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LE JANSÉNISME

propres niaient le péché originel et la nécessité de la grftce* qui ne doit ôtrn considérée que comme un don de Diei assurant le libre arbitre et procurant le pardon des péchés passés; ils affirmaient l'entière liberté de l'homme et la possibilité de Texistence d'un être humain tout i fait exempt de péché. ATépoque de la réforme, Baius, professeur (le théologie à Louvain, combattit vivement ces doctrines et tenta de restaurer dans toute leur plénitude les théories opposées d'Augustin (1560-1580) : il disait que Thomme, s'il était demeuré innocent, aurait mérité la vie éternelle, mme sams l'assistance de la grâce; qu'après sa chute, tout ce quil fait sans l'assistance de la grâce est péché, etc. Les thomistes ou disciples de saint Thomas d'Aquin alarmaient que la ^vice est efficace en elle-même sans la coopération de la volonté humaine, mais que son efficacité peut dépendre des circonstances extérieures, d'une sorte de prémoliou. Les augustiniens admettaient aussi cette prémotion, mais la faisaient morale ou ésotériquc. A côté de cette grâce efficace, infaillible dans ses clfets, les deux écoles admettaient un moindre degré de grâce, que les premiers noniniaienl la grâce suffisante et les seconds la grâce excilanle. Bîiius lui condamné et se réiracla, mais, en 1588, le jésuite espagnol Molina publia un livre sur e l'agrément du libre arbitre ave» la grâce et la prédestination » qui ranima les querelles. Les jésuites et les franciscaiiis étaient niolinistes; les dominicains, appuyés par les universités de Salamanque, de Lou-

I. 11 convient <lc rappeler que, «l'après la doctrine artuoUn tle Tl^glise calh.>li<iue romaine, telle qu'elle est résumée dans les catéchismes, la g^rict est absolument nécessaire au salut, car le lihrc arbitre dt^ riiomiiu* a été lellcment affaibli par le péclié originel qu'il a besoin, pour so porter à quelque chose d'utile au salut, d'être exoité et aidé par la grince de Dieu. La gràof tvtuelle est de deux sortes; .«w/yMa/Wtf, c'est-à-dire qui donne le pou\oir «le f.iirt~ le bien, oiefficace cVst-à-dire qui conduit infailliblement au bien; mais nm» et r.iulro laissant à l'homme la liberté de résister cl île nr pas faire le biefi

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vain et de Douai, étaient au contraire augiistiniens. Le molinisme fut condamné en 1606 comme suspect de pélagianisme. Molina et ses partisans prétendaient que toute action du libre arbitre est prévue par Dieu, de qui dépend la destinée de l'homme et qui connaît d'avance ce qu'il fera, qui lui donne à sa guise plus ou moins d'assistance, dont la grâce n'est pas efficace en soi, mais suffisante^ et ne ressort son plein et entier effet que par la volonté de l'homme.

L'étude de ces questions occupa, au milieu du xvii* siècle, les habitants de Port-Royal des Champs, ancienne abbaye à une lieue environ de Versailles, devenue en 1638 une sorte de couvent laïque, après que la supérieure, la mère Angélique Arnauld, eut émigré à Paris, rue Saint-Jacques, avec ses nonnes. Les reclus de Port-Royal passaient la journée à travailler, à prier, à lire l'Écriture sainte, sous la dii*ection du célèbre abbé de Saint-Cyran, Duvergier de Hauranne; il suffira de nommer parmi eux Antoine Arnauld, Nicole, Lancelot, Antoine Lemaistre, Isaac de Sacy, Séricourt, François de Sales.

C'est alors que parut, trois ans après la mort de son auteur, TiltigfttA^tnus, ouvrage de Corneille Janssen, ancien principal du collège de Rayonne, patrie de Saint-Cyran, évèque d'Ypres. Janssen s'efforçait d'y rétablir la pure doctrine augustinienne et d'écraser l'hérésie moliniste; suivant lui. Dieu est Tauteur de toute grâce et l'accorde selon son bon plaisir actuel et non parce qu'il aurait prévu quelque convenance particulière chez telle ou telle personne ; mais la personne qui reçoit cette grâce n'est pas un simple agent passif dans la main de Dieu, car l'œuvre divine, coordonnée avec Faction humaine, prend tout son développement dans la volonté de l'homme. On prétendait que Jansénius et ses disciples niaient absolument le libre arbitre : l'homme fait le bien ou le mal selon qu'en lui la grâce l'emporte sur la concu-

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pisccnneon inverseniont, c'esl-A-dire s'il cède h la détectatûm céUxte ou ii liidélecUiHoH terrestre. Ainsi, du moins, expliqiiakon le système. VAugnslinus fut condamné par plusieurs bullei papales: In eminenli (lOi'â), Cum occasione (ifi^), Vîneam dommi (1708), el Unigenilm (1713). Ces bulles ne visùat pas seulemeDl Jansson. mais d'autres écrivains et not^nnmenl le père Qucsnel donl les Réflexions morales xiir If \ohveau Testament (Hi71-lti78) abondaienl rorlemeut dans It! inèine «enit. Oc sait In piirt que pril Piiscal & la querella, \ar ses fameuses Provinciales. On sait aussi l'ombien l'épisropal et le clergé se divisèrent. Les jansénistes enseignaieal U nécessité du sentiment religieux intime, de l'absolue pureté de la vie, de la propagande par l'cnseiguenient : l'austËrité des ma>iu's, la réforme des offices dans un sens plus piétisie el moins formel, l'exaltation du mysticisme, eu élaieul b conséquence nécessaire. Le catholicisme se divisa entre eui et le parti, plus facile et plus large, des jésuites. La morl do diacre François Paris, un janséniste ardent; les guérisooî miraculeuses dont sa tombe fut le théâtre; les extravagances des convulsioonaircs marquèrent l'apogée du Jansénisme qui après avoir élé très répandu en France, en Espagne, en Italie, aux bords du Rhin, n'est plus représenté aujourd'liui, — il part des groupes isolés et pour ainsi dire honteux,— que par la jiuliU: ôylise def cittlioligues de l\ini-ieit •:ler'ji:. en Hollande, qui compte un archevêque à Utrecht, deui évêques à Harlem et à Devenler, une trentaine de prêtres et environ six mille fidèles formant vingt-six ;\ vingt-sept paroisses, el qui a son grand séminaire à Amersfoort.

A la fin du :tvii' siècle, apparut le quiêUsme, qui était de plusieurs espèces, celui de l'espagnol Molinos et celui de madame Guyon, soutenue par Fénelon. Le principe fondamental de la doctrine de Molinos était que la perfection ctasisle dans l'inertie et la passivité de l'flme, une fois qu'elle t

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réussi à s'unir à Dieu; les bonnes œuvres, (Fune part, et la résistance aux tentations, de l'autre, sont contraire à cet état heureux et sont par suite blâmables. Fénelon, lui, voulait qu'on aimAt Dieu sans espoir de récompense ou sans crainte de damnation, pour lui-même, et qu'on n'eût pas à se préoccuper du reste; on sait à ce propos la querelle de Bossuet et de Fénelon. Le pape, qui avait en 1687 condamné Molinos, se prononça en 1699 contre rarchevf^que de Cambrai, qui se soumit.

La lutte des jansénistes et du jésiiilisme se compliquait, en France, de la question de l'Eglise gallicane, de l'autorité du pape et de la manière dont ses bulles devaient être reçues en France. Le principe des privilèges de l'Église de France est dans les mêmes causes qui amenèrent partout la lutte entre les papes et les souverains, qui déterminèrent les querelles du sacerdoce et de l'empire. Rome voulait soumettre à sa domination tout le clergé et lui imposer non seulement une seule et même foi, mais encore une seule et même discipline. Saint Louis, par sa pragmatique sanction (1269), affirma l'indépendance des Églises du royaume ; le concile de Constance confirma les droits de l'Église gallicane ; mais François I", par son concordat avec Léon X (1516), s'attribua la nomination des évêques, sauf confirmation par le pape, ce qui donnait à ce dernier une autorité souveraine. Louis XIV voulut diminuer la portée de cet acte, en sa faveur bien entendu, et fit voter la fameuse Déclaration, promulguée comme loi de l'État par l'édit du 23 mars 1682, où Bossuet et d'autres évêques affirmaient, en quatre articles : 1* que l'autorité du pape est purement spirituelle; 2* qu'elle est à cet égard pleine et absolue, mais que les décisions du concile de Constance sont toujours valables; 3"" que l'usage de la puissance apostolique doit être réglé suivant les canons et les traditions de l'Église gallicane; 4"" que le jugement du

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pape en matière de foi esl réfoririable par le consenLe de l'hlglise tout enLièi'u ». Apr6s lu concordat de 1801. .\ap( léon lit enseigner ces articles dans les séminaires; iniiil aujourd'hui on les y ri;gurdc presque comme hérèliqueiv Nonobstant les ellbrls de FrayssJnous, de l'abh: Guettée,* d'iuilres, le clei^é français esl devenu tout h fait ulli-ainuih l&iti. Le remplacement des liturgies locales par lu lilurpie ramaine, it y a environ trenlc-cinq ans, lui a porté le dernier coup. Un ne voit plus, miimc à Paris, ce qui lUait asseï fréquent alors, d'ecclésiastiques coifTcs du chapeau rond ordinaire à haute forme.

IjCs défenseurs de la liturgie parisienne rcprochaienl à la liturgie romaine d'être mal disposée; d'avoir desoni<:e< hebdomadaires tellement longs qu'on est toujours amené i les remplarer par l'oflïce des saints relativement beaucoup plus coui't ut k réduire ainsi la récitation des psauinus i celle des cinquante les plus courts, ou A en supprimer nue partie; d'être pleine de fausses légendes et de récits de miracles plus que conlestïibles (par exemple l'aventure de sainl Dents portant sa tète dans ses mains* et celle de Marllie, Mai'ie et Lazare portes â Marseille sur un navire sans mil, sans voile et sans gouvernail) ; d'être enfin très inférieurei 1 la liturgie parisienne par le style, la correction, la pureté de la langue ainsi que par la science et l'autorité de ses auteurs. Tous ces rej)roches sont incontestablement fondés.

La défaite des jansénistes amena la prépondérance des jésuites et prépara le triomphe de l'utlraniontanisme. Les doctrines, les coutumes, la liturgie de l'Église gallicane furent peu A peu attaquées et détruites; la déclaration de 168^ fut proscrite de l'enseignement. En même temps, peu  peu, la religion se transforma du tout au tout; le culte du

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sacré cœur de Jésus fiit autorisé en 1757 par le pape : il avait été inventé, à la fin du siècle précédent, par une fille hystérique de Paray-le-Monial, Marguerite- Marie Alacoque, et par un jésuite, le père de la Golombière. De nos jours, on y a ajouté celui du « saint > cœur de Marie, ce qui se comprend puisque l'immaculée conception de la mère de Jésus est devenue un dogme, comme rinfaillibililé personnelle du pape; les pèlerinages aiix endroits où la Vierge a apparu se sont multipliés : nous ne rappellerons que les deux plus fameux, ceux de la Sallette (1852) et Lourdes (1858); les confréries ont pris un développement extraordinaire; les médailles, lear chapelets, les scapulaires, les reliques ont pris une telle importance que, dans l'œuvre essentielle de son salut, aucune part n'est pour ainsi dire laissée à l'initiative et au mérite du catholique, tant il est aidé par ces amulettes puériles, ces formules grotesques, ces pratiques ridicules et ces attristantes mascarades. Je crois devoir renvoyer au chapitre suivant — qui traitera des excentricités religieuses contemporaines — le détail ou du moins un commencement de détail de ces fantaisies sous lesquelles le vieux dogme catholique et les rites traditionnels disparaissent entièrement.

Toutes ces innovations n'ont pas été acceptées sans résistances. La proclamation de rinfaillibililé du pape, en 1870 «, provoqua un schisme sur les bords du Rhin. Depuis quelques années déjà, plusieurs savants théologiens allemands avaient eu des difficultés avec la Curie romaine et avec la congrégation de l'Index. Dôllinger et Friedrich ayant refusé d'admettre le nouveau dogme, qu'ils trouvaient contraire à l'Écriture et à la tradition, furent solennellement excommuniés par

1. Votée au concile du Vatican, le 13 juillet, par 451 placet, 88 non place 61 votes conditionnels et 91 abstentions; le père Hyacinthe ilisait, en 1871, que ce concile « avait commencé par un guet>apens e s'était terminé par un coup d'État ».

Ô18 LESVIEl'X CATHOLIUliK.S

l'aixlievèquc Je Munich. Un raouvetnenl de protestation m | déciai'a aussitôt et dès le 2:2 septembre 1 87 1 un non^rès de I * vienx catholiques > s'ouvrit k Munich. On yarrêta une pro- ] Tession de loi (jiii déclarait conserver la foi catholique do ] concile de Trente, à l'exclusion des innovations jatroduitcs sous Pie IX; accepter la primauté du pontife romain, mai» sans lui reconnaître le pouvoir de prononcer seul par décrets sur les matières de dogme; n'admettre comme vi- i lahles les décisions d'un concile que si elles sont conformes il lu foi originelle et traditionnelle de l'Kglise; désirer la réforme des abus et des excès récents. Le i juin 1873. une assemhlécdelnïquos cl de prêtres vieux catholiques, nmnicà Cologne, élut pour évèque le docteur Reinkeins qui fut sacré le 1 1 septembre suivant par l'évèque de Deventer, délégué par l'archevêque d'Utrecht, à sa mort, pour diriger son église; en 1880, on comptait en Allemagne 37 4â5 vieux catholiques, dirigés par 47 ecclésiastiques. La Bavière et le Wurlemheri! ne sont pas compris dans ces chiffres; il y a donc au moins 50000 vieux catholiques de l'autre c6té du Rhin : la fausse renferme ââ communautés, la Bavière 33, le grand-duché de Bade 27. lîntre temps, plusieurs personnes éminenles avaient été excommuniées et notamment la mère Augustin (Amélie de Lasaulx), supérieure des sœurs de charité de Bonn qui avait refusé, ii son lit de mort, de reconnaître les décisions du concile du Vatican. De la Bavière, le mouvement a gagné la Suisse où il a été favorisé par le Conseil fédérai à la suite de discussions avec l'évêque Léchai et avec Rome qui voulait imposer à la ville de Genève l'évêque i» partibus Mermillod. Plusieurs prêtrpR français ont apporté aux vieux catholiques leur appui, et entre autres M. Hyacinthe Loyson (lepère Hyacinthe), ancien carme qui est devenu curé de Genève. M. Loyson, a depuis, repris sa liberté et a fondé une église indépendante. Les vieux callioliques suisses ont un évêque.

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