LES JUIFS A ROME
[ui devient la victime expiatoire des méchants. Dieu est la »ource du bien dont il a déposé les germes dans les âmes; le mal a été produit par la coopération des puissances inférieures dans l'œuvre créatrice.
Lorsque Philon et ses compagnons de voyage arrivèrent à Rome, ils y trouvèrent une colonie juive nombreuse, mais ceuï qui la composaient étaient pour la plupart pauvres et mal vus. Le bas peuple leur faisait mille vexations; les gens des classes supérieures les méprisaient à cause du mystère dont ils entouraient leurs pratiques religieuses, à cause de leur exclusivisme matrimonial (ils ne se mariaient qu'entre eux), à cause de leur alimentation étrange et si en dehors de« habitudes occidentales, et parce qu'ils ne mangeaient qu'avec leurs coreligionnaires. On leur reprochait de plus une insatiable « soif du lucre », on les accusait d'être « taquins, grognons, plaignards, sales, d'avoir les yeux toujours malades, de sentir mauvais d. Ils exerçaient toutes sortes de métiers inférieurs (chiffonniers, brocanteurs), et se livraient i la mendicité la plus éhontée.
Ils étaient venus à Rome, disaient-ils, depuis que les Macchabées y avaient envoyé une ambassade; l'opinion commune est qu'ils s'y établirent seulement après Toccupalion «le Jérusalem par Pompée (63 av. J.-C). Quoi qu'il en soit, ils étaient déjà bien connus dans la République du temps de Cicéron : on sait par quel calembour il fait allusion aux rapports avec les Juifs dont on accusait l'infidèle proconsul de Sicile. Dans son discours pour Flaccus, le grand orateur affirme déjà la rapacité des Juifs, leurs habitudes de faire iflluer tout l'or monnayé de TOccident à Jérusalem, et leur turbulence à Rome même (§ 28). Tacite en a parlé fort longuement, au début du cinquième livre de ses Histoires : il les suppose originaires de TEgypte d'où le roi Bocclioris ies aurait chassés parce qu'ils auraient été infectés de lèpre.
m ROMAUIS lUMBJURS.
Fugitifs au hasard, sous la conduite d'un garcoo hardi, nommé Moïse, ils auraient été sauvés de la mort par oa troupeau d'flnes ^ qui les conduisit i une source forestière, et après six jours de marche pénible, presque i jeun, ils auraient découvert le pays auquel ils ont laissé leur nom- Tacite donne sur leurs observances des détails précis, aoi« quels on trouve d'autres allusions dans Pline (JSTtil. nol. XXXI, 41), dans Juvénai, et ailleurs. U parle de leur abitoation de la viande de porc (à cause de la lèpre que cet aunl leur avait donnée en Egypte), de leur sabbat, de leurs loafi jeûnes, de leur dieu-esprit qu*ils ne représentent par anoM image, etc. Juvénai (III, 13-14; Yl, 159-160; XIY, 97-107)el Martial (V, 5; YII, xxxv, 1-4; lv, 6-8; lxxxu, 5-6) en paient fort dédaigneusement, mais en termes qui donaeiti{ penser qu'ils étaient nombreux et jouaient un rôle imporisÉl: à Rome; les Juifs, en effet, recrutèrent des adeptes pani les Romains comme ils en avaient recruté parmi les Gnok 11 y eut d'ailleurs, de l'an 150 avant Jésus-Christ à Fan SOOiyrèi une période de propagande et de prosélytisme israélite;c'al alors, croit-on, que les Tartares khozars se convertirent ta judaïsme. Mais, pour revenir en Occidenl, ilyavaitdesGreci et des Romains non circoncis qui menaient vitam judakêm; il y en avait même qui se faisaient circoncire (Cf. Juvéntlt Sat. XIV, V. 97 et ss.) :
Quidam sortit! metuentem sabbata patrem Nil prœter nùbes et cœli numen adorant, Nec distare putaot humana carne suillam
1. Aussi croyait-on qu'ils adoraient un âne. On a prétendu que cette errev venait de U confusion du grec pi6vo; (Beoc |i.ivoc c un seul dieu •) af«e ^ En tout cas, elle a persisté longtemps et s*e8t étendue aux chrétieiu fld mêmes. Une caricature trouvée en graffilo sur les murs du pallia des Cémi au mont Palatin et qui est probablement une malice de quelque page TÎt-à-vii d*un de ses camarades, représente un personnage adorant un homme cnKifi^ qui a une tête d'âne.