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LES MOINES À ROME

Tristia seu nigro viscera felle tumeat.

Sic nimiœ bilis morbum assigaavit Homerus

Bellerophooteis sollicitudinibus :

Nam juveni offeDSo, sœvi post tela doloris,

Dicitur humanum displicuisse genus.

{Itinéraire^ 1, 139-452.)

Plus loin, dans le cours de son voyage, le poète déplore éloquemmenlle sort d'un de ses anciens amis christianisé:

Assurgit ponti medio circumflua Gorgon,

Inter Pisanum Cymaicumque latus.

Aversor scopulos, damni monumenta recentis :

Porditus hic vivo funerc civis er&t.

Noster enim nuper, juvenis majoribus amplis,

Nec censu inferior, conjagiovo miaor, Impulsus furiis, homines terrasque reliqult,

Et turpem lalebram credulus exsul adil.

Infelix putat illuvie cœle^tia pasci;

Seque prenait lœsis sœvior ipse Deis.

Non, rogo, deterior Circœia secta veneais?

Tune mutabantur corpora, dudc animi !

(Ibid,, U 515^26.)

A Rome même, il n'y eut véritablement des € religieux » qu'à partir de la visite d'Athanase, patriarche d'Alexandrie, qui amenait avec lui deux moines d'Egypte (vers 341). Leur seule présence, leurs allures austères, exercèrent une ifl* fluence considérable sur cette société corrompue, lassée et mobile. Plusieurs grands personnages se retirèrent dans les îles du littoral, comme l'ami de Rutilius; de nobles dames romaines se réunirent et fondèrent entre elles sur TAventin une sorte de couvent : on cite les noms de Marcella, Asello, Furia, Fabiola, Paula et ses deux filles, Mélanie qui partit pour l'Egypte, abandonnant aux soins de la municipalité son fils en bas âge.

Déjà, la mode des pèlerinages s'était établie : on allait en

AUSTÉRITÉS DES MOINES D'EGYPTE. ill

dée, à Jérusalem, et Ton revenait par l'Egypte, où l'on ait vu, fréquenté, admiré, touché les cénobites^ les reclus

les anachorètes. Les premiers vivaient en commun; les conds, seuls ou deux à deux, habitaient des cellules sépaes; les derniers, tout à fait isolés, passaient leur vie dans s plaines désertes, dans des grottes, sur des arbres, sur des lonnes (comme le célèbre Siméon près d'Antioche, comme miel près de Constantinople), vivant, au hasard, de la chalé publique. On comptait cinq mille moines dans le désert i Nitrie, dix mille àÂrsinoé, cinquante mille dans la haute hébaïde, et plus encore dans la basse : à Oxyrhinque, il y i^ait, dit-on, vingt mille religieuses et dix mille moines. Les oms de quelques-uns de ces fous nous ont été transmis : acôme, Sérapion, Arsène, Pambon, Hilarion, Macaire, Paul Ermite, Marie l'Égyptienne et le fameux Antoin^ moins dnnu peut-être par les tentations auxquelles il résista que ar la fidélité de son compagnon légendaire. Le monachisme n Egypte datait du ii" siècle environ ; les moines y renouelaient les austérités extravagantes des pénitents de Tlnde. beaucoup ne vivaient que de pain et d'eau; toutefois, les ieillards pouvaient manger des légumes frais et boire un >eu de vin. On cite, comme un vrai festin, le menu suivant l'un repas qui eut lieu un dimanche de grande fête : trois clives, cinq pois chiches, deux prunes et une figue, par tète lien entendu.

On a peine à s'imaginer à quelles étranges aberrations se lissaient aller ces religieux : les uns se vouaient à un muime perpétuel ; d'autres se privaient de sommeil; d'autres i tenaient continuellement plies en deux; d'autres demeulient debout les mains attachées derrière le dos; d'autres liaient nus et broutaient l'herbe; d'autres ne se lavaient mais et entretenaient avec soin la vermine qui dévorait urs corps; — Alexandre vécut dix ans couché au fond d'un

lit LES ORDRES RELIGIEUX.

tombeau, la face contre terre ; Jean de Nisibe partageait le séjour d'une caverne avec deux lions; Apelle brûlait d'un fer rouge le visage des femmes qui passaient à sa portée; Siniéon Stylite se tenait sur un seul pied au sommet de sa colonne; Pacôme dormait tout debout sans point d'appui. Saint Jérôme, qui a mené cette vie, avoue qu'au milieu de pareilles extravagances, les tenlations sont plus impérieuses qu'au sein du monde le plus dissolu, et que ces moines ont toutes les jalousies, toutes les méchancetés et tous les vices. A ce propos, il ne sera pas inutile de dire ici quelques mots sur les principaux ordres religieux catholiques. L'un des plus anciens paraît avoir été celui des Bénédictins^ fondé, dit-on, au mont Cassin par saint Benoît en 529, en même temps que sa sœur, sainte Scholastique, installait à cinq milles de là uij couvent de religieuses; cet ordre fut introduit en France par un disciple de saint Benoit, saint Maur,qui s'établit à Glanfeuil dans TAnjou. Il y avait < les bénédictins agriculteurs > et les « bénédictins savants ». La € règle ide saint Benoît fut suivie par la plupart des religieux qui se constituèrent en communautés en France, dans la suite des temps. Quelques-uns adoptèrent pourtant la règle plus austère de saint Colomban d'Irlande, qui vint s'établir à Luxeuil vers 580, et chassé par Brunehaut s'en alla mourir en Italie. A la fin du x** siècle, saint Bernard de Menthon renversa une statue de Jupiter qu'on adorait encore sur les Alpes, et fit construire à la place le monastère du « Grand Saint-Bernard >. Vers la même époque, saint Romuald institua Yovitt des Camaldules (du nom d'une localité de la Toscane); saint Jean Gualhert bâtit Vallombreuse dans l'Apennin. Un siècle plus tard, saint Bruno, persécuté par l'archevêque de Reiras dont il condamnait hautement la vie scandaleuse, fonda l'ordre des Chartreux dans les Alpes dauphinoises : on sait par quelle industrie profane cet ordre a acquis une juste

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