‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 17 sur 261 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

mômeries de la dévotion conlemporaine, c'efst faire voir ce qu'est devenue la religion de Jésus, de saint Paul, de saint Jérôme, de saint Augustin, entre les mains des autoritaires, des absolutistes, des jésuites, des ultramontains et des associés du sacré-cœur *.

J'engage d'ailleurs les gens curieux de s'instruire à aller passer unejournéeà Lourdes; ils y verront le site le plus beau du monde gâté par une église toute neuve à dorures et à pointes; une grotte peu profonde éclairée en plein jour par des milliers de cierges et tapissée de béquilles ; une statue de ce type banal qu'on voit aux devantures des magasins autour de Saint-Sulpice et devant elle des plateaux remplis de pièces d'or, d'argent et de cuivre ; tout près de là un filet d'eau, des robinets, voire même une piscine avec ses baigneurs et ses baigneuses ; des inscriptions et des flèches montrant le chemin ; des restaurants de rimmuculéeConceptionel des hôtels des Belges et duSacré-Cœur ;pda'loni des curés affairés en quête de leurs ouailles dispersées ; 'des pénitents aux figures inintelligentes en arrêt devant les boutiques et les baraques où, comme dit Victor Hugo, on débite la sainte Vierge

Deux sous avec miracle, et sans miracle un sou.

1. Quatre mois avant sa mort, le 7 novembre 1869, M. de Montalembcrl écrivait au chanoine Dœllinger, pour l'engager à prendre part au futur concile, une lettre remarquable. D'accord avec MM. de Broglie, Cochin, Dn^dinloiip, et ïiuires chrétiens libéraux j M. de Montalembert condamnait les inventions des uUramontains. Dans sa lettre il supplie le fameux prêtre allemand d'aller combattre à Home c les bassesses qui vont se produire et qui risquent de triompher », et il parle de c Tabime d*idolâtrie où est tombé le clergé français > ainsi que de t la transformation si prompte de la France catholique en une basse-cour de rantichambrc du Vatican ».

LE FANATISME. x\ix

Tout le catholicisme contemporain est là : mysticisme et ignorance, domination et mercantilisme, rigorisme et absence de sens moral, dévotion et poudre de riz ; et, pour organe officiel, pour moniteur de la secte, pour régulateur de la discipline, le plus nul et le plus méprisable de tous les journaux, dont le nom personnifie pourtant le scepticisme narquois et l'esprit de résistance au principe d'autorité et aux conventions traditionnelles.

Quand on observe la supériorité morale et intellectuelle des protestants sur les catholiques en France, celle des catholiques anglais sur les catholiques français, l'infériorité manifeste, par rapport aux uns et aux autres, des chrétiens d'Espagne et d'Italie; quand on réfléchit aux turpitudes dont de récents procès nous ont révélé l'existence habituelle dans la haute classe de la société de l'autre côté du détroit, on se rend compte de l'état moral des divers peuples de l'Europe*. Quand on se rappelle les massacres, les incendies, les crimes causés non seulement parle fanatisme religieux, mais par l'idée religieuse

i. On pourrait adresser à bien des gens c religieux » le mot sévère de Fielding : c Votre religion vous sert seulement pour excuser vos fautes, mais elle ne vous pousse nullement à la vertu > (Tom Jones, liv. Xll, ch. iv). Aussi comprend-on le sentiment qui a inspiré la belle lettre écrite par Darwin au baron Mingden le 5 juin 1879: < Cher monsieur, je suis très occupé, vieux et malade et ne puis disposer d'assez de temps pour répondre pleinement à votre question, s'il est même possible d'y répondre. La science n'a rien à faire avec le Christ, en tant que la recherche scientifique rend l'homme rebelle à admettre ce qui parait le plus évident. Quant à moi, je ne crois pas qu'il y ait amais eu de révélation. En ce qui regarde une vie future, chaque homme doit juger par lui-même entre les vagues probabilités en conflit les unes avec les autres... >

xfH INTRODUCTION.

elle-même, on ne peut que se rappeler les imprécations de Lucrèceetde tantd' autres, et Ton en arrive àse demander comment doit être considérée et traitée la religion dans la société moderne.

Il y a encore beaucoup de personnes pour qui la religion est une chose éminemment respectable, parce qu'elle comporte une tendance à l'idéal, et qui la définissent ainsi: « le surnaturel, la conception de causes premières, l'aspiration au bon, au juste, au vrai » ; lorsqu'elles

envisagent l'hypothèse d'un monde sans religion, ces personnes se demandent avec effroi « ce que deviendra l'humanité quand elle ne pourra plus faire des trouées dans le firmament pour entrevoir l'infini ï>. Il est aisé de leur répondre : l'idéal, l'absolu, le surnaturel, l'abstrait, la perfection n'existent pas plus que les causes premières, que le firmament, que l'infini : ils ne sont produits que par un effort de l'imagination et sont la conséquence naturelle et logique, mais fausse, de l'observation et de l'expérience.

Le sentiment d'une douleur physique amène le désir de l'absence de toute douleur; l'insuffisance des organes ou des instruments fait concevoir l'utilité maximum et illimitée de ces instruments ou de ces organes ; mais qui ne voit combien ces aspirations sont de pures hypothèses contingentes? Elles servent à préparer le perfectionnement incessant et graduel par la loi du progrès, qui est la raison d'être de toutes choses, puisqu'il n'est rien qui n'évolue, qui ne se transforme, qui ne vive en un mot; mais elles n'ont aucun fondement réel, puisqu'à chaque progrès nouveau, à chaque pas en avant, l'horizon s'efface pour se reformer plus loin et qu'il n'y a

Page 1