‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 139 sur 261 · ÀVIGENNE» LES ÉCOLES ORIENTALES · texte numérisé non relu

ÀVIGENNE» LES ÉCOLES ORIENTALES

Bassorah, vivait au ix* siècle ; Al-Farabiy d'Olhrar, au v ; Avempacej proprement Ibn-Badjâ, et son disciple Averroès, ainsi que le mystique Abu-Sâïd, au xir. Al-Kindi et Al-Farabi ont déjà la doctrine de rinlellect double, actif et passif : le but de l'homme est d'arriver à s'unir de plus en plus étroite- * ment avec l'intellect actif, c'est-à-dire avec la raison; mais ce but heureux et idéal ne saurait être atteint dès cette vie : la récompense de la vertu ou de la perfection n'est ici-bas que le sentiment même de cette supériorité, de cette vertu ou de cette perfection. C'est ce que répète un contemporain d'Al-Farabi, l'incrédule et libéral Avicenne (proprement Ibn-Sina) de Bokhara. Savant médecin, il mena une vie passablement vagabonde où le plaisir occupa une grande place, et qui fut abrégée par les excès : le vin et rameur vinrent à bout de sa robuste constitution. Il disait qae Dieu est l'unité absolue, et que Dieu ne saurait avoir une action immédiate sur le monde ; il est le centre de la roue, la laisse rouler suivant son caprice ou ses impressions, et demeare immobile au milieu des agitations et des révolutions de la périphérie. L'âme humaine conserve sa personnalité après la mort; elle aspire à devenir en quelque sorte le miroir de l'univers; elle peut atteindre son but par la purification intérieure et par la perfection morale qui préparent le vase où doit se répandre l'intellect divin. Les théories d'Avicenne sont fortement empreintes de l'esprit des doctrines péripatéticiennes.

Ces doctrines, empruntées surtout aux Alexandrins, par Al-Kindi, Al-Farabi et bien d'autres encore, étaient enseignées dans les grandes écoles de Baghdad et de Bassorah ; elles ont servi de base au système d'Averroès qui vivait au xu*^ siècle, à l'autre extrémité du monde musulman. On connaît le remarquable ouvrageque M.Renan a consacré à A verroès, le plus grand peut-être de tous les philosophes arabes.

LE MUBLB IXTKLLCCT. 311

Les philosophes musulmans, toutefois, interprétaient et développaient largement à leur idée les doctrines d'Aristote. En général, leur enseignement se résume en deux points fondamentaux : l'éternité de la matière, la théorie du double intellect. Ils affirmaient Tétemité de la matière, car, disiient-ils, la génération suppose un mouvement et le mouîement n'a lieu que dans une substance, et tout mouvement étant la conséquence d'un mouvement antérieur, le mouvement est étemel comme la substance où il se produit. Le moteur, c'est Dieu, c'est-à-dire proprement la raison générale des choses, car Dieu ne saurait s'occuper de l'individu et du détail ; s'il le faisait, il innoverait dans l'ordre des choses; or, innovation signifiant caprice ou liberté, il y aurait inconséquence et irrégularité là où l'essence même des choses veut nécessité et logique. Entre le moteur suprême, Dieu, et l'homme, est le ciel, être vivant, composé de dix orbes ou sphères ayant chacune leur intelligence qui est leur forme et leur àme, comme noire âme est la forme de notre intellect ; elles sont hiérarchiquement subordonnées l'une à l'autre et constituent de Dieu à nous une chaîne ininterrompue de moteurs. La première sphère est la sphère extérieure enveloppante; puis viennent la sphère des astres fix^s, puis les sept sphères des planètes, et enfin celle de Tinlellect actif. C'est la dernière intelligence intermédiaire entre Dieu et l'homme. L'intellect actif gouverne notre monde et agit particulièrement sur notre esprit.

L'intellect actif n'est d'aillrurs que l'un des deux clèiiitMils de l'âme humaine : il en est rélèment formel, actif, séparé, éternel, incorruptible, qui rend tout intelligible. L'autre élément est l'intellect matériel, passif, en usance ou en puissance, corruptible, périssable, pouvant s'abstraire et se transformer dans l'objet de sa pensée. L'intellect actif, supérieur à l'autre, lui est extérieur; quoi qu'il soit son moteur,

su AVBRIIOBS.

sa forme, son intelligence, il est en dehors de lui, il t.it essentiellemenL impersonnel et absolu, et il est unique pour tous : c'est pour ainsi dire l'âme des âmes, de là le nom de monopsychisme donné à celte doctrine. L'intellect passif aspire à s'unir à l'intellect actif, comme la puissance appi-lle l'acte, comme la matière appelle la forme, comme la tlaiDOti s'échappe vers le corps combustible. Cette union, dite en arabe itlisiU, est directe et complète; alors la dualité de l'intellecl disparaît, l'Iiomme devient semblable à Dieu, connut tous les êtres et est ces êtres eux-mêmes.

Comment atteindre ce but? L'humanité doit (orc^enl l'atteindre, car il est dans la nécessité de la nature qu'il* ait toujours un être humain qui connaisse la raison. CerlaiB! prédécesseurs d'Averroès recommandaient TasciMisnif; 'I voulait lui, pour arriver à la fin suprême, qu'on se conlenlll du mysticisme rationaliste, de la science. Mais les bonn» intentions de l'homme, sa liberté naturelle, sont gênées pv les matérialités extérieures. Si l'on veut, le bien, c'est l'cBinK de Dieu; le mal, c'est la conséquence fatale de la matièrt- L'espèce humaine est immortelle, mais l'individu est périssable; il se reproduit précisément pour immortaliser l'humanité; c'est d'ailleurs la seule consolation de sa misère. L'âme individuelle n'existe que par l'imagination, et Vin)*gination n'est que l'illusion de l'erreur. Aspirer à une vii' future et à un bonheur individuel, c'est méconnaître \'' conditions générales, c'est une morale d'intérêt personm'l coolraiies aux lois scientifiques du monde.

Averroês, proprement Ibn-Rockd, né à Gordoue en llî"était médecin comme Avicpnnc. 11 fut cadi de Séville, pu'^ grand-cadi de Cordoue et eut l'oreille des souverains. Exil^ comme impie, à la suite d'une intrigue, il mourut i Maroc en 1198. Sa réputation ne s'est point bornée au monde arabe; il fit école chez les chrétiens du moyen âge, surtout

S1CCTB8 MODBUES. 343

à Stlerne et en Italie : on sait que Dante le cite fort honora- Uement. ainsi qu'ÀTicenne d'ailleurs :

Hippocrmle, Âvieenmt e Gilieao, Âverroiêf che 1 gras eùmmtÊÊo feo.

'{Enfer, IV, 143-144)

L' c averroisme i, de transformations en transformations, de commentaires en commentaires, devait aboutir, an xw siècle, dit M. Renan, à c la négation du surnaturel, des mirades, des anges, des démons, de rintervention divine >, €t à r c eiplication des religions et des croyances morales pir l'imposture > •

Mais par un mouvement de réaction contre les novateurs, les musulmans orthodoxes avaient étudié la pUlosophie pour battre les audacieux sur leur propre terrain. En tète de ces c conservateurs t se place AbouMIasan-al-Achari qui vivait au i* siècle et qui est Finventeur du système mixte du kalâm qui est resté depuis classique en Orient. Les partisans de ce système, qu'on a appelés les Mutakalamîn, soutenaient la théorie de la création incessante, continuelle et immédiate; il n'y a, dans la nature, ni lois générales, ni effets, ni causes; il n*y a que des atomes matériels isolés, que des accidents, que des individus. En fait, il n'y a que Dieu créant tout par sa seule puissance, Tètre et le non-ètre.

Il est impossible de suivre ici la philosophie arabe dans tous ses développements, de même qu'on ne saurait faire Fbistoire de toutes les sectes religieuses de l'islamisme, il faut du moins essayer de donner une idée des principales d'entre elles, de celles qui ont encore aujourd'hui de l'importance dans le monde musulman.

Les Chiites ou Chias, de la Perse, se subdivisent en un très grand nombre de sectes, dont les principales sont

■m LES ÇCFIS.

pales sont celles des Ali-AUahi, des partisans de Baba-bùuzouq, des Kirindi, des Çû/i el des Bubistes.

Les Ali-allahi regardent Ali comme une des mille et une incarnations d'Allah; pour eux, Omur n'est autre que le Satan de l'éranisme postérieur; quelques-uns adorent les douze imams, descendants d'Ali. Leurs croyances devinrent religion d'État au xvr siècle. Ils ont reconstituii tonte une hiérarcliie sacerdotale; ils ont des images vénérées — Iss | Sunnites ont au contraire les images en horreur, — raaifils représentent toujoursAli la figure voilée, parce que rien"'! peut donner une idée de sa divine heauté. Une des nianifL'itations populaires du culte est la rcprésenlatioQ de drames, de pastorales ou de mystères si l'on veut, qui raconlenl d'ordinaire Phistoire d'Ali, sa mort tragique dans la mosqu^^ de Koufa, l'empoisonnement el regorgement de sks 'il* llusaïn et Ilasan; llusaïn est regardé comme le geodredu dernier roi sassanide Yezdidjîrd.

Les sectateurs de Baba-boatouq rendent hommage àM grand saint de ce nom et ignorent tout k fait Mahomet. Luj Kirindi, forgerons, adorent leur ancêtre Daoud. hesBahiiii' se rattachent à un certain Ali-Mohammed, dit le Bah tl' porte » ; leur doctrine est toute pacifique, toute bienvêllante; elle conseille l'arbitrage général; elle recommunlB de ne pas frapper les enfants, elle permet de rire, elle coO' damne la polygamie, elle proscrit le vol, elle exhorte le* riches à partager leurs biens avec les pauvres. En 1848, i*' eurent à subir une violente persécution de la part de tsecte dominante. Parmi les membres les plus célèbres de K secte, on cite une sainte femme Zerein-Tadj,

Quant au Çûfis, très nombreux dans la Perse el daol'Inde, ils ont adapté au mahométisme les théories pan-' théistes du brahmanisme. Le çûfisme est plutôt une philo^ Sophie, une manière de comprendre et de pratiquer Itf

LES KHAÉUENS. M^

rdigios, qm^mie religion même ; c^est une doctrine essen«> liellenieBl mystique. On prétend qu'elle a été enseignée tout dTabord par une fèmine, Ribia, qui \ivail an premit»* siècle de rhéf;ire et éoA les étrangers ou les fidèles pem^ent voir le t4Miibeaa à Jérusalem. (Test vers le milieu du vnr siècle après Jésos-Oirist que le çiifisme commença à se développer et i s'étendre. A Forigine, ses adhérents prétendaient que IKeu seul est digne d'amour, que la \\t est méprisable, que le seul bonheur terrestre e^t dans Textase qui peritiet la contemplation paifaite de Tètrc exclusivement ^orable; puis on en arriva à ne plus pouvoir rien admettre ^ dehors de Dieu, car la création émane de son essence et ^oit y retourner; et Ton conclut que le but, la fm de riionune, estrnnion absolue à Dieu, Tincorporation et Tab- ^rption en lui, itlihéL 11 y eut des convaincus qui déclarèrent que tout homme est Dieu, et Fun d'eux, HalU<](j, fût, pour cette affirmation, mis à mort sous le khalifat de Moqtadir (932-934). La plupart des Çûfis, plus prudents, disent seulement que Dieu est tout, mais sans ajouter que tout est Dieu. Ces doctrines conduisent au renoncement, i Fascé- Lisme, au monachisme; le nom dos Çù fis vient, dit-on, du manteau de laine dont ils se revêtaient anciennement par humilité : en arabe, çùf\eui dire t laine, blancheur* ».

Une secte très importante, mais plus moderne, est colle des Ismaéliens qui tirent leur nom d'ismacl, septième imâni 'ascendant d'Ali. Le fils dlsmaël, Mohammed, passe pour ^^oir été le fondateur de la secte, au ix' siècle de notre cre. * est un pur naturalisme; la pleine connaissance de ses '^ctrines n'est pas acquise par moins do neuf initiations Récessives. Au premier degré, on est simplement admis, on

*• La dynastie des rois de Perse qui fut renverscîe par Nadir-rlmli en I73finl (^i datait de 1499, tirait son nom U'ôfi) du mot çùfi. Elle so raltuclinlt géiulia- ^^^quemeot à un sage de celte secte.

346 LES MÂIDIS.

est pour ainsi dire apprenti. Au deuxième, on iqpprend qoa rautorité des imâms est la seule qui soit inspirée de IMeo; au troisième, qu'il y a eu sept imftms; au quatrième^, qae b monde existe depuis sept périodeSi à chacune desquelles correspondait un imâm et son lieutenant ou vicaire. A l'upirant parvenu au cinquième grade, on enseigne le m^ des traditions et de Tinterprétation littérale daQoruirAo suivant, on lui révèle la méthode rationnellei on lui fait voir que le raisonnement est supérieur à la tradition. Le septième initié est mis à même de comprendre que ciuqae imâm ou prophète ayant eu un aide, vicaire ou heatenanl, il y a eu et il y a, partout et toujours, deux êtres, deux pria* cipes qui forment ensemble Tharmonie du monde : le pri^ cipe actif qui donne, sâbiqt le précédant > ; le principe passif qui reçoit, tâli ou lâkhiq c le suivant t. Le sage quiapn franchir la huitième épreuve est plus dégagé des liens de h foi et de la doctrine : il constate la progression infinie des êtres pouvant tous et toujours s'élever à un état supérieur, plus parfait; il comprend que les théories de résurrection et de jugement par exemple sont simplement remblême des phénomènes naturels d'évolution de la matière. Le dernier grade donne à l'initié une liberté absolue de pensée; il peut croire et nier ou affirmer toute doctrine.

Sur l'ismaélisme se sont greffées de nombreuses sectes? les Falimiies d'Egypte, les fameux Assassins de Syrie, les Nosaïris et les Druzes du Liban. Elles ont ce point commun qu'elles regardent toutes plus ou moins les descendants d'Ali comme les vrais imâms et qu'elles attendent la venue du Mahdi « le dirigé, l'inspiré » (du verbe hadaya « diriger»)* Ce Messie islamite (Messie est proprement en hébreu mâchU^ <f l'oint > de mâchah « oindre ») ne sera, pour les chiites, qu'une réapparition d'Ali qui n'est point mort et qui doit revenir faire régner la justice sur la terre. Toutes ces Ûiéories

ASiiSSim. WAHABITES. 119

itaiqaesse rattachent aux vieilles traditions éraniennes. ; anpposent toutes une période de décadencei de corrupd'impiété» avec un tyran abominable» un antéchrist» qui 6tre mis à mort par le dernier envoyé de Dieu. Il y a eu nnbreux M ahdis» depuis le vii* siècle jusqu'à nos jours, ar insuccès n*a pas découragé la foi des musulmans dans nveur à venir. Je n'ai pas à résumer l'histoire des Mahdis ont apparu jusqu'à ce jour en Perse, en Arabie, en Turr à Tunis, en Egypte ; je rappellerai seulement le Cheiekohdi auquel nos soldats eurent affaire lors de l'expédide la fin du dernier siècle. On saitqpielle page sanglante irqué dans l'histoire de l'Angleterre le dernier Hahdi du lan, Mohammed-Ahmed.

1 sait que les Assassins conservèrent leur indépendance tant près de cent soixante ans (1190-1357) ; qu'ils occuat Alamont et ses environs, dans le Liban, et que leur s'appelait le Vieux de la Montagne. Ils regardaient le rtre de leurs ennemis comme un devoir et le mépris de lort comme une vertu. Ils formaient, au point de vue lieux, une secte fermée dont les adeptes recevaient leur tiction par sept degrés d'initiation successifs. — Quant NosairiSy c'était une secte de Syrie; on leur reprochait orer personnellement Ali, de croire à la métempsycose, dérer la pédérastie, de recommander les mariages entre ss et soeurs. — Les Faiimites d'Egypte basaient aussi i doctrines sur la légitimité d'Ali.

18 hérésies que nous venons d'énumérer et qui sont aude rameaux détachés du chiisme remontent originellel à un juif converti, contemporain d'Ali lui-même, Abd- , fils de Wahabj fils de Sabâ, qui prétendit qu'Ali élail incarnation de Dieu. C'est au même personnage que mdent se rattacher les Wahabites contemporains, qui bent sous leur joug de fer toute l'Arabie centrale. Ils

sa RÉFORMATEURS GOIITSWORAIRS.

se présentent comme des réformateurs qai vealent enmraw à la pureté des temps mahométiques } ils trouvent qa*OB raul trop d'honneurs aux prophètes et condamnent sivènÉieiilé culte des saints et des pieux imftms. Ils blâment la fOÊf^ des cérémonies, condamnent Thabitude c sale » dé ftmer, et ne veulent aucun prêtre, aucun intermédiaire entre K01 et l'homme. C'est sans doute à l'instigation de quelque wAh hite qu'il y a deux années environ le gouvernement ottoNi a pris à Gonstantinople le singulier arrôté que voici :

c Attendu que, de par la loi du cheri^ le voile est impoié aux femmes musulmanes, et que l'obligation de le portèrest absolu ; — Attendu, néanmoins, que bon nombre de ces femmes n'observent pas cette prescription dans leurs eoarses en ville et à travers les bazars, ainsi que dans les lieu de promenade ; — Attendu qu'il a été constaté qu'elles se promènent dans des accoutrements qui sont incompatibles «ne la morale, la pudeur, les usages du pays, et la chasteté iflbmique; — Attendu que ces exhibitions scandaleuses sont vues avec dégoût par les gens honnêtes et vertueux; — Attendu, d'ailleurs, que cet état de ciioses est contraire aux prescriptions du chéri, aux désirs et aux ordres de notre bienfaiteur le padischah, protecteur de la religion et ducheriat, consolidateur de la morale; — Bien qu'il soit permis* tout le monde de se promener (littéralement : de prendre l'air) ; — Un ordre spécial de S. M. le sultan prescrit de punir, conformément à la loi, toute femme qui serait vue dans une mise ou une manière d'être contraire aux prescriptions do chéri et de la morale : les hommes qui, de leur côté, f^ livreraient à la poursuite galante de ces femmes, oublieuses de la chasteté islamique, seront également punis; — Des instructions ont été données, en conséquence, à tous les agents de police, pour qu'ils aient à surveiller, dès à présent, et à réprimer ces excès des deux sexes ; — Afin que

DEUZKS. Mf

personne n'en ignore, la police porte cette décision à la eonaaissance du public ».

! Les Druzes vivent, au nombre de cinquante ou quatre-vingt ^ mille hommes, dans la partie la plus méridionale de la chaîne I da Liban. Leur secte ou plutôt leur religion date du m* siècle de Fhégire : les uns en attribuent la fondation à un mage persan; les autres, amalgamant divei*ses légendes, lui donaent pour premier chef le khalife fatimite £1-Hakem (996- 1091) qui se serait proclame Dieu. Quoi qu'il en soit, il pamt que l'hérésiarque, mage ou khalife, aurait été massacré par les musulmans fidèles et que ses partisans, au nombre deseize mille, se seraient réfugiés dans le Liban, sous la conduite de Mohammed-ed-dermiy duquel ils auraient tiré leur nom*

f Les Druzes se disent unitaires; ils croient en effet en un seal Dieu qui s*est manifesté trois fois sous la forme h umaine : il fut d'abord Ali, puis le khalife El-Hakem, puis llamza qui fat leur principal réformateur. En dehors de ces incama- Uons, Dieu, qui est tout-puissant, reste absorbé en lui-même 6t remet le gouvernement du monde à certains êtres inféi*i6urs. Il a créé deux esprits opposés : celui de lumière, de '^on, ayant un coadjuteur, issu de la lumière, qui est l'âme ^u monde; celui de ténèbres, ayant un coadjuteur, issu de '^i-même, qui est l'esprit des bas lieux. Hamza fut l'esprit de lumière, Mohammed fut son ombre et la femme de Mahomet fut l'esprit des bas lieux. Il y a eu plusieurs prophètes successifs : à chaque prophète du mal fut opposé un prophète dubien. La création humaine fut causée parle mélange de la huûière et des ténèbres qui se produisit accidentellement dans l'espace vide qui séparait les deux esprits ; le mélange était formé d'un nombre égal de parties de chacun des deux composants. Le nombre des âmes formées de ce mélange est par suite limité ; aussi les âmes doivent-elles renaître et passer

856 RELIGION DU BAft-PEUFLE.

de corps en corps, comme an liquidé qui passe de vue es vase : les bonnes vont animer des corps nobles et riches ; les mauvaises vont dans le corps des animaux. La destiaée de chacun a été fixée de toute éternité; elle a été éeritai et elle est cachée sous une des pyi^amides d'Egypte. A la là dn temps, Hamza apparaîtra, avec le glaive de El^O^em t h main ; il fera triompher lai vraie religion et distribueia mb âmes les récompenses ou les peines qui leur sont résonéèi.

LesDi'uzes sont sobres, justes, loyaux ; ils sont moBOganès; ils honorent et respectent la femme, si mal traitée dief tes musulmans. Us accueillent mal les étrangers, hnportiifls et indiscrets. Us ont des livres sacrés qui sont des compUa^oiis du Qoran, de la Bible, et d'ouvrages grecs. Us vénèrent Jéni' Christ et les grands saints du christianisme. Us ont le ploi profond mépris pour les statues et les reprisentalim figurées : leurs temples sont de simples enceintes, gardiei par des sages qui y vivent contemplativemeiit ; ils s*y asseai* blent le vendredi pour prier et pour y prendre en comiBai une collation de pain et de raisins secs. Quoique fatalistes, ils croient que l'on peut acquérir des mérites et ils admettent TefQcacité de la pénitence. On leur reproche de nombreuses habitudes superstitieuses. On distingue parmi eux les ocftf ad, sages, instruits, tempérants, passant leur vie à faire de bonnes œuvres et les johhalSy ignorants et vulgaires.

Le nombre des sectes musulmanes s'élève, dit-on, i soixante-douze. Parmi celles* que je ne puis étudier ici, il faut au moins mentionner les Qarmates qui proscrivent les pèlerinages et permettent Tusage du vin.

Le bas peuple a partout une religion fort grossière. Les Bédouins du désert ne prient jamais : leur seule morale est celle de l'intérêt pratique immédiat et ils ont assez peu le souci d'une vie future extra-terrestre. Les fellahs de la Syrie et de rÉgypte ont encore des fétiches; ils rendent hom*

mage i des rochers et à àts art»res : ib eu iss c jutûni saintes i, makâm, oà sosl de petîLËi coKtriftetKWi ^ m regarde comme les torabean de <bfiù ^'^ktdtà, fnpceaKBt ckaikh € Tieiix, ancien, ouitre > «^ oa «ie proçèèb»; b» ftsa» de ceâ saints sont profaabieaK&e «tu à'mb*Mauti émmbiê locales. De¥ant ces édkale:s, on iz*jn^ ésA ^fcffc«^ry : #■ i fait des danses sac^ée:^ : oo ; emiretif^mt À» faai(e& <«•stamment allumées et Ton 5ai{fi^nd d^ ex-f^toef, d» m^r' ceaux d'étoffe généralement aoi ari>r«c^ qoi eftSoor^nt le tombeau rénéré.

Le culte des saints est Tune def grandes partkttlaritéï dn mahométiame moderne : ils sont vénérés sons TappeUation de umli c voisin, ami » : les Toyageur^ les ont désignés souvent sous le nom des samioM. Les légendes relatives i ces pieux personnages sont analogues à celles qn'on retrouve dans toutes les religions; de leur rivant ils sont doués de facultés extraordinaires : ils volent dans 1^ airs, ils marchent sur les eauXy ils se transportent instantanément d'un endroit dans un autre, ils voient de très loin (de BagdhadilaKaabah par exemple), ils mangent et boivent indéGniment ou au contraire restent un temps indéfini sans manger ni boire (voilà qui dépasse les jeûneurs à la mode !;, ils sont éclairés par une lumière céleste pendant leurs prières; ils font des miracles : résurrection des morts, guérison des malades, don de la parole accordé i des arbres el à des animaux, etc. Us ont laissé des reliques vénérées : cheveux, fragments d'habits, objets usuels. Ils habitent dans leur gloire près de leui*s tombeaux et se manifestent parfois à leurs fidèles : il y en a qu'on ne peut voir ainsi sans être frappé de mort à Tinstant. Quelques-uns ont pour spécialité de protéger les champs, les maisons, les récoltes. Tout cela n'est évidemment que l'adaptation de légendes et de pratiques religieuses el fétichistes anciennes. 11 y a même des saintes : la plus fameuse regardée

^« LE CULTE DES SAÎIlTS. *

longtemps en Europe comme la seule, est une certaine Râbilal-adâwidjah dont nous avons déjà parié.

Dans rinde, le mahométisme s*est également fort iHM sous rinfluence des coutumes et des traditions brahmaaiiies. ; La plupart des fêtes musulmanes y sont calqoéai mt les fêtes hindoues. On y vénère les prétendus tombeaia de Seth et de Job à Faïzabad ; on y adore les empreinteiAi , pied de Mahomet {qadam-i charif) près de Béoarès, tGittacky à Naraingang, et ailleurs encore ; on avait éleié I Kadapah (en i 721 de notre ère) un monument spécial poor y conserver, dans une boite d*or, un poil de la bariie du Prophète : cette précieuse relique, transportée à Seringapatan par Ha!der-Ali, n'y a pas été retrouvée après la mort de Tipou et la prise de la ville par les Anglais en 1795^ MaisU grande particularité de Tislamisme indien» c*est le culledes saints, /)trs c anciens > ou walî$^ honorés à peu près à ré|al des dieux hindous. Lesuns sont des sages légendaires (Khldja- Khizr, Sâlâr Maçûd Ghâzi, Chohan goga, Qutb-Addin, Kahadar, etc.), les autres ont réellement existé (Babu Lai aa XII* siècle, Kabh* au xiii*, Madar au xv*, ChAb Dôla, etc.), ou du moins sont historiquement connus en dehors des traditions religieuses. Le culte que l'on rend à ces saints consisle en processions à leurs tombeaux, en récitations de prières spéciales, en offrandes de fleurs et d'aliments sucrés, en dons de pièces de monnaie pour l'entretien du tombeau. D existe des congrégations ou corporations religieuses de fakirs, qui prennent le nom de pin et auxquels les dévots vont demander des amulettes, morceaux de papier où sont trans* crits des versets du Qoran et des noms de saints.

1. Dans beaucoup d'ondro ils, on montre aux voyageurs des cheveux de Maho met qui ont la curieuse propriété de s'allonger, quand on les coupe pour €i donner aux pèlerins. A Delhi, on conserve un de ces cheveux, et aussi le sandales du Prophète. £n Arabie, on peut voir, sur une certaine montagne les marques des pieds du chameau de Mahomet.

Page 1