LES TROIS KHALIFAT
Us de La Mecque et de Médine, et de quatre mille à trois cents aux autres musulmans majeurs. Muavla s'entoura de factionnaires, de gardes du corps, d'officiers ; en utf mot c'est lui qui organisa une cour et créa une étiquette qu'il copia plus ou moins sur celle des rois et des empereurs de son temps.
Cependant, l'Islamisme continuait sa marche triomphante; sous Yalid P' (705-716) le khalifat de Damas atteignit Tapogée de sa puissance. Yalid commandait, à sa mort, depuis la vallée de l'indus jusqu'aux Pyrénées. On sait la traversée du détroit de Gibraltar par les soldats de Tarik et leur débarquement à Âlgésiras le 28 avril 711, la trahison du eomte Julien et Tinvasion de l'Andalousie; la défaite à Xérès le 31 juillet 711 du roi wisigoth Rodrigue ou Roderic qui périt dans la bataille. On sait aussi comment l'inondation musul* mane fut arrêtée à Poitiers par Charles Martel le 7 octobre 732. Vingt-quatre ans après, en 756, arrivait en Espagne un prince de la maison des Omeyyades, Âbd-er-rakhman (Abdé* rame), qui fonda le khalifat de Cordouc. Il avait été chassé de l'Orient par l'usurpation des Abbâsides dont le second, Abudjafar ou Almanzor, dixième successeur de Valid, transporta à Baghdad sa résidence. L'Egypte échappa à son tour à la domination du khalife d'Orient cent cinquanl(^ ans plus lard i en 909, Obéid-ullah fonda le khalifat du Caire.
Ce dernier khalifat dit fatimite (Ob»'»id-ulIah se prétendait pelit-fils d'Ali et de Falime ou Fathniah) finit en 117/ par Tarrivée des mameluks qui cédèrent la place aux Turcs en 1517. En Espagne le khalifat de Cordoue ne dura que jusqu'en 1031 ; il y eut alors les royaumes séparés deSéville, Saragosse, Valence, Tolède ; on sait qu'en 1246 les « Maures» devinrent tributaires des rois de Castillc et que la capitulation de Grenade, le 25 novembre 1491, marque la fin du mahomélisme dans la Péninsule. Quant aux Abbâsides, les Turcs
LA FOI DE L*ISLAM. 3t7
vinrent les détrôner en 1258; Othmfln fut le premier qui prit le titre de sultan (t souverain »), en 1299; nous n'avons pas à raconter ici les tentatives des Turcs sur TEurope, la prise de Constantinople (29 mai 1453), les excursions en Hongrie, etc. ; ni à parler de la conquête de Tlnde du x'' au xav siècle.
Le mahométisme aujourd'hui n'a perdu de son ancien domaine que les provinces de l'Europe occidentale : Es- ;pagne, Narbonnaise, Corse, Sardaigne, Sicile et côtes méridionales de l'Italie, et il est encore pratiqué en Turquie ^t daas les principautés danubiennes; en Afrique, il est ré- ]panda sur tout le territoire qui s'étend au nord d'une ligne allant du golfe de Guinée aux grands lacs ; en Asie, il occupe '•out Toccident et s'avance jusqu'tiu cœur de la Sibérie; il compte de nombreux adeptes dans l'Inde ; on en rencontre Qussi dans le Yun-nan, au nord du Tonkin, et dans la presqu'île de Malakka. Enfm, on trouve des musulmans à Sumatra, à Java, à Bornéo et dans les Célèbes. On évalue h cent ^inaillions en nombre rond le chiffre des hommes qui observent la religion de l'Islàm.
Cette religion, comme toutes les autres, doit être considérée sous le double point de vue de la « foi » et des pratiques, des « œuvres ». La foi, imâriy se réduit au dogme essentiel et fondamental du monothéisme, opposé au polythéisme anté-islamique et à la trinité chrétienne ; on connaît la kalimah, symbole ou formule sacrée : là Udh illâ allait Muhammad rasûl allah « il n'y a pas d'autre dieu que Dieu €t Mahomet est le Prophète (ou plutôt TApôtre) de Dieu ». Dieu est unique, indivisible et éternel. Quant à Jésus- Christ, dont la naissance miraculeuse est admise, y compris Tannonciation par Gabriel et la virginité de Marie, ce n'est tout au plus que t Tesprit de Dieu », m'ha' llah, qu'un très respectable prophète, un simple précurseur de Mahomet,
■S^ HORALli: ISUHIQDE.
spéciale me ni envoyé aux lsr;iélites qui le méconnurent; a mon ignominieuse ne fui qu'apparenle : Dieu substitua à soil prophète une ligure matérielle. Dieu a d'aillcui* sous ses ordres deus catégories de serviteurs : les génies (Djinn), sortes de figures monstrueuses, qui peuplent ies forëU el les inonlagnes, fantômes sccourahics ou trompeurs (il convient' de voir dans la croyance aux génies nu reste de lu vieille religion des Arabes qui en faisaient avant Mahomet des liis des dieux); les anges, faits comme tes génies d'une matière ignée très subtile, mais dont la nature est moins ttroasière. Les anges sont les messagers que Dieu envoie directenieni ans hommes ; iis soutiendront le trône de Dieu au jour du jugement dernier; il y en a de différents degrés, mais les quatre principaux sont Gabriel, l'ange de la Révélation; Michel, le protecteur spécial des Juifs; Azrael, l'ange de la mort, qui sépare les Âmes des corps el les entraîne, suivant les cas, avec douceur ou avec violence; enfin Isrà/il qui sonnera de la trompette fatale au dernier jour. Un cinquième ange éniinent, Azazîl, dérlm pour avoir refusé à Dieu de rendre homma[,'C à Adam, ■■*! di'Vfnu le démon Iblis ou ChdUin f Satan t.
L'homme d'ailleurs a son sort irrévocablement fixé par Dieu de toute éternité et rien ne saurait le soustraire à sa destinée. Les niahométans croient au surplus à la pnreU originelle, à la chute d'Adam, à l'expiation terrestre, aw récompenses dans le ciel, aux punitions dans l'enfer. Il y a évidemment là une rt-marquable contradiction : pourquoi un jugement, pourquoi une récompense ou une peine si les actions humaines ne sont pas dirigées par le libre arbilce? Quoi qu'il en soil, le salut est, paraît-il, réservé à ceux qui suivent la voie divine révélée par le Qoran,
Un vrai fidèle, un bon muisulman, pour espérer le salut, doit croire à tout ce que dit le livre sacré; il ne doit rien
BEYOIKS DES FIDËLES. 329
faire que € au nom de Dieu clément et miséricordieux (Bis^ mi ^Uah ar-rakhmân ar-rakhim)^ ; il doit prier souvent, car la prière est la c colonne de la religion » et la < cléT du paradis >. Les prières particulières obligatoires sont au nombre de cinq par jour : au lever du soleil, à midi, avant et après le coucher du soleil, à la nuit tombée ; lorsqu'il se sent plus ou moins impur, le fidèle doit faire précéder chacune de ces prières d'une ablution, wuznhy totale ou partielle (la t&te, la figure, les bras jusqu'aux coudes, les jambes jusqu'aux tl^enoux) dans une eau pure qui peut être, en cas de force Knajeure, remplacée par du sable fin. La circoncision qui est généralement pratiquée n'est point cependant d'observance légale; elle se fait à l'âge de six à douze ans. Les devoirs nnoraux dont l'accomplissement est recommandé sont de Secourir les pauvres et les infirmes, de venir en aide aux Voyageurs, de faire rendre justice aux orphelins, d'aimer et de l'especter son père et sa mère, de ne jamais se servir que de poids justes, d'être généreux sans prodigalité.
L'aumône et rhospitalité sont naturellement au nombre des principales vertus; on distingue les aumônes en volontaires et en obligatoires : parmi celles-ci figure la remise « au Prophète » de la cinquième partie de tout butin de guerre. Tous les testaments doivent être certifiés par deux témoins, hommes justes; et le testateur ne peut attribuer à des personnes étrangères à sa famille qu'un tiers tout au plus de sa fortune. On a vu plus haut comment Mahomet établit le divorce et légalisa la polygamie : il est permis à tout musulman d'avoir quatre femmes légitimes el autant de concubines qu'il peut en entretenir.
LeQoran parle souvent de Tinulililé et de la vanité des richesses; aussi l'usure e^*rile sévèrement interdite, ainsi d^ailleurs que le vol et le meurtre volontaire. Des prescriptions très précises sont faites relalivcmenl à ralimenlation :
330 OBSERYAIVCES RELIGIID8B6.
c'est un abominable crime que de manger du codioOi de la viande d*un animal mort naturellement ou qui a été saigna ou qui a été tué au nom d'un faux dieu; le vin et toutes lei liqueurs spiritueuses, ainsi que les jeux de hasard, sont sévèrement prohibés : on sait par quelle interprétatiM iagénieuse des textes l'absinthe a pu trouver grâce devant la M; en revanche, les commentateurs ont étendu la défense def spiritueux à Topium inconnu de Mahomet. En définitivSi les pratiques religieuses (dîn) consistent essentielleineDl es: i"" récitation de la formule sacrée là ilâhy etc.; 3* prières avec ablution ; 3"" jeûnes; 4* aumônes; 5* pèlerinages.
Voilà pour ce qui regarde le fidèle pris individueUemeal. Mais» lorsque le musulman n'est pas isolé, lorsqu'il habile un pays ou son culte est dominant, officiellement recoomi ou autorisé, on sait que les prières se font dans les mosquées. Vazân ou adhân, appel à la prière, chanté du haut des » narets par le muezzin ou muedhifij est ainsi conçu : c Dieu est grand (quatre fois). 11 n'y a qu'un Dieu (deux fois). îhhometcst l'apôtre de Dieu (deux fois). Venez ici pour prier (deux fois). Venez ici pour être sauvés (deux fois). Il n'y s pas d'autre dieu que Dieu ». Lo matin et le soir, on ajoute: « La prirre est nieilleurf (|uc le sommeil ».
C'est surtout le vendredi que les fidèles se rendent à . la mosquée; les prières sont dirigées par Vintâm^ sorlede ministre officiant, qui est le chef de la mosquée dontil choisit le personnel. Parfois, un khatib ou prédicateur monte ee chaire; il intercale dans son sermon une prière pour le souverain du pays. La fréquentation des mosquées n'est pe* absolument nécessaire; où qu'il se trouve, à Theure de b prière, tout bon musulman doit se retirer à l'écart, étendre un petit tapis sur le sol, quitter ses chaussures, et, se tournant vers la qiblah de La Mecque, accomplir les dévotions réglementaires. Les femmes vont rarement aux mosquées;
FâTES £T PÈLERINAGES. »!
les prient chez elles; elles peuvent cependant accompagner urs maris au pèlerinage de La Mecque. Après les prières de )mmandement, le pieux islamite peut s'asseoir à son aise, «jambes croisées, et faire telles autres prières qu'il voudra n dire son chapelet de quatre-vingt-dix-neuf grains (autant [«'Allah a de noms) sur chacun desquels il murmure une HMirte formule.
Le grand jeûne du ramadhân (ou ramazân)^ au neuvième nois de Fannée mahométane, est une des obser>ances les )lu8 rigoureuses. L'homme vraiment religieux doit demeurer i jeun, de la façon la plus absolue, depuis le lever du soleil osqu'à son coucher ou plus exactement tant qu'il est postil)ie,en plein air, de distinguer un (il blanc d'un fil noir; rendant cet inter>'alle, il n'est même pas permis de prendre ntreses lèvres une simple goutte d'eau. Mais, la nuit, le orps peut prendre sa revanche et Ton sait quelles oi*gies le unadhàn peut amener. Le ramadhân se termine par la Ste du Hid-al'fitr (Ramazan-Beyram chez les Turcs) qui ccupeles trois premiers jours du dixième mois; ces fêtes se omposent de réjouissances publiques et privées, de villes et d'aumônes aux pauvres.
On célèbre encore deux autres grandes fêtes, le Hid-aloha, le dixième jour du dernier mois, et la « grande fête >, ni dure trois jours. La première coïncide avec l'époque des èlerinages ; la seconde est caraclérisée par le sacrilice d'une îctime, par des visites et des cadeaux à des amis : elle a ^mplacé le « grand pardon » que Mahomet avait tout abord emprunté aux juifs.
La fête du Moharram, qui se célèbre pendant les dix preiers jours de l'année, n'est pas rigoureusement orthodoxe, ais elle est d'usage général. 11 convient, pendant cette fête,
se livrer à la joie et de distribuer de nombreuses aulnes. Je ne parle pas des autres fêtes, moins importantes.
m PÈLERINAGE À LÀ HBCQIIE.
Il est recommandé de faire des pèlerinages, principal»' ment à La Mecque. Ce voyage est une source aboaéaiitode bénédictions, s'il ne suffit pas pour assurer le salut; Il paialt qu'on peut le faire faire par procuration et même, «o iwsQÎo»; après sa mort. Des témoins oculaires affirment que la réunion d'une foule immense à La Mecque n'esty^aash Kaaba même, rien moins qu'édifiante et qu*il 8*y j>rodail Mquemment des scènes immorales et scandaleuses. G*aft u peu le cas de tous les pèlerinages. Arrivés à la denûèfete six miqni « stations » qui marquent l'approche deLaMeeqae, les fidèles revêtent un costume spécial, rt^râin, composé de deui pièces d'étoffe sans couture dont l'une est enroulée autour du corps et dont l'autre est jetée sur les épaules. Lei pèlerins vont de plus la tête nue.
La mosquée de La Mecque, ou la sainte mosquée QUaàjfi^ al-haran) est un vaste quadrilatère, surmonté de coapohi' et de minarets. A l'intérieur est une large cour, avec àUr arcades et des colonnades, au milieu de laquelle est It Kaabali, grand cube de douze mètres de haut. On y entre pir une porte d'argent ouverte trois fois par an seulement aux pèlerins. C'est dans le mur extéiieur qu'est la célèbre pierre noire dont nous avons parlé plus haut; une légende racosf« q^u'elle fut remise à Ismaël par l'ange qui vint à son sec-oursi c'était une pierre céleste que Dieu lui envoyait pour l'aider à construire un temple à l'Éternel; primitivement claire cl transparente, elle est devenue noire et opaque pour awir réfléchi les péchés des hommes qui ont passé devant elle, on plutôt sous les baisers des pèlerins; on ajoute qu'elle fui mise à sa place actuelle par Mahomet lui-même qui, comnê tous les habitants de La Mecque, dut travailler personnellement à la reconstruction ou à la réparation de U Kaabah, en 606. Dans une chapelle latérale, on voit la fontaine Zam-Zamy où, dit-on, se désaltérèrent Agar et soa
U8IUT. m
a aiiFBColease puse pour guérir tous les maux. lue à cinq on six mille le nombre des pèlerins qui léfiler en un jour dans Tenceinte sacrée, et parmi beaucoup se crèvent les yeux pour ne plus rien voir lir contemplé le sublime sanctuaire, ^lerins font le iawâf^ c'est-à-dire qu'ils font sept ur de la Kuaha^ trois fois à pas lents et quatre fois e course, en touchant chaque fois la pierre noire, slamites accomplissaient la même cérémonie, après ils se dépouillaient de leurs habits et en même ce qu'il parait, de leurs péchés. Pour avoir droit au \adji c saint > (mot persan dérivé de Tarabe hadjdj âge >), les pèlerins doivent de plus aller prier Dieu inte montagne d'Arafat, à sept ou huit heures de au nord-est de La Mecque; le cadi de La Mecque roule qui crie : labbaik allahumma labbaik c nous Uoi, ô notre Dieu ; nous sommes à toi I > Au passage i qui mène à l'Arafat, on fait le simulacre de la Q du diable Eblis et l'on fait le sacrifice de quelimaux domestiques. Ce sont évidemment là de outumes traditionnellement conservées depuis les itérieurs au mahométisme. La durée ordinaire des les, prières, sacrinces, etc., des pèlerinages est de {uinze jours.
Tenons de voir que, suivant certains musulmans, la la Kaabah suffit pour assurer le salut. Beaucoup également que l'intervention de Mahomet peut être it de vue fort utile, ainsi que celle des imâms et des iiquels'on a élevé des monuments publics et qu'on comme intermédiaires entre l'homme et Dieu. Il y a louvelle contradiction avec la théorie du fatalisme itiel. On afQrme aussi, toujours en contradiction e théorie, que l'observation exacte des lois de Dieu,
33i LA MORT, LE JUGEMENT.
la foi parfaite, la distribution des aumônes, les bonnes œuvres, peuvent procurer le salut. Les musulmans seuls, suivant les doctrines modernes, y atteindront; Mahomet y admettait aussi les juifs et les chrétiens. On sait que le salut consiste dans rentrée en paradis, paradis tout matériel où les fidèles goûteront des joies très peu métaphysiques, à table, dans les bras de houris aux yeux noirs, au miliea de jardins toujours verts, et revêtus* d'habits de soie. Les infidèles, au contraire, demeureront dans l'enfer, sans prendre jamais aucune nourriture, au milieu d'une épaisse famée noire, tourmentés par un vent brûlant et aspergés d*eau bouillante, ou plongés dans des flammes ardentes. L*enfer est le paradis sont séparés par le mur el aarâf; ils sont partagés chacun en sept régions distinctes. Le paradis comprend : le séjour de l'éternité, celui du repos, Féden, l'endroit des rencontres, la demeure des plaisirs, la résidence du Tth- Haut et le Paradis propre. L'enfer se subdivise en : géhenne, lieu du feu allumé, lieu du feu ardent, séjour des flammes, séjour du feu dévorant, séjour du feu furieux, abîme.
Après sa mort, un musulman doit être enterré couché sur le côté droit, les yeux tournés vers l'est, c'est-à-dire vers La Mecque (de sorte que dans l'Inde ils regardent au contraire du côté opposé) : de petites baguettes de bois recouvertes de feuillages empêchent la terre, qu'or entasse au-dessus en forme de monticule, de toucher le cadavre : les baguettes sont vite brisées et le monticule s'affaisse au bout de peu de jours.
Mais, pendant la première nuit de son enterrement, le musulman a reçu la visite des deux anges Munkîr et Naktr; comme son âme n'a pas encore quitté son corps, il ressuscite momentanément pour répondre aux questions de ces inquisiteurs célestes. Si les réponses sont satisfaisantes, l'âme est doucement emportée ; sinon elle est violemment