PREMIÈRES MISSIONS. — SAINT PAUL
missionnaires. Philippe parcourut la Samarie el toutes les égions environnantes; il fonda les communautés de Sébaste, le Gaza, de Césarée, el convertit le premier incirconcis, un îunuque de la reine Candace d'Ethiopie qu'il rencontra sur son chemin (Actes, vni, 27-39). D'autres pieux voyageurs établirent des communautés analogues à Lydda, Joppé, Jaffa, dans l'île de Chypre, à Antioche, et à Damas; elles étaient toutes organisées sur le modèle de celle de Jérusalem : au commencement de chaque réunion, on donnait des nouvelles des chefs et des frères absents, on lisait c la correspondance ». C'est près de Damas que Saiil eut une apparition et que, touché par la grâce, il devint le plus ferme appui et le vrai fondateur du christianisme. Intelligent, relativement instruit, maladif, timide et ardent, entier et autoritaire, il ne fut pas longtemps d'accord avec les douze dont il aspira tout de suite à élargir les doctrines. Il vint à Jérusalem, y vit Pierre et Jacques « le frère du Seigneur », les choqua par la hardiesse de ses propositions, n'y fut compris que par Barnabe qui le rejoignit plus tard, et s'éloigna inéconlent mais résolu. Il eut des visions; pour justifier son opposition aux habitudes de Jérusalem, il affirma que Jésus loi avait révélé le rôle spécial qu'il lui destinait, celui d'apostoliser les Gentils, les incirconcis. 11 rompit ouvertement avec tes pratiques alimentaires des Juifs, et vint s'installer à Antioche où, malgré les protestations des Hiérosolymites, 'a bonne doctrine se répandait de plus en plus parmi les païens.
La propagande de saint Paul, comme celle de saint Pierre ^l de leurs amis, est toujours môlée de récits de miracles, de visions, de révélations, d'inspirations divines. C'était pour ainsi dire la mode, le goût ou, si l'on veut, la maladie du temps. Les croyants juifs, les prophètes, les aventuriers Comme cet Apollonius de Tyane qui avait ressuscité une
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jeune fille, durent faire au christianisme naissant un ioH considérable. Nous avons parlé plus haut de Theudas qoi parut vers Tan 44, et de TÉgyptien de Tan 56. Le doctrinaire qui contraria le plus les progrès de la secte naissante fut un certain Simon (de Gitton, petit village samaritain), dont nos historiens ecclésiastiques font le premier hété' siarque. Admis parmi les disciples de Jésus, il aurait été jaloux des miracles qu'il voyait faire aux premiers apôlRS et il aurait offert de l'argent à saint Pierre pour que celai* ci lui révélât le secret, on dirait aujourd'hui le true^ de ses miracles, ce qui n'était peut-être que la preuve d'un fort scepticisme. Repoussé avec perte, il aurait fait un pacte avec le démon qui lui aurait appris à faire de faux niracles. Ce qui parait plus exact, c'est que ce Simon aurait eu des relations avec la communauté de Jérusalem et qu'il prêchait un gnosticisme mixte, doctrine résumée dans oa livre, La Grande Exposition, dont nous, ne connaissons que des fragments d'une authenticité douteuse. Simon proclamait qu'au sommet de l'univers il y a l'être qui est, qui a été et qui sera, en qui tout est et qui est tout. U créalion se produit par des émanations hiérarchisées el réalisées en puissances individuelles, mâles et femelles» actives elr fécondes, à commencer par « la Providence »» mâle, ayant pour parèdre femelle « la grande Pensée ' surnommée « Hélène » parce qu'elle provoque les Ai^^ siens et les querelles parmi les hommes. Simon paraît avoir eu beaucoup de partisans; ses idées lui survécurent" il y eut des Simonistes jusqu'au m* siècle, et il y en eat dans toute l'Asie antérieure; mais le côté philosophique et spéculatif de ses doctrines lit vite place, semble-t-il, à la thaumaturgie ; ce ne fut plus qu'une secte de magiciens et de prestidigitateurs, comme les écoles indiennes modernes des Tantras.
LE MOT a CHRÉTIEN ». 379
Cependant la religion de Jésus poursuivait sa marche grandissante, grâce au zèle intelligent des nouveaux adeptes. C'est à Antioche qu'elle prit un nom distinct et que les croyants s'appelèrent pour la première fois des chrétiens {AcleSy XI, 26). Quel est Tinvenleur de ce mot? Paul ou Barnabe sans doute; c'était un appellatif forme du grec ehristus traduction du a Messie » hébreu. L'Église de saint Pierre ne porta jamais ce nom; chez les Juifs orthodoxes, les partisans de Jésus s'appelaient Nazaréens : on désigne encore ainsi les chrétiens dans beaucoup de pays musulmans. Antioche devint vile la seconde capitale du christianisme, bien plus importante que Jérusalem, dont la primauté ne tenait qu'au fait d'avoir été la patrie du nouveau culte. C'est d'Antioche que partirent désormais les principales missions. Le christianisme s'étendit bientôt sur toute la Syrie, en Macédoine, en Grèce, en Italie, à Rome même; il y arrivait d'ordinaire à la suite et pour ainsi dire à la faveur du jndaisme pur. Plus tard il se répandit sur toutes les côtes de la Méditerranée, jusqu'en Gaule et en Espagne.
Paul avait pris la direction du mouvement ; il fit trois grands voyages de propagande, le premier à Chypre et en Galatie, avec Jean-Marc qui le quitta bientôt et Barnabe îui lui resta fidèle; le second en Galalie, en Macédoine, 4 Athènes, à Corinlhe, avec Silas; le troisième à Éphèse, en Macédoine, à Corinthe. Les missionnaires procédaient toujours de la même façon; ils se rendaient, le premier samedi ^près leur arrivée, à la synagogue où, bien accueillis en leur Qualité d'étrangers, ils annonçaient « la bonne nouvelle n; ^utre-temps, ils parlaient aux gentils, aux païens, dont plusieurs furent convaincus. Ainsi se formèrent les premières églises : la légende a accompagné ces conversions de nombreux miracles, guérisons de malades, mort ou cécité subite de gens hostiles, etc. On connaît le discours célèbre attribué
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à Paul, dans l'arif-opagc d'Alliènes, où il aurait i-flmmenlé « habilement une vif^ille insciiption •> au Dieu inconnu i {Actes, XTii, 15 t:t suiv.).
Nulle part, les éj|;Iises n'étaient très nombreuses; elles se composaient de dix, vingt ou trente membres tout au plus; nous devons citer les noms de quelques-uns des premiers f chrétiens > qui formèieiit ces communautés : Siméonle Noir, Lucius de Cyrène, Menakhem (frère de lait d'Hcrode Antipas), à Antiochi" ; Timotliée, sa mère Eunice et sa gramlmère Lois, à Lystics en Galatie; le médecin Luc, à Troati Épaphrodite, Clément, et les femmes Lydia, Ëvodie, Stntyché, à Philippes en Macédoine; Jason, Gains, Arialarque, Secundus, & Thessalonique ; Aquila et Priscille, Titus Justu), Crispus, Stéphanas, Fortunal, Kraste, Chloê, à Coriothe; Phœbé.àCenchrées; Pliilémon, Appia, Archippe, âCotoMcs; Épènéte, Apelle, Rurus, St^nchys, les diaconesses Marie. Tryphène, Tryphose, et bien d'autres à Rome. A Athèaes, l« prédications de Paul paraissent n'avoir eu qu'un très médiocre succès; ou y était à la Ibis trop inslmit, liop tolérant et trop sc<'ptique pour croire notamment h Is résurrection des morts {Actes, xvii, 32); mais partout ailleurs, il y eut des conversions assez nombreuses, très au* cères, et l'on put oiganiser un cnlle.
Les réunions i^laîent présidées par un € ancien », élu par les fidèles ou désigné par Paul lui-même, qu'on appelait ik surveillant », en grec cpiscopos. Il y avait des t diacres »et des « diaconesses s pour le service temporel, ainsi que àti « catéchistes > pour renseignement des recrues et pour 1» propagande parmi los infidèles. On était initié par le baptême; on pouvait même se faire baptiser pour ses aacêtrts morts qui se trouvaient ainsi admis aux bénéfices de Ufo' nouvelle. Les femmes et les hommes se réunissaient toujooo ensemble et n'avaient point de fonctions diverses ; ils s'eici-