CULTES DES ANCIENS ARABES
ciel toujours pur, un soleil ardent et majestueux, l'immensité des plaines silencieuses, la splendeur des nuits vivifiées par une lune éclatante ; tels étaient, tels furent les premiers objets de leur admiration, de leur reconnaissance, de leur culte. Leur religion primitive Tut sans doute un naturalisme fétichiste fort raisonnable et fort bien raisonné. Ils faisaient des sacrifices au soleil et aux forces naturelles ; ils vénéraient de grosses pierres informes. Des traces de ces croyances ont passé au mahométisme moderne. Chaque centre de population devait avoir sa divinité protectrice par-* ticulière; les Himyarites adoraient notamment Sin et Aihtar, divinités originairement babyloniennes. Plus tard, celles de La Mecque obtinrent la prépondérance sur toutes les autres : on allait en pèlerinage à La Mecque pour demander de la pluie à la grande c pierre noire >, et Ton entrait respectueusement à la Kaabah où était cette pierre, — un aérolithe sans doute, -;- entourée de trois cent soixante autres plus petites : on a vu là Temblème d'un culte solaire (les petites pierres auraient figuré les jours de Tannée), de même que l'on voit dans les sept tours que doivent faire les pèlerins autour du temple la figuration de la révolution des astres tout autour du ciel ; le dieu principal de La Mecque, Allais ou plutôt la déesse, car Allât est une forme féminine*, aurait été la personnification du ciel ou du soleil. On cite, parmi les
1. Nous avons vu plus haut, au chapitre vi (p. 289), qu'Hérodote donne les formes Alitta et Alilat pour le nom de la déesse principale des Arabes. Allât, alahât, allahàtf est sans doute le parèdre femelle du dieu babylonien El, //«, etc., devenu Allah chez les Sémites du sud et qui dérive, dit-on, de la racine arabe alaha « protéger, défendre, adorer » (hébreu âldfi « jurer, consacrer •). — Hérodote parle aussi de Bacchus, adoré par les Arabes sous le nom d*0rotal ; c'était, paralt-il, le dieu des Êdomites et ce mot signiflerait a lumière, ou éclat, ou verdeur d'El », ârôt-aL Les préislamiles vénéraient aussi Sokail (rétoile Canopus), Aldebaran (oc du Taureau), Alchira (Sirius), Otarod (Mercure), Al^ Zohirah (Vénus), Al-Mochtari (Jupiter), Al'Zohal (Saturne), etc.
LES QORÉIGHITES. 317
lutres divinités de La Mecque : hubal, l'homme ; suwâhj la Temme ; tviiddy le ciel ; yaghûthy le lion ; yâ'ûqy le cheval ; piosr^ l'aigle ; huzzâ, Vénus figurée par l'acacia ; manât^ la pierre du sacrifice S etc. Â côté de ces idoles, il y avait, dans la Kaabah, les images d'Abraham et d'Ismaël.
La pierre sacrée est un fragment de basalte volcanique, Yeiné de cristaux colorés, de forme demi-circulaire et mesurant 15 centimètres environ sur 18 : on la voit encore aujourd'hui scellée dans le mur de la Kaabah, à l'angle oriental, au milieu d'un cadre d'argent, à près d'un mètre et demi du sol.
Parmi les familles ou tribus importantes de La Mecque, il en était une, au vi* siècle de notre ère, qui prétendait à une antiquité reculée, celle des Qoréichites. Une généalogie très complète la rattache à Ismaël, fils d'Agaret d'Abraham, qui aurait épousé la fille de Modadh, un chef de La Mecque. On cite, parmi ses descendants, par cette femme, un nommé Nadhr (i34 ap. J.-C), père de Malik, père de Fikr Qoraich ou Qoreîch (200) ; de celui-ci descend, à la onzième génération, Mahomet, le Prophète. Parmi les parents de Mahomet, figurent tous les personnages qui ont joué un rôle important dans l'histoire primitive de l'islamisme : Abu-bekr, premier khalife, qui se rattachait à Morrah, septième ancêtre de Mahomet; Omar-ibn-al-khattâb, second khalife, qui descendait collatéralemcnt de Qaab, père de Morrah; Aminah, mère du prophète, tille de Wahb, venant de Kilab, fils de
i. Vers ran C15, Mahomet fit des concensioas à ses adversaires polythéistes. Il récita, à la Kaabah, le passage suivant de la Surah 53 : (( El ne voyez-vous ;»aft Allât, et Huzzâ, et Manât la troisième autre? Ce sont les deux grues qui ;>laneDt en haut, et en vérité leur intervention est désirable ». Mais il eut des remords, et, à Tinstigation de l'ange Gatiriel (qui lui apprit que ces lignes lui iTsient été suggérées par le démon), il substitua à la dernière phrase ce qui iuit : « Quoi! y aurait-il des produits mâles pour Lui et des femelles pour vous ? > serait un étrange partage. Ce ne sont que des noms inventés par vous et rot pères ».