FÊTES MOBILES ET IMMOBILES
Les fôtes chrétiennes sont mobiles ou immobiles. Les premières sont Pâqtiesei les fêtes qui s'y rattachent.
La fête de Pâques doit être célébrée le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe du printemps* ; elle ne peut avoir lieu au plus tôt que le 21 mars (ce qui est arrivé en 1818) et au plus tard que le 25 avril (comme en 1886). L'Ascension est le jeudi quarantième jour après Pâques; la Pentecôte^ le dimanche dixième jour après; la Trinitéy le dimanche après la Pentecôte ; et la Fête-Dieu ou fête du Saint- Sacrement, le jeudi suivant. On sait que la Pâque et la Pentecôte sont des fêtes juives; la Trinité date du pape JeanXXlI (1316-1334) et la Fête-Dieu d'Urbain IV (1262).
Les principales fêtes immobiles sont : 1"* la Circoncision (l*' janvier), qui parait avoir été célébrée pour la première fois au VI* siècle; saint Ambroise, de Milan, avait prescrit pour ce jour-là un jeûne solennel « en l'honneur des prémices du sang que Jésus avait répandu pour nous » ; 2'' V Épicorde dont Jésus fut lié pendant la flagellation, la tunique qu'il portait le jour de sa crucifixion, et ainsi de suite.
1. D'après saint Jean, Jésus serait morl le U nissan; les synoptiques le font monrir le lendemain 15. De là, à l'origine, s'élevèrent certaines contestations pour la fixation de la Pàque. Jusqu'au IP siècle, on suivit le comput juif; il y avait les quartodecimans qui célébraient la Pàque le 14 nissan, c'est-à-dire le jour anniversaire du vendredi, jour de la Passion (quatorzième delà lune de mars), en mangeant solennellement un agneau rôti, et qui fêtaient la résurrection trois jours après. C'était là l'usage général en Orient; mais, à Rome et en Occident, on retardait le repas jusqu'au soir du samedi qui suivait le 14 nissan, et on célébrait la résurrection le lendemain dimanche (en Orient, le troisième jour après le 14 n'était naturellement pas toujours un dimanche). Au m* siècle, on cessa de suivre le comput juif et on établit la Pàque équi- Doxiale, c'est-à-dire qu'on affecta à cette fête le dimanche après la pleine lune de l'équinoxe du printemps : le concile de Nicée sanctionna ce nouveau comput; pourtant, jusqu'au v* siècle, il y eut en Syrie et en Mésopotamie des sectaires qui continuèrent à faire la fête de Pâques -le dimanche qui vient après le 14 nissan juif; en Ecosse et en Irlande, cette haitude persista plus longtemps encore.
im FÊTtS IMMOBILES.
j>/mn/e(ti janvier), anniversaire du baptême de Jésus, de la manifestation de Dieu par la colombe et par la voix (Mathieu, m, 15-17; iMarc, i, iO-H; Luc, m, 21-22), de Fadoration des mages, des noces de Cana, du double miracle de la multiplication des pains (Mathieu, xiv, 15-21 ; xv, 32-38; Marc, VI, 35-44; viii, 1-9; Luc, ix, 12-17; Jean, vi, 5-13); 3* YInvention de la sainte Croix (3 mai), qui remonte au viii* siècle, et qui rappelle la prétendue découverte du bois de la Croix par Hélène, mère de Constantin*; 4"" la Saint-Jean- Baptiste (24 juin), très ancienne; 5» la Saint-Pierre et Saint-Paul (29 juin; jadis 29 juin pour saint Pierre et 30 juin pour saint Paul); 6' la Transfiguration (6 août), anniversaire du jour où Jésus-Christ montra son corps céleste à Pierre, Jacques et Jean, et où Dieu fit entendre sa voix dans la nuée (Mathieu, xvii, 1-8; Marc, ix, 2-8; Luc, ix, 28-36); elle est attribuée au pape Calixte III (1455-1458); 7* VExaltation de la Croix (14 septembre); 8' la Toussaint (1*' novembre) instituée à Rome par BonifacelV (608-615) et introduite en France et en Allemagne par Louis le Débonnaire; 9<» la Commémoration des morts, fixée au 2 novembre par saint Odilon, abbé de Cluny (au x* siècle), mais à laquelle les Orientaux consacraient le vendredi saint; 10'' la Noël ou Nativité de Jésus-Christ (25 décembre) ; les églises orientales célébraient cette fête, les unes le 6 janvier (on l'appelait la Théophanie), les autres le 20 avril, d'autres le 20 mai; 11'' la Saint-Eùenney fête du premier martyr {"i^ décembre); 12" les Saints Innocents (28 décembre) ^
1. On célébrait naguère dans toute la chrétienté, et on célèbre encore dans deux ou trois localités, eu Oriont, le 2 ou le 21 mai, la Tôte de la Conversion de Constantin.
t. Anniversaire du préteutiu massacre des enfants de deux ans et au dessous, ordonné par Hérodo (Mat., n. 10-18); des légendes grecques et éthiopiennes rapportent que ces intéressantes victimes furent au nonobre de quatorze mille.
HYMNES ET PRIÈRES. m
Les principales fêtes de la sainte Vierge sont 1"* la Purification ou Chandeleur (2 février), qui remonterait à 544 et 701 et qui rappelle la purification de la vierge Marie après ses couches et la présentation de l'enfant Jésus au Temple ; 2» V Annonciation, appelée anciennement la conception du Christ ou le commencement de la rédemption (25 mars), qui parait dater du iv' siècle et qu'on célébrait jadis en Occident le 18 décembre; 3' la Visitation de la Vierge à Elisabeth (Luc, I, 39-40; 2 juillet), qui est de l'invention du pape Urbain VI (1389); 4** V Assomption, qu'on célébrait autrefois le 18 janvier, qu'on fêta aujourd'hui le 15 août*, et qui parait dater de Grégoire de Tours, le premier écrivain qui ait affirmé que Marie fut enlevée au ciel en corps et en âme; 5** la Nativité (8 septembre), qui daterait du vir siècle; 6" la Présentation au Temple (21 novembre); 7* la Conception (8 décembre), instituée au xii' siècle et que Pie IX rendit immaculée par sa bulle Ineffabilis du 8 décembre 1854.
Toutes ces fêtes comprennent les offices ordinaires, de matines à compiles, et une messe avec certaines prières spéciales pour chacune. Les chants qui accompagnent et varient ces offices comprennent ordinairement des psaumes et des hymnes dont plusieurs sont particulièrement recommandés à l'attention des fidèles : par exemple le Veni Creator qui est attribué à saint Ambroise de Milan (340-307), mais qui ne remonte probablement qu'au ix* siècle; le Dies ira% de Thomas de Celaco (moine franciscain, mort à Cologne vers 1255); le Stabat, dû au pape Innocent III (1198-1216) ou à Jacopone, moine du xiV siècle; le Vexilla régis, qui est de Fortunat (vers 580); le Pange lingua, qui aurait pour auteur Claude
1. On sait que sous l'empire, en France, le 15 août était surtout consacré à saint Napoléon, un saint découvert pour les besoins de la cause ; c'était, paratt-il, un grand seigneur d'Alexandrie qui subit le martyre sous Dioctétien.
470 LE rUAI'ELET.
Hamert(483) ; le^ lijinncs des vêpres cl dc^ cuiii)ilii:s dabréviaire parisien, ijui sont de ConiD(l676-1749)et de Ssuiteod (1630-1697).
D'autres prières ou citants oui historiqticnieiil une origiae remarquable; on nllribuG ainsi le Te Deum à saint Anibroise, le Salve Regina à un évèque du Puy du w MËrie ou à un évèque de Coinpostellf. du xtr siècle VAlMuia est une vieille formule liéhraïque(//ai(c(û-i(îA < louez lahvèb») qui esl encore d'usage courant dans les liturgiuii grecques. mais qui, depuis Grégoire le Grand (vi* sièck:), est devenue. dnDsr%lisel;iline, un si)>ne d'allégresse et n'est fil us chanlr-^ qu^à certains jour.-- et pendant une certaine période de l'année. Le Magnificat fait partie de l'évangile de Lu>- (l, 47-55). L'Aiigt'lus date, dit-on, du concile ih: Clcrroonl et de la première croisade (1095); on attribue au pape Jean XXII (1318) la sonnerie du soir, et celle de midi à Calixte III {iAôG) qui aurait prétendu conjurer ainsi les effets désastreux de la comète de Halley.
Le rosaire, ou chapelet, est certainement un emprunt fait, à l'époque des croisades, par les chrétiens aux musulmans, qui l'avaient pris eux-mêmes des bouddhistes; il fut institué solennellement, dit-on, par saint Dominique en 1^08 ou 1214. On sait comment est fait cet instrument de prière machinale'. Il sert à réciter un Credo, quinze Paler, quinze dizaines d'Ave Maria et un Gforio Pafrt; ces prières soat réparties en trois séries de cinq mystères : mystères joyenx (incarnation, Visitation, naissancede Jésus, purification, Jésus retrouvé au Temple — vertus correspondantes sollicitées: humilité, charité, détachement, pureté, obéissance) ; doutow-
1. Le cAap«Ie( ordiuairea cmf dtiainca; celui de Lourdes en a six; 1m CamalduUt avaient un chapelet spécial comiwsé de Irenlr-trois graini, nnmb» d'annitea rie la vie de Jésiii-Chriit; il j a aussi les eliapelels dn prjciei» Ntng, du sacré-cœur, ties marljrs japoDus, etc.
LE SCAPULAIIIE. 471
r^iu? (agonie de N.-S., flagellation, couronnement d* épines, portement de la croix, crucifiement — contrition, mortification, patience, résignation, persévérance), et glorietuc (résurrection, ascension, descente du Saint-Esprit, assomplion, couronnement de Marie — foi, désir du ciel, recueillement, grâce d'une bonne mort, union avec Jésus et Marie). Dans an catéchisme de 1733, du diocèse de Bayonne, j'ai trouvé une autre combinaison : d*après le rédacteur de ce livre autorisé, le rosaire se composerait d'un Credo, de sept Pater (en l'honneur des sept principaux mystères de la vie de Marie: conception, naissance, présentation, annonciation, Visitation, purification et assomplion), et de soixante-trois Ave en l'honneur des soixante-trois ans qu'aurait vécu la mère de Jésus-Christ, etc.
Le scapulaire a pour inventeur un carme du xiip siècle, Simon Stock, à qui la sainte Vierge apparut et à qui elle remit cet insigne bizarre que les dévots appellent « le saint habit ». Il doit être en drap de laine, brun ou noir, et formé de deux parties, dont l'une pend sur la poitrine et l'autre dans le dos, réunies l'une à l'autre par deux cordons passant chacun sur une épaule. Ce scapulaire a le très précieux avantage de sauver de l'enfer celui qui le porte, en le forçant pour ainsi dire à mourir sans avoir commis de péché mortel qui n*ait été absous; de plus, si le porteur va en purgatoire, la Vierge vient l'en tirer elle-même le premier samedi après sa mort: c'est du moins, paraît-il, ce qu'elle a révélé à Simon Stock et au pape Jean XXII*.
Le signe de la croix est relativement très ancien, car il y est fait de fréquentes allusions dans TertuUien, dans saint Jérôme, dans Prudence. On le faisait, la main étendue, avec
1 . On a inventé, depuis, d'autres scapulaires : celui du mont Carmel qui est bku, du précieux sang qui ost rouge» de la Trinité qui est blanc, des sept douleursy etc.
ITi EAi; KT PAIS BÈSITS,
un i^iMil iluigl (aana liouti; le pouce), 'iiii tmçait sur le fronl 1 ou sur 1a poitrine la ligure d'une croix grecque ; on le faisûl au roiniiK^ncement de loiites les cérémonies religieuses. Plus InnI, l'usage a prévalu de faire le signe en pnrlont la main druîte du fronl à la poitrine, el de l'épaule ^uche à l'épaule droite. Les Grecs font le signe de la croii avec trois doigts joints (le pouce, l'index et le médius), syraboir dp la Trinité; ils les portent d'abord à la bouche, puis de la boudie k l'estomac (pour rappeler la descente de Jésus dans les enlrailleii de Marie), puis de l'épaule droite à répaiilt- {lauche (pour rappeler la descente de Jésus aux enfers, sa résui^ rcclion et sa résidence actuelle à la droite du Père).
On prétend que Veau bénite (eau mêlée de sel) date du pap^ Alexandre l"(u' siècle); ici il y a vraisemblablement imilalinn des eaux lustrales antiques ou allusion à l'ean purificatrice du baptême. Le pain bénit est un reste des anciennes evUh giex, n'est-à-dire des compliments que les fidèles adressaient à leurs coreligionnaires absents, en leur envoyant un ' morceau du pain qui avait été servi aux agapes.
On priait à l'origine debout, en élevant les mains en l'air, comme le prouvent les oranles des catacombes et les babitudes de l'antiquité païenne. C'est une pensée d'humiliation et peut-être une imitation des coutumes orientales qui a amené la prosternation et l'usage de prier à genoux déjà mentionné par Piudence, i^urvato genu.
La principale prière chrétienne est, comme on sait, le Pater, dont les évangiles nous donnent deux textes différents. Le premier (Mathieu, vi, 9-13) est ainsi conçu : nâztp ij/x«v, ô év ToFç oîipavotç, àr/ia'TSfiro xh Svf>fiâ cou'"
oùpixvSi x«( ént 7^ç- TÔv aprov -tiii'^v tÔu kmoùutov 8oç -fijùv <rn(tipzv Kaî stf es -niùv t« ôful-ii^a-zx ^p-'^v, m; xal ^f^î'? àffixapiv toti ifÊtXkaui rip.'7tv Kai p.i} eeçeve^xïîs iijx«; £15