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LE SIÈCLE D'AUGUSTE

riche et toute-puissante y menait la vie la plus désordonnée : elle ne gardait des vieilles religions qu'un reste de coutumes et de pratiques extérieures; elle professait un scepticisme bienveillant en apparence, injurieux au fond; elle n'avait ni préjugés ni passions généreuses ; ses mœurs et son éducation s'étaient raffmées au détriment de sa vigueur et de sa morale : on était vraiment mûr pour le despotisme. La littérature avait atteint une perfection encore inconnue, et pourtant les Virgile, les Horace et leurs rivaux ne valent point — par le caractère — les Lucrèce, les Ennius, les Luciie et les vieux tragiques; Cicéron lui-même était un peu oublié, car il avait eu le tort d'être une victime du coup d'État. Seuls, quelques esprits chagrins vivaient à l'écart, se complaisant dans le souvenir du passé et conservant le culte de la liberté : phalange glorieuse, fidèle aux doctrines stoïciennes, ]ui comptera parmi ses membres Lucain, Tacite, Juvénal, Sénëque, Pline l'Ancien, Quintilien; on cite aussi les noms le Cremutius Cordus, de Thraséas, et de quelques femmes admirables : Arria, Fannia, Turia entre autres.

Quant au peuple, il avait gagné aux événements plus de t>ien-ètre et il lui suffisait de s'amuser aux frais de l'État pour [u'il saluât de longues acclamations les maîtres du jour. Le ontact habituel des étrangers qui envahissaient de plus m plus la capitale du monde, Gaulois, Carthaginois, Égypiens, Grecs et Orientaux de toute espèce, l'avaient rendu . la fois tolérant et sceptique. On honorait toutes les reli- :ions à Rome, sans doute pour avoir le droit de n'en prati- [uer aucune;

Parmi ces étrangers, cependant si bien accueillis par le ils des vieux Latins, il était une nation qu'on n'aimait pas, [u'on méprisait d'un commun accord, les Juifs. Romains et itrangers détestaient également ces orientaux de petite aille, humbles, sordides, rapaces, dont la cupidité était aussi

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basse qu'insatiable , dont les coutumes religieuses étaient une insulte perpétuelle au bon sens. J'ai rapporté dans ie chapitre précédent les témoignages caractéristiques des écrivains. Mais les Juifs étaient très nombreux à Rome; ils s'imposaient à l'attention publique et l'on ne tarda pas i apprendre, vers la fin du règne de Tibère, qu'il s'était déclaré parmi eux deux sectes ennemies, l'une pour ainsi dire conservatrice, l'autre plus ou moins révolutionnaire, celle des chrislianiy qui tirait son nom d'un obscur agitateurmis à mort à Jérusalem par le procurateur Ponce-Pilate.

Historiquement en effet, le christianisme ne se présente à nos yeux que comme un simple accident local du judaïsme. Outre les trois grandes écoles des Esséniens, des Saducéens et des Pharisiens, il y avait eu et il y avait de nombreuses sectes religieuses. Beaucoup de prophètes, nabiim, se levaient et parcouraient les pays, promenant autour d'eux une escorte plus ou moins nombreuse de disciples, prêchant la venue prochaine du Messie, l'avènement du royaume de Dieu, l'ère de la justice et de la punition des coupables qui frayaient avec l'étranger. Judas de Gamala, en Galilée, partisan des doctrines pharisiennes, mais proclamant comme le devoir suprême robéissance à Dieu seul, souleva les Juifs contre les Romains, qui le firent mourir misérablement; ses trois fils, Jacques et Simon, crucifiés par le procurateur Tibère Alexandre, et Menakhem, qui joua un rôle important lors du siège de Titus, continuèrent le mouvement. Les BaptisteSf dont le nom indique la cérémonie purificatoire (rinitialionetdontlepluscéIèbreest«leprécurseurdeJésus>i Jean, dont on connaît la fin lamentable; et beaucoup d'autres, entretenaient la fermentation parmi le peuple. 11 y avait les Zélotes, Kenaîm, qui se glissaient dans la foule, armés de poignards, et qui massacraient les impies qu'ils surprenaient violant la loi. Les jours de fête, il fallut souvent faire occuper

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le parvis du temple par une cohorte militaire pour maintenir Tordre, et Ton attribue une sédition à la gaminerie d^un soldat qui aurait un jour montré son derrière aux fidèles entrant dans Tenceinte sacrée.

C'est vers Tan 28 de notre ère, selon M. Renan, que Jean dit le Baptiste (Jean est en hébreu léhôhânân « lahvèh est propice » ) devint célèbre en Palestine. II vivait près d'IIébron,à la porte du désert, dansTabstinenceet les austérités, entouré de disciples de plus en plus nombreux. Il recommandait la purification morale et la Qgurait par le baptême qui consistait en une immersion totale; il présidait à la cérémonie, qui avait lieu, sans doute à des époques déterminées, au bord du Jourdain. La légende a fait de Jean à la Tois le précurseur et le cousin de Jésus.

Vers Tan 40, il y eut à Samarie un mouvement plus sérieux qui fut écrasé par Pilate. Un soi-disant prophète avait soulevé le peuple; il prétendait con naître l'endroit où Moïse avait enterré les vases sacrés dont il se servait. Quatre ans plus tard, un certain Theudas annonça la délivrance prochaine d'Israël; il se flt suivre d'une foule nombreuse qu'il conduisit au désert, en passant à pied sec le Jourdain, dit la légende; il imposait à ses adoptes un baptême : il fallut envoyer contre lui de la cavalerie. Les Juifs d'Egypte euxmêmes, vers l'an 56, se soulevèrent à la voix d'un nouvel agitateur, se retirèrent en grand nombre dans le désert et ne purent être réduits qu'à la suite d'un fort envoi de troupes. C'était une exaltation générale : prédicateurs, thaumaturges, guérisseurs de possédés, illuminés célèbres par leurs austérités et leurs longs jeûnes, se succédaient sans relâche et apparaissaient de tous les côtés à la fois : le caractère religieux du mouvement en cachait mal le but politique, en dissimulait peu les théories révolutionnaires et socialistes. Le monde occidental n'était d'ailleurs pas exempt de ce dange-

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