‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 138 sur 261 · LE QORAN · texte numérisé non relu

LE QORAN

niralnée par les anges. Elle est conduite au Berzakh c la ^arrière >, où elle demeurerai heureuse ou malheureuse, iisqu'i ce qu'elle se réunisse au corps qui Tanimait, lors de a résurrection finale et du jugement dernier.

Alors, on entendra la trompette retentissante d'Israfil; 68 corps se réveilleront et les âmes y reprendront place; le livre des actions humaines sera ouvert et consulté; les Buvres de chacun seront pesées dans la balance colossale siiq>endue au-dessus du paradis et de Tenfer; les justes paslerpnt à droite de Dieu et les injustes i gauche; puis, les fidèles franchiront les abîmes de Tenfer, sur le pont As Sirât plus fin qu'un cheveu, plus mince que le tranchani d'une épée, et entreront au paradis à la suite du Prophète.

La bonne doctrine est enseignée dans c le livre unique > alkitab; dans c le volume » al muchafy dans c le livre par eicellence > al furqâfiy dans c la lecture » al Qorân. On sait que cette c Bible », mélange confus de légendes, de réflexions morales, de prescriptions impératives, est généralement regardée comme l'œuvre personnelle de Mahomet, eomme le résumé des révélations successives qui lui ont été apportées par le messager de Dieu. Le Qorân comprend cent quatorze chapitres ou chants, sûrah (proprement un rang de briques dans un mur) de longueurs fort inégales. Ces sûrah étaient recueillies, au fur et à mesure de leur inspiration, et conservées de mémoire par l'entourage immédiat du Prophète ; puis, quand elles devinrent plus nombreuses, on les transcrivit sur des feuilles de palmier, sur des pierres blanches, sur des morceaux de cuir, sur des omoplates de moutons et de chameaux. Mais, sous le khalifat d'Omar, une copie ou une rédaction officielle fut faite par Zâid-ibn- ThAbit, l'un des secrétaires du Prophète. Ce manuscrit, qui servit de prototype à tous ceux que les fidèles voulurent se procurer, demeura en la possession des khalifes. Othmân,

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ayant découvert que des erreurs de leclore avaient altéré le texte de certains de ces manuscriU, les réquisitionna Um, les fit coUationner avec le texte authentique, fit détruire itt copies défectueuses et en fit faire d'exactes qu*on envoya aux principales villes de Tempire. Malheureusement, le taie officiel n'a point respecté Tordre chi*onologique et t ni|é les diverses sûrah dans un ordre fantaisiste et arbitnttm; mais il parait y avoir de sérieuses raisons pour croire qK nous possédons le texte même des paroles de MahomeL

Le Qoran prétend à une autorité absolue, non seulement en matière de foi, mais en toute autre matière : révélé, à l'ignorant comme au savant, il est la source de lovte science, de toute justice, de toute sagesse. Le mot Q0M (plus exactement Qurân) signifie proprement c la lectare, la leçon » c'est-à-dire <c le livre par excellence >. Tontèfoii} les lacunes que l'expérience a fait constater dans le QoM sont complétées par la tradition, par la Sunnah. Le ew propre de ce mot est t la Coutume > ; on nomme plus ptfticulièrement hadith les traditions de Mahomet. U y a sii recueils principaux de ces traditions ; ils ont été formés sovs les Abbàsides. Il y a aussi Vidjmâh < jurisprudence rai' sonnée ;», et les qiyâs (( analogies»; on y ajoute enfin, soo^ le nom d'athârj les décisions juridiques des khalifes.

Mais l'autorité des sunnah n'est pas admise par tous las musulmans; ceux qui la rejettent forment la secte i^ Chias. Ils prétendent qu'Ali seul est le successeur légitima du Prophète, que seul il a reçu par héritage naturel la dépôt de la révélation divine ; aussi ajoutent-ils à la fomwla ordinaire ces mots t et Ali est le khalife de Dieu » ; iH disent que la base de toute la religion est la connaissance des douze imams y guides, conducteurs par excellence * Ali, Hasan, Ilusain, Zain-al-abid-din, et leurs descendants. On pourrait appeler les Chîas — qui se désignent eux-

LES PHILOSOPHES DE LISLAX. 2r

nèmes sous le nom A^adliyah c société des justes > — «les lansénistes > du mahométisme ; les Sunnites, partisans de« suima^y sellaient < les tradîtionnalistes >. Les Sunnites Aominent en Turquie, en Egypte, au Maroc, et dans le nord de rinde; les Chiùs en Perse, où les Sunnites payaient na- {{Hère un impôt plus élevé que leurs adversaires ; et dans Unde méridionale.

L'islamisme, malgré son caractère autoritaire et absolu, malgré le fanatisme naturel à ses partisan^, n*a point ichappé aux lois générales de l'évolution. Le« peuples musalmans auraient toujours été intellectuell'fment inférî^mrs aux autres, si l'esprit de tolérance et de critique ne s'y était glissé à répoque où la puissance des khalifes était à son apogée.

M. J. Darmesteter a fait remarquer que la philosophie grecque, chassée d'Alexandrie et d'Athènes par le christianisme et par Justinien, s'était réfugiée à la cour de Baghdad. Le mouvement fui commencé par les Abbâsides Al-Mansour (754-775), Haroun-ar-Rachid (786-809), Al- Uamoun (809-834) et se continua dans tontes les partie< de Tempîre. On sait la part brillante qu'y prît l'Espagne musulmane. Al-Mansour ou Almanzor fit traduire en arabe, en persan ou en sjTiaque, les principaux livres des Grecs et des Latins ; il encouragea l'étude de l'astronomie et le culte de la poésie ; ses successeurs suivirent son exemple et ^'entourèrent de philosophes, de savants et de poètes. Ils liaient pourtant très pieux, car Haroun allait en pèlerinage ila Mecque : ce fut même le dernier khalife qui fit ce voyage. Mais ce mouvement fut suivi, sous Motawakkil (847-861), d*ane violente réaction religieuse ; parmi les dévots, le mot filiuf € philosophe » devînt une injure aussi déshonorante que zendik c mécréant » ou que l'est aujourd'hui l'appellation farmasun t franc-maçon i> dont on qualifie en Algérie

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les libres-penseurs. Il est vraiment remarquable que la franc-maçonnerie ait inspiré des haines si vives aux dam religions les plus intolérantes du globe, le catholicisme el rislamisme.

La période de supériorité philosophique des musuhnans, l'âge d'or de leur littérature, dura quatre siècles, de 750 i 1250 environ, c C'est pour conserver et pour mieux eomprendre la lettre du texte sacré du Qoran », dit M. Slanidts Guyard, c que les premiers croyants fondèrent la grammaire et la lexicographie, et recueillirent les poésies anciennes et contemporaines où ils trouvaient l'explication des termes rares employés par le Prophète. C'est pour élucider les questions de dogme qu'ils créèrent la théologie >. L'étude de la théologie conduisit à celle de la philosophie et la nécessité de comparer les théories autogènes, pour prouver leur orthodoxie et leur supériorité, avec celles des anciens et des peuples étrangers, rendit indispensable la connaissance des langues occidentales mortes ou vivantes, et la traduction des principaux livres écrits dans ces diverses langues.

L'étude critique des dogmes du Qoran fut inaugurée à Bassorah, dès le vir siècle, par l'école de Hasan-al-Basri, dont le disciple le plus connu futWâsil-ben-Atâ, fondateur de la secte des MiUazilites. Wâsil niait les attributs de Dieu affirmés par le Qoran, sous prétexte que si ces attributs étaient réels et réellement éternels,, ils constituaient en quelque sorte autant de divinités distinctes du Créateur ; il ne faut donc pas dire par exemple :ily a une justice de Dieu, mais simplement Dieu est juste. Wâsil rejetait aussi la prédestination, incompatible avec la récompense ou la punition des actions de cette vie dans une vie future, récompense ou punition qui présuppose le libre arbitre ; enfin il admettait, entre l'Enfer et le Paradis, un séjour intermédiaire et transitoire, le Purgatoire catholique. Les Mutazilites c dissi-

DJABARITES, CHIÀS. 889

Qts > furent aussi appelés Qadarites du mot Qadar ou ider c pouvoir > par allusion à leur croyance dans la lerté d'action nécessaire aux hommes.

Par opposition aux Qadarites^ les Djahariies, du mot ]abar « contrainte, nécessité > , prétendaient que Thomme a aucun libre arbitre et que son sort présent ou futur a é réglé par Dieu de toute éternité; c'est la théorie de la Meslination absolue. De leur côté, les Sifatisles c attridtÎBtes > affirmaient qu'il faut toujours s'en tenir à la lettre iQoran, y croire quand même, ne rien chercher au delà, i n'admettre nulle part de figure, de comparaison ou Ulégorie.

Plus tard, les Chias entrèrent dans une voie encore plus aréie et plus éloignée de la tradition. Quand ces partisans fAli furent devenus les maîtres à peu près exclusifs de la ^erse, l'islamisme se transforma entre leurs mains dans un ens plus matériel, en adaptant à ses croyances les traditions de i vieille mythologie éranienne dont Ali devint le centre et s principal personnage. Les idées gnostiques et dualistiques, 38 légendes manichéennes s'infiltrèrent dans le mahoméisme. Pour certains, les khalifes devinrent presque comme eâ dieux ; pour tous le Qoran ne fut plus qu'une vaste dite d'allégories. C'est aux premiers Chîas que se rattachent ^ Ismaélites ou Bathéniens^ bien connus en Europe sous le î nom d'Assassins (proprement t mangeurs de hachîch », omposition enivrante faite avec de l'extrait de chanvre) et ^t nous reparlerons. C'est aux écoles mystiques que se aittachent les doctrines çufîstes dont nous reparlerons gaiement ci-après.

Parmi les philosophes de l'époque où l'empire musulnan avait la suprématie intellectuelle du monde, on cite Wiculièrement les noms d'Al-Kindîy d'Al-Farabî, d'Avi- '^»we, d'Abti'Saidy d'Avempace et d'Averroès, Al-Kindi, de

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