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LES ÉCOLES GKOSTIQUES. — JUDÉE

suprême, surnatureli spontané, éternel, invisible, se manifeste par des émanations qu'on nomme des éonSy dont chacun procède d'un des attributs divins. Les éons, qui formaient la transition entre Tinfini et le fini, produisirent à leur tour les êtres les plus inférieurs qui demeurent dans la sphère de l'Infini, mais qui, par le développement des émanations suc* cessives, se rapprochent de plus en plus du Fini. Ce Fini, le monde matériel, le monde créé opposé au monde émané, est l'œuvre d'un éon, le démiurge, qui créa la matière et l'organisa. 11 y a donc deux royaumes, celui de l'esprit, de la lumière et du bien, et celui de la matière, de l'obscurité et du mal. L'âme humaine est un mélange de bien et de mal, de lumière et de ténèbres, d'esprit et de matière; le but est d'en chasser les éléments inférieurs pour qu'elle arrive au royaume lumineux. Le démiurge s'oppose constamment de toutes ses forces à cette délivrance des âmes; mais contre lui est venu ou viendra un éon sauveur. Pour les chrétiens, ce sauveur était Jésus que Jean baptisa Christ et qui avait uni son esprit divin à un corps matériel. Jésus fut le précepteur spirituel qui révéla la gnose aux apôtres.

On distingue quatre groupes principaux de gnostiques, un en Palestine, un en Syrie, un en Egypte, et un en Asie. Le premier, contemporain de Jésus et des apôtres, compta quatre ou cinq écoles en Judée, celles de Simon le Mage et de Cérinthe entre autres : Simon le Magicien ou le Mage n'était probablement pas chrétien; nous en avons parlé plus haut. Quant à Cérinthe, dont nous avons parlé aussi, il enseignait que la créa- Uon était l'œuvre d'un principe séparé de Dieu et l'ignorant; ^ue Jésus, fils naturel et charnel de Joseph et de Marie, avait îeçu l'esprit sauveur, qui l'avait fait Chris!, au baptême de Jean; que l'esprit était remonté aux cieux avant la passion. — LesécolesdeSyrie(Saturnin,Bardesaned'Edesse)prospérèrent surtout sous Adrien; on y enseignait qu'il y avait deux choses

400 LES GM0STIQU£8 M 8YRIB ET fi^lGTPTB.

essentielles : Dieu, le père inconnu et la matière maafaiM et ingouvernable d'où procéda Satan; et, par suite, deu mondes, le monde pur et le monde immatériel. A la limite du monde pur, sept puissances créent Thomme doat Pâme, étincelle de vie, doit revenir à Dieu. Saturnin prétendait que Jésus-Christ n'a eu qu'une existence matérielle apparente; le but réel de son apparition fut la destruction du démivfy0 qui était le dieu des Juifs. Bardesane admettait deux priicipes suprêmes, le bien et le mal. — Les écoles d*Ég]ple jetèrent le plus vif éclat, avec Basilide d'Alexandrie, Tileetin, etc., jusqu'à la fin du ir siècle. Basilide croyait à une cause première, un dieu suprême, Abraxas ^ qoi créa l'Intelligence, d'où vint le Yerbe, qui produisit la Providence, d'où sortirent, l'un de l'autre, la Puissance, la Sagesse, h Justice, la Paix, les anges supérieurs et inférieurs (dont élut le dieu des Juifs), au nombre de 365 en tout. Jésus viil enseigner la bonne doctrine ; le salut n'est promis qu'anx âmes et encore ont-elles à renaître pour se purifier en soaffrant des fautes commises dans la vie passée.

Les Yalentiniens croyaient à un dieu suprême double, d'une part un abime d'existence spontanée, de l'autre unecosscience silencieuse. De cette dualité naquirent successivemeot trois autres syzygies ou groupes de deux éons : l'intelligence et la vérité, le verbe et la vie, l'homme et l'Égliie; dowe autres couples sont issus de ce dernier et dix autres du précédent. L'ensemble forme le plerôma^ royaume de lumière; mais du dernier éon se produisit à l'extérieur le royauin* des ténèbres, Vakhamôth. La lutte constante entre les él^

1. Je n*ai pas à rappeler le rôle cabalistique, divinatoire, etc. de ^ mot. On a fait remarquer que la valeur numérique des lettres qui !• ^^ posent est 365 (a =l,b x= 2, r = 100, a = 1, x = 60, a= 1 , • « «00) eU«« if i//ira (Neithras) a la mâme valeur ( M = 40, e = 5, i = 10, th » 9, r » 100, i « 1' s - 200).

vu DES GHRÉnKNS AU IV* SIÈCLE. 401

chaque couple pour la révélation au couple sui* cause première avait amené ce résultat par Texcès on satisfait du dernier éon ; dans Vakhamôth est i de vie, le démiurge^ auteur du monde matériel, toujours la purification deTâme, la séparation de

et sa réception dans le plerôma. — Le principal q[ues d*Asie fut Marcion, de Sinope, qui vivait au ers du ii* siècle, et qui croyait à trois principes, le

auteur du mal, créateur du monde, dieu de l'Anment, le dieu bon qui a envoyé son fils pour délémiur^e, et le diable qui est entre eux deux; il a transmigration des âmes et niait la résurrection

mt, le christianisme continuait sa marche ascenlesure que le nombre des chrétiens augmentait, leur leur sagesse primitives diminuaient très rapideécrits de saint Jean Chrysostome, les épttres de me, le témoignage de l'empereur Julien, celui Marcellin et d'autres encore révèlent, de singu- Is sur la vie des chrétiens de leur temps. L'emlien reproche aux habitants d'Antioche, chrétiens lupart, leurs allures badines et efTéminées, leur parures et des parfums,

. . . noD bene olet qui beoe semper olet,

Martial (II, xii, 4). Chez tous ces « Galiléens », le mt et de mauvais goût, la profusion, la soif insaplaisirs, étaient les moindres des vices. Les dames is à Constantinople suivaient la mode — qu'on lée récemment — de porter leurs cheveux frisés ; ramenés sur le front d'une tempe à l'autre, ce habitude ordinaire des courtisanes.

m, — Religions actuelles. 26

402 CHHÉTIENS ET PAÏENS.

A Rome, les vierges chrétiennes, austères en public, aimaient fort la bonne chère et l'orgie nocturne; elles donnaient des rendez-vous à leurs galants dans les églises (ce qui ne pouvait se faire en Orient où les hommes et les femmes occupaient des places différentes, les hommes dans le parvis, les femmes dans les galeries supérieures); les grandes dames ornaient leurs corsages de scènes de rAncieo ou du Nouveau Testament à l'imitation des païennes qui se décoraient des débauches de Jupiter ou des amours de Vénus et d'Adonis. Quant aux veuves, leur zèle religieux cachait trop souvent des débordements scandaleux. Les prêtres, sortis des rangs du peuple, étaient de vrais sybarites, d'une gourmandise raffinée, assiégeant le lit des agonisants pour capter les liéritages, prenant c les ordres > pour avoir plus facilement accès auprès des femmes. Les membres du clergé inférieur prenaient leurs concubines parmi les filles du peuple; ceux du haut clergé séduisaient des patriciennes. Tous ces prêtres et tous ces évoques se jalousaient et se querellaient sans cesse; on eut le spectacle complet de la fureur de ces convoitises jalouses en 366, lors de l'élection du pape Damase auquel ses adversaires suscitèrent un compétiteur, Ursin, sur lequel il ne l'emporta définitivement que douze ans après, en 378.

Le clergé d'Orient ne valait pas mieux. Du temps de saint Jean Chi^soslomc (398-408), les prêtres étaient tous plus ou moins enclins à l'avarice, à la gourmandise et à la luxure; ils scandalisaient les vrais dévots par leur association avec dos femmes qu'ils nommaient leurs sœurs spirituelles, leurs sœurs agapèleSy ci qui n'étaient pas autre chose que leurs concubines. En Sjric, treize évêques furent convaincus d'avoir acheté les voix de leurs électeurs.

Implacables aux païens, les chrétiens n'étaient pas pto doux pour leurs propres frères égarés. Les Alexandrins

ÉVÊQUES ET PRÊTRES. i03

massacrèrent l'évêque arien Georgias (362); les habitants d'Edesse, pourtant ariens, furent plus que cruels envers les valentiniens; sous Constance (337-361) on égorgea les hérétiques à Samosate^ à Cyzique, en Bithynie et en Galatie. Nous ne parlons pas des exils et des simples proscriptions. L'empereur Julien, t TAposlat >, n'avait-il pas raison de dire que les chrétiens n'avaient pris des Juifs c que leur colère et leur fureur > contre le genre humain? Il est vrai qu'en retour les émésiens mirent le feu aux églises chrétiennes; ils n'épargnèrent que la principale dont ils firent un temple de Bacchus.

Malgré les progrès de la religion, l'organisation intérieure des églises restait toujours à peu près la même. Chaque réunion avait ses servants, ses diacres (et ses diaconesses) et son président, toujours un ancien, presbyieros (plus tard prêtre); il y avait enfin, dans chaque localité importante, un surveillant, episcopus (plus lard évêque)^ qui élait le chef ofQcîel et responsable de la communauté. 11 y avait là, en embryon, toute l'organisation du clergé catholique. La première épître à Timothée (m, 2-7) et l'épîlre à Tite (i, 7-10) prescrivent de ne prendre pour évêques que des hommes irréprochables, probes, sobres, prudents, instruits, bienveillants, modestes, généreux, époux d'une seule femme; de bons chefs demaison,auxquelsleursenfants obéissent; il fautqu'ilssoient considérés de tous ; il ne faut pas que ce soient des nouveaux convertis, des néophytes : cette dernière recommandation se comprend fort bien. Quant aux diacres, le même document veut qu'ils soientchastes, non adonnés à Tivrognerie (ITim., m, 8-13), non suspects de l'amour du lucre, bons croyants, probes, époux d'une seule femme, bons pères de famille. Les diaconesses (in, 11) doivent également être chastes, honnêtes, fidèles, sobres. C'est dans cette épître que l'infériorité des femmes aux hommes est nettement établie : Adam a été

40i LE NOUVEAU TESTAMENT.

formé avant Eve, et il n'a pas été séduit comme elle; aussi la femme doit-elle être simplement vêtue; elle ne saurait porter ni or ni pierres précieuses, ni se tordre (et se tresser) les cheveux; elle ne doit point enseigner, mais seulement écouter et prier en silence (I Tim., ii, 9-15), la tête couverte parce qu'elle doit avoir sur la tète une marque de l'autorité dont elle dépend (I Corinthiens, xi, 5-16). Quant aux prêlreSy aux anciens, il faut qu'ils soient « sans crime », qu'ils n'aient qu'une femme, qu'ils aient des enfants chastes et soumis (Tite, ï, 6). Les femmes ne sauraient d'ailleurs exercer aucun emploi si elles ne sont veuves d'un seul mari et si elles n'ont atteint l'âge de soixante ans (I Tim., v, 9). Les épîtres àTimothée et à Tite sont regardées comme apocryphes; suivant M. Renan, elles dateraient des années 90 à 100 environ, c'est-à-dire qu'elles auraient été écrites une trentaine d'années après la mort de l'apôtre auquel elles sont attribuées. Les écrits qui forment le Nouveau Testament sont en effet d'époques très différentes; la composition même de celle collection a beaucoup varié. Dans son étal actuel, tel qu'il a été arrêté par le concile de Trente, le Nouveau Testament comprend vingt-sept pièces distinctes, savoir d'abord les quatre Évangiles selon Mathieu, Marc, Luc et Jean, et les Actes des Apôtres (allribués à Luc), puis vingt-deux documents pour lesquels un anglican zélé a fabriqué la formule mnémotechnique suivante :

Rom, Cor, Cor, Gai, Ephe, Phil, Col, Thcss, Thessale, Timy, Timy, Tit, Philemon, Ucbrevvs, Jacobus, Pet, Pet, John, John, John, Juda, Révélation

c'est-à-dire les quatorze épîtres de Paul (une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Éphésiens,

FORMATION DU c CANON ». 405

me aux Philippiens, une aux Colossiens^deux aux Thessaloliciens, deux à Timolhée, une à Tite, une à Philémon, et me aux Hébreux), Vépîire de Jacques, les deux épilres de ^ierre, les trois épîtres de Jean, Vépitre de Jude et Vapoca- */p$e ou révélation attribuée à Tapôtre Jean. Tel est du loins le € canon > adopté par le concile de Trente le 8 avril

Il s'en faut pourtant que ces documents aient tous la lême valeur. Suivant les dernières conclusions de la crique moderne, les trois évangiles de Mathieu, de Marc et e Luc, appelés synoptiques parce qu'ils sont — généralelent — d'accord, sont des compilations anciennes, pluieurs fois remaniées. Le plus vieux de tous est celui de [arc, mais sous sa forme primitive il ne comprenait ni le écit de la passion ni les détails de l'ascension. Mathieu

été fait à l'aide de Marc et aussi d'un recueil en hébreu raméen des discours ou paroles de Jésus (quelque chose )inme les vatchanas bouddhistes), écrit sans doute peu près la mort du Maître par quelqu'un de ses disciples. Luc

utilisé les deux documents précédents et de plus a puisé mgueraent dans d'autres traditions orales ou écrites. Quant

l'évangile qui porte le nom de Jean, il a été composé, »ngtemps après la mort du fils de Zébédée, dans quelque :;ole orientale mystique, plus ou moins entachée de gnostiisme. Les Actes, à part certains remaniements postérieurs, aient environ de l'an 80; la tradition leur donne le même uteur qu'à l'évangile de Luc. Sur les quatorze épîtres attriuées à saint Paul, quatre, celles aux Romains, aux Galates, t les deux aux Corinthiens, sont seules authentiques et neores'y Irouve-t-il des passages probablement interpolés; 58 deux épîtres aux Thessaloniciens et aux Philippiens sont rès discutées; celles aux Colossiens, aux Éphésiens et à Phiémon sont plus que douteuses; et on est d'accord pour re-

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