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LES ÉCOLES D'ALEXANDRIE

de Corneille, évêque de Rome; les autres prirent pour évéque Novatien, qu'on a appelé depuis € le premier antipape >.

Il ne s'agissait là guère que d'une question de discipline. Mais quant aux points de doctrine, la plupart des théories soi-disant hérétiques, que nous venons de mentionner, se rattachent au gnosticisnie ^ qui ne peut être étudié sans qu'on jette un coup d'œil rapide sur toute la philosophie alexandrine.

On sait que les Ptolémées, et surtout les Lagides, avaient inauguré une ère de science et de travail dont Téclat n'e^t point encore effacé. Alexandrie était comme le centre du monde; toutes les nations y avaient des colonies; toutes les religions et toutes les philosophies s'y heurtaient à chaque pas. 11 s'y fonda beaucoup d'écoles dont le Muséum était le point naturel de rencontre; le premier résultat qu'amena cette lutte et cette opposition permanente de doctrines fat une sorte de scepticisme général. L'invasion de plus en pins grande des croyances métaphysiques de l'Orient, les théories mixtes de Pliilon, d'Apulée et de Pythagore, donnèrent naissance, au second siècle de notre ère, à ce qu'on a appelé Véclectisme ou le néo-platonisme. Le fondateur de la nouvelle école fut Ammonius Saccas (vers 193 après J.-C.)qu' chercha à mettre d'accord Platon et Aristote; puis vinrent Numenus qui introduisit dans la doctrine les théories mosaïstes; Longin qui fit de la philosophie; Plotin (205-Î7Û) faisait de la divinité un pur absolu accessible seulementp*^ la progression extatique de l'âme et se manifestant pard^ émanations successives; Porphyre (*2â2-304), qui expliqu*'^ les mythes de la Grèce; Jamblique ^vers 310), l'ennemi ^^ cliristianisme ; Prochis (412-485), qui donna aux enseigna mcnts de Técolc une forme scientifique et raisonnée; Hiér^ (lès (vers 450) et la belle Hypatie que les chrétiens mas5^' crèrent en 4.15. Plotin et Porphyre transportèrent \e^^

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enseignement à Rome; Proclus était le chef de Técole pour ainsi dire secondaire d'Athènes; les autres demeurèrent à Alexandrie où leur école fut fermée par Justinien en 5â9.

Placée géographiquement entre l'Orient et l'Occident, et par sa composition même pour ainsi dire entre le christianisme et le paganisme, l'école alexandrine combina l'éclec-. tisme platonicien avec le mysticisme oriental. Elle enseignait (ju'il y avait un Principe unique, éternel, absolu et immuable, Dieu, raison générale des choses, de qui tout proï cède et d'où émanent principalement deux éléments primordiaux : Vintelligence qui réfléchit le principe et qui produit (avec rame, principe et cause de tout mouvement, moteur du monde), elle verbe en qui toutes les idées sont représentées. Le monde est éternel, car l'âme n'a jamais pu être une force inactive; le monde est la manifestation nécessaire des idées elles idées ne sont que les types invariables des choses. Les ^es humaines émanent de l'âme du monde; elles se sont éloignées de Dieu par une évolution de création, aussi tendent-elles à remonter à leur état primitif et à revenir s'absorber en Dieu, l'unité suprême, qu'elles connaissent seulement par cette tendance et cette intuition abstraite; mais le l^ntne pourra être atteint que par celles qui auront déve- 'oppé en elles la vie divine ; celles qui ne se seront pas élevées ^u-dessus de la vie purement humaine renaîtront sous la forme d'homme; celles qui auront abusé des sens renaî- Irontà l'état de plantes végétatives, et celles qui auront vécu ilufaçon des animaux renaîtront sous la forme animale. La ^nnaissance du but est révélée par la vraie science qui est ^quise par illumination, mais à laquelle on se prépare par '® raisonnement qui est la conséquence delà sensation. Pour atteindre le but, il faut se dégager successivement des obstacles qui en rendent l'accès difficile et qui procèdent de ^matière, substratum de la création, pure abstraction né-

398 LE GNOSTIGISME.

gative, antagoniste de Dieu, cause première du mal. Par cet intermédiaire négatif, Tunité suprême remplit le monde de mouvement, de vie, de va-et-vient, d'existences isolées plus ou moins entachées de mal. Le monde est un ûux et un reflux perpétuel d'émanations et de réabsoi*ptîons.On atteindra le but par les vertus, vertus physiques qui amènent le perfectionnement du corps, vertus morales qui perfectionnent la société, et vertus théorétiques qui rendent Tâmeplus pai*faite par sa propre contemplation. C'est par là que Tàme arrive à la vie divine et se rend digne de contempler Dieu. Pour parcourir ces diverses phases de dégagement et d'élévation, l'âme a besoin du secours de Dieu; d'où la nécessité de prières, de symboles, de cérémonies et de rites religieux.

En face des néo-platoniciens, il parait qu'il se fonda, à Alexandrie, vers la fin du iv siècle, une école chrétienne qui dura un peu plus de deux siècles. Établie, dit-on, par deux philosophes convertis, Âthenagoras et Pantœnus, elle compta successivement, parmi ses professeurs, Clément, Origéne, Heraclas, Denys, Théognoste, Pierre le Martyr, Didyme, et d'autres moins célèbres théologiens. Leur enseignement comprenait l'étude du texte de l'Écriture sainte et son explication méthodique; mais leur méthode était naturellement empreinte des doctrines de Philon et de l'esprit néoplatonicien.

De l'alexandrisme procéda le gnosticisme, qui fut bien, si l'on veut, une philosophie chrétienne, mais qui fut aussi la doctrine générale des esprits supérieurs — juifs, chrétiens ou païens — des deux premiers siècles. Le mot gnose c connaissance » était pris comme opposé à la foi aveugle et irraisonnée; celle-ci était bonne pour les masses, mais la gnose n'était accessible qu'aux élus, qu'aux sages. Au fond des croyances gnostiques est le dualisme éranien, la lutte de la matière contre l'esprit, du mal contre le bien. Dieu, principe

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