs étaient du même côté, plus au sud; que les Amaléciles * l\»w«»»l, cl les Madianites à l'est, se partageaient la péninsule qui est an totii .^* U mor Uouge; que les Ammonites vivaient au nord des Moabites; cl q»* V* l^hili^tins dominaient, à l'ouest, le long de la côte méditerranéenne.
DIBirX VALBS ET PKMCLLES.
ices humains, satisfaits seulement par le sang et la » victimes : qu'on se rappelle les massacres relila Bible (et entre autres l'épouvantable meurtre ir Samuel), les offrandes d'Abel et de Gain (propreëletQatn), la mort abominable de la fille de Jephté, * que courut Isaac (Itsehâq), quand un béfier fut sa place, comme la biche qui prit la place d'Iphi- 'on songe ensuite aux fêtes cruelles en l'honneur il à Garthage. C'est le feu qui joue le principal rôle cérémonies ; lahvèh apparaît toujours aux Hébreux imme, soit qu'il consume les victimes qu'on lui offre, veuille seulement manifester sa présence. Manassé ^nc pas si coupable de faire passer ses fils par le feu XXI, 6; Chroniques II, xxxiii, 6). L'idée de la diviportait toujours une idée de terreur, témoin la sentence : c La crainte de lahvèh est le commene la sagesse i (Psaume cxi, verset 10). ânités, dont nous venons de parler, étaient d'ailtes, à l'origine du moins, doubles, c'est-à-dire mâle î, personnifiant d'une part le soleil, le ciel, la lune, es et de l'autre la terre féconde. Chez les Sémites a divinité femelle, symbole de la puissance végétataie, était adorée sous les arbres, dans les bois étaient à Babylone BilU (femme de Bel ; cf. Bà'alâth, e Ba'al); en Assyrie, Mylitta ou plus exaclement f la génératrice » appelée aussi Zirpanit € la proies germes t; à Garthage, Tanit; à Tyr, Astarlé; à :hez les Philistins, Derkéio; chez les Arabes, Allai, ly femelle de El ou 7iu*. Ce dernier dieu, El, d'où
te (liv. I, chap. cxxxi) dit que Vénus est adorée par les Perses i de Mitrat par le* Assyriens sous celui de Mylitla et par les i celui d'Aittta; il ajoute (III, chap. vin) que les Arabes adorent 8 le nom û*Orotal et Uranie sous celui d*AUlat/ SON. — Religions actuelles. 19
SM POLYTHÊISHK DRS JOm.
lieBt tiâk c dieu secondaire? i, avail son nom accompagné souvent d'épitbèles telles que chaddai c tout-puissant >, qudoeh € saint, sacré », éliôm c supérieur », etc.; on a tu dans ces appellalifs des noms d'anciennes divinités locales analogues à celles qui servent encore à désigner certains mois *Ju calendrier judaïque, Adar^ Tammûz^ etc. Les autres dieux portaient de pareils surnoms : Ba*al par exemple était appelé à Hébron Ba'al tsebûb c dominateur des insectes », d'où est venu le nom Beelzébub, Belzébuth donné au diable; il y avait de même le Ba'al de Pe'or ou Pegor, d'où on a tiré Belphégor; le Ba'al Berîlh, adoré à Chekhém par les Hébreux après la mort de Gédéon, etc.
Les compagnons et les premiers descendants d' Abraham étaient certainement polythéistes et fétichistes. Il est souvent question dans la Bible du dieu de telle ou telle personne, de telle ou telle ville ; lorsqu'un traité ou un contrat est conclu, chacun invoque sa propre divinité. Quant aux fétiches, on se rappelle les Terâphim de Lâbân que lui vole sa filk Rachel (Râkhêl) et sur lesquels elle s'assied si irrévérencieusement; on se rappelle également les dieux (élôhim) d les pendants d'oreilles que Jacob enterre sous un arbre près j de Sîchem (Chekhém). Si Ton songe en outre au veau on plutôt au taureau d'or fabriqué par Aharôn avec les boucles d'oreilles des femmes et des enfants et au taureau au front cornu, au taureau de fer, sous la forme duquel on représentait Moloch ou Melkart en Phénicie ; si l'on se souvient d^ j veaux d'or que Jéroboam lit élever à Dan et Bèthêl en disant ; que c'étaient là les dieux qui avaient conduit ses sujets hors d'Kjçyple (I Rois, xii, 18-19); si l'on pense au serpent d'airain que Môchch ou Moïse opposait aux serpents du désert; si Ton remarque que les kernbim (chérubins!), gardiens du paradis, étaient des monstres en forme de taureaux (sphinx ou griffons) ailés à tète humaine dont le prototype est con*
COMPILATION DE LÀ fiIBLK. «9i
serve sur les monuments de la Babylonie ; si Ton n'oublie pas que le Dâgôndes Philistins avait la forme d'un poisson; %\ Ton se rappelle enfin que la Bible a souvent le pluriel ttohim c les dieux > dans des passages où l'on a plus tard traduit c dieu » sans prendre la peine de toujours faire les corrections grammaticales nécessaires^; on ne peut guère douter du polythéisme naturaliste des Hébreux. Du temps du roi Josias, les Juifs adoraient encore Ba'al, le soleil, la lune et toute la milice céleste (II Rois, xxiii, 5-li). Avant de mourir, Josué leur avait donné lechoix entre Iahvéh,lesdieux des Amorrhéens, et les dieux qu'avaient adorés leurs pères en Mésopotamie et en Egypte. Le polythéisme apparaît dans les plus anciens textes où se retrouvent les impressions de la terreur religieuse qu'inspiraient les souffles et les bruits de la nature, les rêves et les songes d'une imagination surexcitée, les visions d'anges anthropomorphes, les apparitions d'échelles lumineuses allant du ciel à la terre, les voix retentissant dans les solitudes, etc.
Je viens de faire allusion à des remaniements qu'aurait subi la Bible. On sait en effet que ce recueil est très composite et qu'il a mis longtemps à se faire. Ce n'est guère que fort peu d'années avant l'ère chrétienne qu'il a atteint sa forme actuelle; il avait fallu dix siècles pour la lui donner. LaBible comprend cinq parties distinctes : historique, législative, prophétique, lyrique et spéculative ousapientiale. La partie historique se divise en deux, la première qui date ^environ 500 ans avant Jésus-Christ va de la Genèse à la fin <les rois; la seconde (Chroniques, Esdras, Néhémie) date de 330 environ. Elle comprenait onze rouleaux manuscrits qui
ï. Cf. par exemple Genèse, xx, i3 et xxxv, 7, où le sujet élôhim est ttcompagné de verbes au pluriel : « les dieux me firent errer », « les dieux *w ipparnrent ». Dans ces deux passages, la version saniarilaine a le sin-
fH POLYTHÉISME DES JUIFS.
formaient deux groupes, le Pentateuque d'abord, puis les autres livres. On y trouve des traces évidentes de compilation; les critiques ont depuis longtemps signalé le dualisme de la Genèse par exemple qui est formé de deux récits entremêlés : le premier élohisUy plus original, plus ancien, plus poétique; le second jéhovisie^ plus court et plus sec (dans certains textes € dieu > est toujours élohim; dans d'autres, il est toujours jéhovah^ c'est-à-dire iahvêh). D'ailleurSi d'anciens livres, aujourd'hui disparus, et remontant proba- | blement au x* siècle, à une époque où la légende mosaïque ; était à peine ébauchée, sont cités dans les Nombres (xxr,i4), • dans Josué (x, 13) et dans Samuel (II, i, 18) : le ÇéphérUil- \ liamôlh lahvéh « livre des guerres de Jéhovah » et le Çêphér hayyâcMr c le livre du juste >. Des morceaux, certainement étrangers et souvent fort anciens, apparaissent comme manifestement intercalés, par exemple dans ta Genèse, le chant de Lamekh (iv, 23-24), l'ivresse de Noé (ix, 20 et suiv.), l'aventure de Sara avec Âbimelekh (xï, î et suiv.) qui fait double emploi avec l'erreur de Pharaon (xii, H et suiv.), le roman de Joseph (xxxvii et suiv.)*, etc. L'un des documents originaux les plus anciens ainsi conservés est peut-être le chant de Déborah {Juges, v, 2-31).
D'ailleurs, même à l'époque où lahvéh était le grand Dieu, le Dieu suprême, on ne négligeait pas les autres : Salonion avait fait place dans son fameux temple (CF. 1 Rois, xi,i-7) à Kamôch, dieu des Moabites ; à 'Achlôrêlh, déesse de Sidon; à Melkar, Milcoin ou Molcc, dieu des Ammonites, le terril»'^ minolaurc phénicien qui exigeait le sacrifice des premier^*
1. L'histoire de Joseph se retrouve dans le Qorâri (sura xii) avec d'intéressantes variantes. Ainsi rinnocence du jeune Hébreu et la culpabilité <ld réponse de son maître sont immédiatement reconnues; et si Joseph est ffii» en prison, c'est qu'il le demanda lui-mt'mc pour se soustraire aux entreprise» amoureuses de toutes les femmes du pays.