‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 174 sur 261 · VIEUX NATURALISME · texte numérisé non relu

VIEUX NATURALISME

ations des sorts bibliques; atlribution des phénomènes ilmosphériques aux esprits célestes ou infernaux; coutumes magiques et astrologiques générales aux trois premiers siècles ; statues de vierges ou de saints rendant fécondes les Temmes stériles et amenant des cultes comme celui de saint Fix ou saint Vit en Bresse, dans les Alpes et ailleurs*. A cette édifiante énumération, on me permettra d'ajouter les adaptations d'ouvrages païens au christianisme : des moines ou même des laïques ont fait des Virgiles, des Horaces, des Ovides et même des Martials chrétiens^ Je reviendrai sur ces extravagances dans le neuvième chapitre; j'y parlerai aussi des reliques, conséquence naturelle du culte des saints, et des médailles^ adaptation des amulettes de l'antiquité sous la forme primitive de jetons ou de pièces de monnaie. Le culte des arbres, des fontaines et des sources — et la

i. n est certain que dans beaucoup de régions de la France on trouve des traces d*un culte phallique, reste du vieux naturalisme. Au congrès tenu à Paris en 1878 par l'Association pour l'avancement des sciences, M. Sacaze a donné de très curieux détails sur des superstitions et des coutumes indécentes des paysans de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées et sur les hommages rendus par eux à certaines pierres coniques et cylindriques dans les monlagBes. — Dulaure {Des divinités génératrices^ Paris, 1825, in-8) a cité les noms de saint Foutin ou Fotin (Pothin?) en Provence et en Auvergne; saint Cuerlichon ou Greluchon t Bourges; saint Guignolé en Bretagne; ailleurs stftisf Regnaud {rognon?) ; et d'autres, vénérés comme dispensateurs de la fécondité. Beaucoup de superstitions populaires se rapportent au culte du phaUus : la croyance que la mandragore est aphrodisiaque (Cf. Genèse^ XXX, t4-16); les anciennes amulettes appelées /ii^o en Espagne, /tca en Italie^ f^ue oo feme (lat. fascinum)^ en France; etc.

2. J*ai cité, dans la Revtu de linguistique (t. XIV. p. 426-428), les Parodies 9ëcrées de Martial, par Burmeister (Goslar, 1613, in-12), où le vers suivant (XI, UULYIII, 10) :

Si fuerit e res peregrlna tibi

est parodié ainsi :

Si crus hœc fuerit res peregrlna tibi.

VINSON. — Religions actuelles. ^

4H4 LA PlÊTÉ DU MOYEN-AGE.

fameuse apparition de Lourdes, auprès du Gave, dans une grotte où une source a jailli, en est un récent et caractéristique exemple — n'est qu'un reste du vieux paganisme, du naturalisme primitif. Il y a eu d'ailleurs des païens jusqu'au viir et au xp siècles ; la religion chrétienne, en effet, ne se pratiquait guère que dans les villes : les habitants des campagnes isolés, séparés des bourgs où résidaient les clercs par des forets ou des déserts difficiles à franchir*, étaient en quelque sorte abandonnés à leurs instincts naturels. Au surplus, la piété du moyen âge était étrange ; à examiner les sculptures des vieilles cathédrales gothiques, à lire les mémoires historiques, à étudier les tableaux, les mystères, les chansons de geste, elle offre un mélange singulier de prières et de croyances naïves d'une part, de mœiu*s déplorables de l'autre : les clercs, quoique mariés, entretiennent des concubines qui dans les églises troublent les offices par leurs chansons libidineuses (les églises d'ailleurs servaient à toutes sortes de choses, c'était en somme la maison commune); les mystères sont pleins de propos obscènes; à certains jours, les barons ou les paysans pillent les lieux saints, s'y livrent à des orgies indicibles et font servir les vases sacrés à des usages plus que profanes. Les pèlerinages sont de vraies parties de plaisir où, dégagés des souris matériels, hommes et femmes se divertissent joyeusemenl, faisant durer le plaisir le plus longtemps possible. Les croisades ne furent que des expéditions de ce genre où la religion était ce qui préoccupait le moins ceux qui y prenaient part, attirés surtout par le plaisir de la bataille, les joies du pillage, la variété des aventures; et puis c'était une mode; le couplet de Richard exprime bien l'esprit de ce temps :

I . On a vu plus haut que le mol paien. pagnnua, vp.uI «lire proprement « habitant d'un pagus, hameau, village i>.

Page 1