AU HÉRÉSIES PHILOSOPHIQUES
Roscelin : on sait que saint Bernard fut l'adversaire acharné du malheureux amant d'Héloïse. L'école philosophique i laquelle se rattachent les noms que nous venons de citer avait, en somme, aux yeux de ses adversaires, le tort de prétendre justifier la foi par le raisonnement, c'est-à-dire de proclamer la souveraineté de la raison et d'opposer le principe de liberté à celui d'autorité.
Je devrais parler ici de la philosophie scholastique, car c'est à elle que se rattachent les hérésies du moyen âge et c'est elle en définitive qui a préparé la réforme. Mais l'histoire en est longue, délicate et complexe; il suffira de rappeler qu'elle forme la chaîne qui relie la philosophie moderne au néo-platonisme et aux écoles de l'antiquité classique, et qu'elle a été puissament aidée et influencée par les écrits des Juifs et des Arabes.
La théologie était pour elle la science fondamentale; mais, puisqu'elle en faisait une science, elle la soumettait au raisonnement et lui imposait la nécessité d'une méthode. Pour l'étude de cette science, on dut se préoccuper de ce qu'on a appelé le Iriviurriy c'est-à-dire la grammaire, la logique, la rhétorique; la dialectique naquit et les trois groupes des réalistes^ des nominalistes et des conceptualistes se partagèrent les penseurs et les croyants lettrés. On sait que les réalistes admettaient un monde extérieur d'idées correspondant au monde matériel et disaient qu'il existe des formes universelles indépendamment des conceptions de l'esprit; — que les nominalistes niaient l'existence objective de ces idées universelles où ils ne voyaient qu'une pure expression vocale, qu'une erreur de la parole pour ainsi dire, nomma numina; — que les conceptualistes enfin affirmaient l'unité absolue de la vérité sous toutes ses formes et de l'intellect qui conçoit. Je reviens à la série des conciles.
Le douzième concile, réuni encore à Rome au palais de