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LA SCIICNCE ET LES COUVENTS

voile à une vierge, c'était < la vouer publiquement à la prostitution >. Isidore de Séville, au vu* siècle, distinguait déjà six sortes de moines, dont trois à tous égards méprisables. En Espagne, même sous le règne de Philippe 11, les € bâtards > ayant pour père des membres du clergé * et des moines étaient si nombreux que les Cortès purent les soumettre à une taxe spéciale.

En France, sous les deux premières races, les moines pressuraient le peuple, chassaient, jouaient, couraient la ville et la campagne, entretenaient des concubines, débauchaient les filles nobles, allaient volontiers à la bataille, et faisaient le commerce. D'autre part, on sait qu'ils n'accueillaient parmi eux ni les esclaves, ni les serfs, ni les infirmes, et qu'ils étaient durs aux pauvres. Les moines errants étaient de véritables pillards, la terreur des fermiers, et des paillards effrontés, l'effroi des mères. On sait quel rôle ils jouent dans les contes et les fabliaux. L'histoire des ordres religieux ne parle que d'abus et de réformes; et l'on cite maints exemples de t frères » se révoltant pour résister aux réformes. Quant à la science et aux travaux des reclus du moyen âge, ce n'est plus aujourd'hui qu'une légende démentie parles faits : à part de trop rares exceptions, nous les voyons laisser manger aux vers, pourrir et moisir les manuscrits de leurs bibliothèques, en couper les marges pour y écrire des oraisons qu'ils vendent aux bonnes femmes, les gratter pour y griffonner leurs patenôtres, ou les mutiler comme ce religieux de Provence, à Villeneuve-

1. Le clergé séculier ne valait pas mieux en effet; quoique mariés, les prêtres et les évéques étalaient les mœurs les plus dissolues. Ce fut encore pis quand le célibat leur eût été imposé : une vieille loi de la Biscaye, qu'on dit apocryphe, autorise les curés du pays à entretenir chacun une barragana c concubine») afin qu'ils ne troublent plus les ménages; et de Lancre, en 1609, observe encore que les prêtres du pays basque vont partout, les armes à la maio, accompagnés chacun de cinq à six « belles filles » .

CHRÉTIENS ET PAÏENS. ii\

lez-Avignon, qui s'était fait, au détriment d'un nombre considérable de livres, une superbe collection d'initiales qu'il collait avec soin sur un grand cahier ^

Comme nous l'avons déjà dit plus haut, les chrétiens vainqueurs n'eurent rien de plus pressé que de faire sentir à leur tour aux païens, pagani « habitants des villages », € ruraux », dirait-on de nos jours, demeurés fldèles au vieux culte polythéiste, le poids de leur haine et de leur rancune. Théodose, en 391, ordonnait déjà que les testaments des apostats seraient nuls. Libanius se plaint que les moines s'emparent, avec l'aide du pouvoir civil, des domaines qui leur font envie, sous le prétexte plus ou moins vrai que les propriétaires ont sacrifié aux idoles. Théodose II, en 423, condamne à la peine de mort ceux qui seront pris en flagrant délit de sacrifice; en 425, il prescrit de rechercher les temples et les sanctuaires, de les détruire et d'élever des croix à leur place : Justinien confirme ces ordonnances draconiennes. Qu'en résulte-t-il ? des conversions apparentes et, par suite, la paganisation du christianisme.

Mais, en même temps, on s'organisait. Les prêtres et les évéquesy qui depuis longtemps déjà exerçaient de véritables fonctions, devinrent des fonctionnaires publics, prirent les costumes, les titres, les privilèges des prêtres romains. L'évêque de Rome, qui se trouva être le premier fonctionnaire de Rome quand les empereurs désertèrent la ville capitale, bénéficia de sa résidence et acquit vite une autorité supérieure; il appuya ses prétentions sur la venue légendaire de saint Pierre à Rome et sur la primauté accordée par Jésus sur les onze autres apôtres au renégat du soir de son arrestation. L'évoque de Rome succéda tout naturel-

I. Les coDgrégatious religieuses, autorisées ou non, payaient en France, en 1880, 2 090 688 fr. 25 de contributions, dont 1220508 dMmpôt foncier, 3056 fr. 95 pour les billards, 1853 fr. 50 pour les cliicns, etc.

itt l'HlMAlIlÉ DU PAPE..

lementau grand i)Oiilirf, Ponlifex Maximits, des païens; il pril presque son costiiinc, une robe blanchu (le);;i'aDd poùlite avait une robe blanclie el louge) et s'entour.i d'un appa* reil fastueux. Pour dt>s raisons analo(îues, Jérusult^m, Antioche, Alexandrie, Conslantinople. devinrent des rcsidenret épiftcopales supérieures, des métropoles, des patriarcats.

Les prétentions de l'évéque de Rome h la primauté fureil encouragées parl'appel que lui adressèrent plusieurs Toislo chrétiens d'Orient, au milieu des luîtes H des compéliliops sanglantes qui déchiraient leurs Églises. L'une des périodes les plus troublées fut le ri^gne d'Aruadius, marqué par la lutte entre le patriarche de Constaiitinople, saint Jean Chrysostome, d'une part, et de l'nulre l'impératrice Eudnxi^ cette princesse dont il condamnait publiquement t' orgueil et les vices, et les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, dont il blâmait les abus d'autoriié. Il avait, dans un voyage en Syrie, déposé treize évoques coupables de siniooie avérée et avait soulevé de profondes rancunes. La coalilion de tous ces adversaires amena sa déposition, son exil et si mort. L'évêque de Rome, Innoceni, fut presque le seul à le soutenir et à lui rester fidèle; même après que la plupart des évêques d'Afrique, y compris Augustin d'Hippone, avaient semblé reconnaître la régularité de ce qui avait été fait contre Chrysostome, Innocent ne consentit à communier avec Atticus de Conlanlinople , Porphyre d'Antioche cl Théophile d'Alexandrie, que s'ils inscrivaient le nom du proscrit sur la liste des pasteursiégilimes de Constantinojde. Théophile et Porphyre refusèrent; Atticus céda, après qu'Alexandre qui avait remplacé Porphyre eut accompli d'office cette formalité.

Quant au titre de < pape », il était primitivement poric par tous les évêques. Le mot bas latin papa n'est qu'une

HlflURGHIE CATHOLIQUE. 4i3

adaptation du grec nchtnaç c père >. Le nom des prêtres russes, pope^ a tout à fait la même origine.

Le pape n*esl donc proprement qu'un des anciens grands chefs locaux de l'Église, un des patriarches. Il y eut d'abord trois patriarcats, à Rome, à Antioche et à Alexandrie; plus tard y on créa celui de Jérusalem, et plus tard encore celui de Constantinople, quand cette dernière ville fut devenue la capitale de l'Empire. Les patriarches, qui n'avaient aucune autorité les uns sur les autres, étaient originairement les chefs, les évéques des plus anciennes Églises; ils eurent ensuite la primauté sur les évéques que l'augmentation du nombre des églises fit instituer dans leurs ressorts, et plus lard sur les archevêques, qui durent se partager la surveillance des évéques devenus trop nombreux; les archevêques ont porté différents titres : mélropolitains en Orient, senes en Afrique, episcopi primi en Occident. Les évéques, dès le IV' siècle, étaient assistés chacun par un archidiacre, qui lui servait de second. C'était en réalité Tévèque qui était le vrai et le seul fonctionnaire ecclésiastique; le prêtre, c'est-à-dire l'ancien, n'était qu'un agent pour ainsi dire d'ordre à peu près laïque, conseil naturel de l'évêque; les prêtres ne prirent place qu'assez tard dans la hiérarchie, quand l'évêque surchargé de travail leur délégua une partie de ses pouvoirs : Justinien fixa a trente-cinq ans en Orient et à trente ans en Occident l'âge auquel on pouvait être appelé à la prêtrise. Pour la commodité du service, il y eut des archiprêtres; c'est ainsi qu'en France les curés de chaque chef-lieu de canton (inamovibles aux yeux de la loi) prennent aujourd'hui le titre de doyens; on sait que ce sont là les seuls véritables curés : les autres chefs des paroisses, qu'on appelle recteurs en Bretagne, dans le pays basque et ailleurs, sont de simples desservants. Chaque curé est aidé par un ou plusieurs vicaires (vicarius a remplaçant », viguier),

42i HIÉRARCHIE CATHOLIQUE.

Cl chaque évêque par des grands vicaires. Le litre d'archiprêtre n'esl plus qu'une dignilé honorifique confiée aux curés des paroisses principales dans les grandes villes.

La hiérarchie catholique actuelle comprend, en outre, des cardinaux el des chanoines. Les chanoines étaient primitivement des clercs qui se réunissaient pour mener une viecanonique; ils vivaient de prébendes, c'est-à-dire qu'ilsavaienl part aux levenus temporels, au casuel de l'église près de laquelle ils s'établissaient. Ils prenaient part à la célébration de l'olïîcc. Aujourd'hui, les chanoines ne vivent plus en communauté; ce sont des prêtres choisis pour leurs talents et leurs vertus et qui forment le chapitre ou conseil particalier de révoque. En cas de vacance du siège épiscopal, c'est le chapitre qui administre provisoirement le diocèse, sous l'autorité de vicaires capitulaires qu'il désigne, (lyades chanoines titulaires, des chanoines honoraires el des chanoines d'honneur. Ce sont ordinairement des chanoines qui remplissent les fonctions de Yofficialité ou de tribunal ecclésiastique; V officiai est en effet proprement le juge chargé de prononcer sur les contestations entre ecclésiastiques, entre ecclésiastiques demandeurs et laïques défendeurs, au civil; au ci'iminel, sur les crimes et délils commis par les ecclésiastiques; c'est aussi le juge souverain de tout ce qui touche au contentieux spirituel.

Quant aux cardinaux, c'étaient jadis les curés des principales églises de chaque diocèse. Mais au xi* sièrle, les papes réservèrent ce tilrc à des ecclésiastiques de Rome dont ils formèrent leur conseil ordinaire, et qui prirent le pas sur h's éxrques et les archevêques : un laïque peut être direclement élevé au cardinalat. Sixte V lixa le nombre des cardinaux à soixante-dix*, dont six cardinaux-évêques, cin-

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