LA TRANSSUBSTANTIATION
Latran en 1215, consomma la spoliation du comté de Toulouse en approuvant les horreurs de la croisade contre les Albigeois. Ce concile proclama la transsubstantiation du corps et du sang de Dieu fait homme dans Teucharistie, c'est-à-dire que désormais il fallut croire que le pain et le vin étaient véritablement, par la parole du prêtre ofTiciant, changés en corps et en sang de Jésus-Christ. Cette doctrine, émise au ix* siècle par un moine, Paschase Radbert, avait amené de longues controverses; elle avait été très vivement attaquée, de 1040 à 1070, par Bérenger, archidiacre d'Angers, qui ne voulait voir dans les saintes espèces qu'une figure. Bérenger, combattu par Lanfranc depuis archevêque de Cantorbéry, fut deux fois cité à Rome, fut deux fois condamné, se rétracta deux fois, vit brûler ses livres et dut renoncer à ses bénéfices. Le quatrième concile de Latran prit d'autres décisions importantes : il défendit le commerce avec les juifs; il substitua l'obligation d'une confession et d'une communion annuelles aux anciennes prescriptions suivant lesluelles on devait se confesser et communier trois fois par m, à Pâques, à la Pentecôte et à la Noël; et il décréta la •echerche, YinquisitioUy et la punition implacable des héréiques.
Le treizième concile (Lyon, 1245) n'eut d'autre but que le soutenir Innocent IV dans la lutte du sacerdoce et de 'empire : l'empereur Frédéric II y fut solennellement déposé si excommunié. Le quatorzième (encore à Lyon, 1274) fit me tentative infructueuse pour faire rentrer les chrétiens rOrient, les Grecs, au giron romain. Le schisme datait de leux cents ans : nous y reviendrons.
Le quinzième concile (Vienne en Dauphiné, 1311) prolonça définitivement la suppression de l'ordre des Templiers, convenue entre Philippe le Bel et Bertrand de Got levenu pape sous le nom de Clément V. On sait que ce pape
44ti LE GRAND SCHISME D'OCCIDENT.
fixa sa résidence à Avignon, ce qui amena la rivalité entre cette ville et Rome et fut une des causes du grand schisme d'Occident. De 1378 à 1418, TÉglise d'Occident fut difisée entre deux et même trois papes : Urbain YI et Clément Vil, en 1378, se partagèrent la chrétienté, le premier retenait sous sa domination l'Italie, la Hongrie et les pays du Nord; la second seul reconnu en France, en Espagne, à Naplesetan Allemagne. Urbain VI fut remplacé à Rome par Boni&ee K (1389), puis par Innocent VII, Grégoire XII, etc. ; GlémentVU eut pour successeur, à Avignon, Renolt XIII. Un concile spécial, tenu à Pise en 1409, déposa ces deux derniers el élut pape unique Alexandre V qui, mort en 1410, fut rem« placé par Jean XXIII. Mais les deux autres ne renoncèrenl point à leurs droits et l'infaillibilité papale, à laquelle d'ailleurs on ne songeait point encore, dut se partager entre trois tètes. Ce fut seulement au concile de Constance, en 1417, qu'on s'accorda pour déposer les trois papes et pour reGon* naître la seule autorité d'un nouvel élu, Martin Y. En même temps le concile de Constance, dans ses quatrième et cinquièrae sessions, proclama la souveraineté spirituelle des conciles, même au-dessus des papes.
Le concile de Constance s'occupa des flagellants et condamna les hérésies de Jean lluss et de Wickliffe. Confesseur du roi de Bohême Wenceslas et de la reine Sophie, Jeao lluss, dès 1405, avait signalé les vices du clergé (cupidité, simonie, impureté) et protesté contre la vente des indulgences; plus tard, il nia la nécessité de la confession auriculaire, et traita d'idolâtrie le culte de la Vierge et des saints. Cité à Constance devant le concile, arrêté malgré un saufconduit de l'empereur Sigismond, il y fut brûlé vif le 6 juillet 1415. On lui avait vivement reproché d'avoir pris parti pour Wickliffe et ses doctrines. Wickliffe, docleur en ihéo* logie d'Oxford, avait en 1360 commencé une vigoureuse
JEAN HUSS, LES FLAtiKLLANTS. 417
campagne ronlre les ordres religieux ineiuiianls; il ntUtqiia ensuite l'abus des bénéfices ecclésiastiques, puis vint à traiter des points de dogme : il admettait bien la présence réelle, mais niait la transsubstantiation. Ses prétentions étaient plutôt politiques que religieuses : il réclamait la réforme disciplinaire du clergé et sa subordination temporelle au pouvoir civil; il avait traduit la Bible en langue vulgaire : de nombreuses copies de sa traduction circulaient parmi le peuple. Les partisans de WicklifTe continuèrent la campagne après sa mort; ils furent en butte à de vives persécutions, et plusieurs entre autres une femme, Jeanne Bougbton, furent brûlés vifs, sous Henri VU (1404). Connus sous le nom de lollards, ils se continuèrent sous Elisabeth par les puritains dont nous reparlerons. Quant aux partisans de Huss, ils se divisèrent en deux branches, les taborites et les ealixtins. Les premiers ne reconnaissaient que Tautorité de rÉcriture et rejetaient les traditions, repoussaient la confession auriculaire, ne regardaient comme obligatoire que Tobservation du dimanche, n'admettaient ni la cérémonie de l'Élévation, ni le purgatoire, ni l'invocation des saints, ni les prières pour les morts, ni le culte des images. Moins avancés, les calixlins demandaient seulement la comnmnion sous les deux espèces (aussi les appelait-on lUraquisleSy du latin utraque (specie), la liberté de [irèilier et la juridiction des autorités civiles sur les clercs criminels. Les deux partis so combattirent longtemps; ils se prononcèrent pour ou contre la réforme; après la guerre de Trente ans et grâce à une propagande acharnée des jésuites, les uns se firent catholiques, les autres devinrent les anciens frères moraves qui croyaient h la présence réelle mais non à la transsubstantiation et qui, persécutés, dispersés, découragés, cessèrent à peu près d'exister en 1671 à la. mort de leur dernier évêque.
Les flagellants furent aussi condamnés à Constance, Le
4tt LES dehnifuis conciles.
raouvemenl avait commencé en 1260 à Péronse ci rapidement gagné l'Italie, la Ilon^^ric, l'Alsace, la Uoiiia la Davièrc, la Pologne; l'ncoiiragi! par la grande é{Hi du 1348, il avait pris un développement inquiétant.
Làs flagellants proclamaient la nécessité ab: pénitences publiques, surloiit en cas de violation dl sabbatique, de blasphème, d'usure et d'adultère par jour, ils se mettaiciu nus jusqu'à la ceinture milieu de chants péailciiliau>:, recevaient la liage] la main du chef armé d'un l'ouel à noeuds. Us remonter l'origine de leur secle à saint Pierre qui, ils, l'avait autorisée par une k'ttrc qu'on avait li jour sur l'autel dans l'église de Jéiusalem; ils niaii torité des prêtres, demandaient un baplénie de du baptême d'eau, repoussaient la transsubstaalii regardaient les sacrements comme rendus inutiles gellation.
En 1431 s'ouvrit à Bâle une autre assemblée; trai à Ferrare en 1438, puis à Floience en 1439, elle y ti SCS travaux en 144^ et est connue sous le nom di concile œcuménique b. A Bdie, les pères déclarèrenl nouveau qu'ils étaient supérieurs au pape. A Terrare i Florence, les orientaux prirent part aux délibérations et sentirent à la fusion des deux Églises; mais ni l'emperevi le peuple grec ne voulurent s'y prêter: les évêques. di de l'Occident, s'empressèrent de reprendre leur enseignement et tout l'Orient continua à nier que le Se Esprit procède autant ilu Fils que du Père. Les écrin catholiques ne manquent pas de l'aire rcmai^quer que lapa de Constantinople par les Turcs (29 mai 1453) vint presqi aussitôt punir de leur obstination les acharnés schlsnl tiques.
Le dix-seplièmc concile est celui de Trente qui dura