LES CHRÉTIENS D'OCCIDENT
1483, mort à Eisleben le 18 révrier 1546), avait déduit d'une étude attentive dés épi très de saint Paul la théorie de la justification par la foi seule* : pecca fortiter^ crede fortius^ disail-il ; comment, ordonné prêtre en 1508 et fait docteur en 1513, il refusa l'absolution aux acquéreurs des indulgences vendues par le dominicain Tetzel qui se refusaient à faire les pénitences qu'il leur prescrivait; comment il essaya de faire interdire la vente des indulgences et prêcha contre cet abus; comment il afficha à la porte de la cathédrale de Wittemberg (31 octobre 1517) quatre-vingt-quinze propositions, où il déclarait entre autres que les indulgences papales ne remplacent pas les pénitences que les vivants seuls peuvent accomplir, qu'elles ne sauraient en rien être utiles aux morts, enfin que la rémission des péchés résulte uniquement de la contrition. Ce fut là le début de la célèbre querelle entre les dominicains et les augustins. Le pape intenrint à la longue et délégua le cardinal Cajetan pour arranger l'affaire. Luther refuse de se soumettre, en appelle à un concile général; le conflit s'envenime à propos de la discussion, à Leipzig, entre Eck et Bodenstein sur le libre arbitre; Luther commence à nier l'autorité dogmatique do pape : le 15 juillet 1520, une première bulle d'excommunication, est lancée contre lui. Encouragé par les calixtins, soutenu par l'électeur de Saxe, protégé par Érasme, groupant autour de lui des hommes tels que Bodenstein, Mélanchthon (Schwarfzerd), Carlstadt, il publie sa Captivité de Babylone^ ou i\ condamne les indulgences, ne reconnaît plus que trois sacrements (baptême, pénitence et eucharistie), autorise la communion sous les deux espèces, nie la transsubstantiation tout en admettant la présence réelle, etc. Le
1. Pour être sauvé ,il faut et il suffît de croire que les fautes sont pardonnées par Dieu.
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10 décembre 1520, il Itiùla publiqiiemeDl la bulle du papil
el d'antres docuinenls jiontificaux.
Le légat en avait appelé aux autorités de l'eiiipii'c : ladiéu de Worms condamna le novateur, que rèlecleiir de Saie bt enlevei' pour le soustraire aux violences de ses ennemis; il employa sa captivité à des travaux tliéologiques et conuuenca à traduire la Bible dans la langue vulg^re (la Iruduclion du Nouveau Testament parut en 1522). Mais les germe» tiu'il avait semés se développaient; effrayé de la hardiesse de s«ï partisans, il s'échappa de sa retraite et vint à Willemberg pi'endre la direction du mouvement. Luther proposa U sécularisation des biens ecclésiastiques et s'attira ainsi iei sympathies des laïques. En 1523, tout le nord de l'Allemagne, la Suède, le Danemark, avaient embrassé ses doctrines. En 1524, il quitta l'habit ecclésiastique, et, en 1525, il épousa une religieuse, Catherine Bora. Sur ces entrefaites, le g:rand maître de Tordre teutonique sécularisa son ordre, réunit à ses domaines le margraviat de Biandebour^ (telle fut l'oiii;ine du royaume de Prusse), el y introduisît la rélornu' ïulliôrieBav.
La diète de Spire, en 1 526 et en 1 521), reconnut l'exisleace de la nouvelle secte, mais voulut interdire de nouvelles ionovalions; c'est contre ces dispositions prohibitives que prolestèrent plusieurs grands seigneurs el les représentants des villes de Strasbourg, Nuremberg, Constance, etc. L'empereur, saisi du conflit, convoqua une nouvelle réunioH à Ai^ bourg (1530); c'est là que Luther el Mélanchton rédigèrenl ta confession de foi qui forme encore aujourd'hui te résumé de la doctrine des Églises luthériennes. L'élection au siège impérial du catholique Ferdinand, la ligue de Smalkalde, la guerre civile en Allemagne, les premières réunions du concile de Trenle, Vlntérim, appartiennent plutôt à l'histoire générale qu'à l'histoire religieuse; mais nous devons dire
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qu'eu 1555, la diète d'Augsbourg reconnut enfin officiellement l'existence du luthéranisme, et accorda à ses adeptes tous les droits civils ordinaires.
Des dissentiments éclatèrent parmi les partisans de la nouvelle religion. Les antinomiens et d'autres proclamèrent que, puisque la foi seule fait le salut, les bonnes œuvres sont inutiles ou dangereuses et le péché est licite. Tandis que Mélanchthon et les autres adiaphoristes déclaraient indifférents certains points, tels que la liturgie, les chants, l'emploi du latin, le recours à l'extrême onction, la primauté hiérarchique du pape, lesnon-adiaphoristes, les ams({or/îen$, regardaient au contraire ces questions comme essentielles et les résolvaient dans le sens delà négative. Les synergistes (1557) soutenaient la nécessité d'une coopération de l'homme pour son salut, c'est-à-dire la confirmation de la foi par les œuvres. Les syncrétisteSf disciples de Georges Calixte du Slesvig (1586-1656), proposèrent plus tard un terrain de conciliation pour toutes les communautés chrétiennes : ils le trouvaient dans les doctrines des quatre premiers conciles; ils proclamaient l'autorité absolue de l'Écriture, mais admettaient une tradition ; ils croyaient à l'infaillibilité de l'Église, à la nécessité de la foi pour le salut, au libre arbitre et au péché originel qui en fut la conséquence première, à la grâce obscurcie par le péché, aux inspirations du Saint-Esprit, à l'utilité des bonnes œuvres pour préparer le salut parla doctrine de la foi. Plus tard encore, les piétisles, à la suite de l'alsacien Spener,'se proposèrent de réformer les abus qui s'étaient produits pendant la guerre de Trente ans : ils demandaient qu'on consacrât moins de temps aux discussions théologiques, etqu'on s'occupât plus activement de prêcher la morale, qu'on n'admit dans les rangs du clergé que des hommes d'une vie exemplaire, etc.; ils organisèrent des conférences publiques, créèrent des associations, et dégénérèrent
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souvenlenprédicaleursinloléranU et en prophètes fanatiques. Une de ces associations piélistes, établie dans la Lusace el dirigée par un nommé Zinzendorf, se sépara olliciellctiiefll du liilliéranismeen 1727, sous le vieux nom de frères Moraves: ils prirent plus lard celui de frères unis : ils aspiraipnlàla pureté des temps évangéliques, choisissaient les « anciens » par voie de tirage an sort et avaient un * évoque »; ilseavoyèreni des missions en Angleterre (1737), dans l'Europe septentrionale, dans l'Afrique australe el dans PAmériqu** du Nord. Ils comptent encore aujourd'hui douze mille adeplr-s en Europe, et soixante-dix mille dans leurs diverses missions hors de cette partie du monde.
Le luthéranisme pur est actuellement la religion dominante du Hanovre, de la Saxe, de Diirmsladl, du Wui^ temberg. En Suède, la confession d'Augsbourg est aussi exclusivement admise ; mais, suivant les décisions du synode de Vesleras, le culte a conservé certaines cérémonies romaines, et le clergé est hiérarchiquement organisé en curss dépendant de treize évêques et d'un archevêque, tandis qae sur le continent il n'y a que des pasteurs égaux entre eux. A Bade, à Cassel et à Anhall, le calvinisme prévaut. En Prusse, c'estplut6t rË(//ts0 evangëftj/e unie, fusion simplement discipjinaire des calvinistes et des luthériens convenue au synode de Brcslau en 1817; en 1830, le roi voulut imposerun rituel: ceux qui refusèrent de l'admettre, connus dès lors sous le nom de vieux luthériens, furent exclus du bud^t, et ne parvinrent à se faire tolérer qu'en 1845. En Amérique, il y a aussi des vieux luthériens qui ont conservé l'antique symbolisme, les flambeaux et les crucifix, et des luthériens refermés, qui ont simplifié le culte public et laissé plus de place à l'initiative individuelle, suivant l'habitude générale aux États-Unis.
La confession d'Augsbourg se compose de vingt-huit ar-
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tîcles, dont les vingt et un premiers sont relatifs à la doctrine et les sept derniers à la pratique. Les premiers reconnaissent Tunité de Dieu et la Trinité; — le péché originel ; — les deux natures de Jésus-Christ, son incarnation, sa passion, sa descente aux enfers, son ascension, sa venue future pour le jugement dernier. Les quatrième, cinquième et sixième articles exposent la justification par la foi, laquelle foi est formée par l'esprit saint ordinairement imparti aux chrétiens par Tadministration du Verbe et des sacremenls, et est productive de bonnes œuvres. Le septième article déclare l'unité de l'Église, quant à la doctrine et aux sacrements, les cérémonies pouvant être variées. Les articles huit à quatorze traitent des sacrements : ils ne perdent pas leur eflet même s'ils sont administrés par des personnes indignes; — le baptême est nécessaire au salut, et il faut baptiser les enfants; — le corps et le sang de Jésus sont réellement présents dans le pain et le vin de l'eucharistie; — la confession auriculaire est nécessaire, mais le détail absolu des péchés n'est pas utile ; — la pénitence consiste dans la contrition et la foi, prouvées par les bonnes œuvres; — pour la réception des sacrements, la foi dans leur efficacité est nécessaire; — le droit de prêcher et de conférer les sacrements n'appartient qu'aux personnes régulièrement désignées pour cet office: L'article quinze recommande la célébration des cérémonies à l'église, quoiqu'elles ne soient en elles-mêmes ni utiles pour le salut ni nécessaires pour la pénitence. Le suivant reconnaît comme légitime l'autorité des magistrats civils. Le dixseptième affirme la venue future du Christ pour le jugement dernier, ainsi que l'éternité des peines et des récompenses. Le dix-huitième dit que la raison et la volonté humaines ont besoin de l'illumination du Saint-Esprit; le dix-neuvième, que Dieu n'est pas la cause du péché; le vingtième, que les bonnes œuvres sont indispensables,
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quoique lïi iéiiiission<lcs pr-cliiSs soi! Ip tmil «ïn sacrilW rti Jésus el non de ses œuvres ; le vingt et unième, que hs mérites des saints sont par conséquent inefficaces, et qu'on doit seulement nous les proposer comme exemples. Les sept derniers articles pfoteslr>nt contre les abnsqni s' ëtfiient introduit!) dnns la disnipline eecli^iaoliqne : la non-communicalitin du enlii^e au jieuple, le célibat oblij^atoîre du clergé, h payement des messes, l'énuméralinn d*'lailirp des péchfs.lfs presoriplions alimcntiiires pour les jours de Jeûne, l'irréTocabilil^ des vœux mnn»stique<<, rnl)U3 du pouvoir <)piritiip1, elsou inlervenlionsurlc domaine temporel el royal. — Cetlc confession fut rédigée en Intin; mais elle fut hienlôt traditile en allemand et dans les autres langues vulgaires de l'Europe.
La Suisse, aiijounl'liui généralement calviniste, a cuï» réforme spéciale pn^clii-e par Zwïnglo à partir de 1.^9. C'était un prêtre, originaire de la vallée de Toggenhurf, « qui si^ révolta contre les abus du l'Iergé et la vente des iih dulgt;nccs. Accusé de lutliéiiiiiism';, il secoua le joug de ftorae, se maria, engagea une lutte ardente avec Tévêque de Constance, gagna à sa cause le canton de Zurich d'abord, puis presque tout le reste de la Suisse, eut de vives conlroversn avec Luther, notamment à la célèbre conférence de Harhoiirg (1529), et mourut les armes à la main pendant U guerre civile entre les protestants el les catholiques de la Suisse, en 1531 , à l'Age de quarante-sept ans.'Zwingle et ses partisans étaient regardés par Luther et ses amis comme des « fanatiques», des exaltés; on les appellerait aujourd'hui des radicaux. Ils niaient le sacerdoce ;touthomme, disaientils, a le droit de prêcher; les sacrements sont de simples figures, formules d'initiation ou de confirmation, ne conférant aucune grâce, ne produisant aucun mérite, ne délerminant aucune foi, l'eucliaristie n'est par suite qu'un signe de l'incar-
[lalion. On verra plus loin ronimenl la n'romie a en lien à jenève et la part qu'y a prise Calvin.
La Suisse a d'ailleurs donné la main i la Hollande lors i*un autre grand mouvement religieux du \\i* siècle, celui les anabaptistes. Le mouvement commença en 1521 â Zwic- [au parmi les partisans de Luther: ils se croyaient directe* nent inspirés de Dieu, rejetaient rKcrilure, appelaient le peuple à la révolte pour renverser le «rouvernement et éia- »lir le royaume millénaire des saints. Leur premier chef fut 'homas Munzer, pasteur de Zwickau, réfugié plus lard à ilstadt en Thuringe. Il prêchait Tillégalité du tiaptéme des infants, la prochaine réalisation du règne terrestredu Christ, 'égalité sociale et la communauté des biens dans le royaume lu Christ. Les paysans se soulevèrent en Souabe, en Franlonie, en Alsace; écrasés à Frankenhausen en 1525, ils arent massacrés en masse et Mûnzer, qui avait attaqué au N>int de vue doctrinaire aussi bien Luther que Zwingle, fut nis à la question et exécuté. L'insurrection n*élait qu'as- K>upie : elle reprit à Munster, en Westphalie, peu après, >ous la conduite du tailleur Jean Bockhold, du boulanger lean Matthei, et du relieur Gérard Kippenbroeck, qui s'emparèrent de la ville et y organisèrent une royauté théocra- Lique; on sait que Bockhold fut couronné, sous le nom. de fean de Leyde,roi de (f la nouvelle Jérusalem > qui fut prise, iprès un siège de plus d'une année, par son comte-évèque dValdeck. Amsterdam, Devenler et Wesel se soulevèrent lussi, mais ces mouvements furent vile réprimés et la secte languit quelque temps encore pour s'éteindre obscurément. Son principal caractère était, non pas le second baptême, M>mme on l'a cru quelquefois par une confusion assez naturelle, mais le baptême des adultes.
Les idées de la réforme pénétrèrent aussi dans les autres larlies de l'Europe. En Italie, elles furent avidement ac-