LA RELIGION ET LA SOCIÉTÉ. XXXI
aucune raison de supposer que ce processus puisse avoir un terme.
L'anthropologie — et j'entends par ce mot la science intégrale de l'homme — nous apprend que, dans l'hisloire de l'humanité, tout est arbitraire et relatif; et, lorsque les personnes dont je parle reprochent à d'autres plus hardies ou moins timorées, certaines réticences et certaines hésitations, dans le but sans doute de leur montrer l'immensité de l'abîme où tendent inconsciemment leurs négations, je me joins à elles pour dire : € Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et ne pas affirmer quel'idée debienetde mal est une idéepurement humaine, purement subjective, sans plus de réalité dans la nature que celle du beau et du laid, de la grandeur et de la petitesse? » C'est tout à fait mon avis, et l'histoire naturelle en atteste la justesse.
Quant à l'humanité, elle poursuivra sa marche, avec ou sans idées religieuses; les religions n'auront été qu'un accident, qu'une phase, qu'une forme de son évolution.
Toute religion, c'est-à-dire toute conception d'un état ou tfun principe absolu et immuable, est incontestablement mauvaise parce qu'elle est un obstacle à ce développement continu. Le mouvement général doit être la résultante des efforts individuels indépendants, divers, et souvent contradictoires; mais toute cause extérieure qui viendrait modifier cette résultante est évidemment nuisible aux forces enjeu et à chacun des organes. Dans une société bien organisée, par conséquent, autant la liberté particulière des membres qui la composent doit être respectée, autant leurs opinions et leurs actes doi-