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LA RELIGION EN FRANGE

Le mouvement de dégoût qui a détaché les vieux catholiques de Tultramontanisrae a, en France aussi, de temps en temps, depuis ces dernières années, détaché du troupeau docile, servum pecus^ plus d'un membre intelligent. Plusieurs de ces révoltés ont publié des volumes, ont rédigé des journaux où se traduisent l'anxiété de leur conscience et les souffrances de leur honnêteté. Ils protestent contre le despotisme des évèques, contre l'abaissement des esprits, contre les mômeries contemporaines. H n'est pas probable que leurs efforts aboutissent, mais on doit rendre justice à leur franchise et louer leur courage. Mais ce qui doit faire douter de leur succès, c'est qu'ils cherchent en somme à refaire l'œuvre entreprise en 1831 par Lamennais et ses amis, Lacordaire, Montaiembert, Gerbet, de Salinis, dans leur journal l'Avenir; ils s'appuyaient sur le principe de la souveraineté du peuple pour demander l'émancipation du clergé français, sa séparation d'avec l'État et la suppression du budget des cultes, l'élection des curés et des évèques. Malgré l'appui d'un grand nombre de prêtres, de députés, de savants, la tentative a lamentablement avorté. Le mouvement actuel, plus modeste en ses allures, aura-t-il une meilleure fortune ? Nous le souhaiterions sans l'espérer.

La foi religieuse est morte en France sous les coups de jésuitisme, et elle a fait place à une dévotion charlatanesque. Etait-il possible, est-il encore possible de réagir? Une expérience intéressante à cet égard aurait été faite sans le concordat de 1801 inspiré à Napoléon uniquement par son ambition démesurée. Cet acte à jamais regrettable a arrêté Tœuvre du clergé constitutionnel de la Révolution dont il me semble utile de dire ici quelques mots.

11 faut beaucoup rabattre de la légende suivant laquelle les prêtres assermentés avaient tous les vices, les prêtres

su LE cLEiicË consrmmtKQEBL.

réfracl .lires toutes les verlas. Il y a eu é^'îdemmenl parmi 1 les premiers des inlriprants, des ambitieux et des nti»ér.ibleî qui ont profité des circonstances pour s'inlroduii-e dans let Tonctions publiques; mais la (iraade masse du cler|>(^ consi»* lulionnel était honnête et convaincue. La suppression àea ordres religieux (au point de vue civil et officiel), la non* recoonaissance des vœux perpétuels, la confistcal ion des biens dn riei-gé, étaient des rérormes demandées par l'opiaioD. Le fameux serment était le même que celui qu'on exigeait de tous les fonctionnaires. Si le cItTgé français avait été plus intelligent et plus adroit, une transaction cOt certainement été possible.

Quoiqu'il en soii, lorsque la Convention eut consomnéU séparation des églises cl de l'Étal, les év»'*qucs conslîlulionnels ne pcrdirunl pas courage; ils se réunirent, se concertèrent cl organisèrent peu à peu une Église nationale gallicane n'ayant d'autre défaut que d'être indépendante des fanlaisies de l'ultraraontanisme, mais, à part les refus du pape lie la roronnaître, elle n'élail propromeni ni schisma- ' liquc ni hérétique. La lecture des actes des deux conciles de 1797 et de 1801 est éminemment instructive à cet égard, Ses membres avaient résisté à la tourmente révolutionnaire; ils commandaient A environ sept millions de fidèles; ils avaient réuni autour d'eux un clergé honnête et avaient flétri la conduite des prêtres qui avaient < apostasie > scandaleusement (lîrégoire comptait que plus de deux mille prêtres el sept ou huit évéques s'étaient mariés). En 1801, après le concordat, ils donnèrent tous leur démission que le [rouvernement leur demanda : jusqu'alors on s'était montré fort dédaigneux vis-à-vis de ces hommes, dont plusieurs étaient aussi remarquables par l'énergie el te caractère que par la science et le talent : Grégoire, l'émancipateur des juif^, évêque de Blors; Le Coz, archevêque de Rouen; Saurine,

évèque de Dai, pois d'CHoron; Lfttrombe, arcbeféque de Bordeaux ; Maudni, évèque de Salot-Dié. etc.

Après le concordat, la plupart des curés qui aTaient tranillé sous leur directîoD furent admis dans le nouveau clei^é. Plusieurs des éTeques constitutionnels eui-mèmes furent pourvus de si^es épiscopaux et archiépiscopaux <Le Coz à Besançon, Saurine i Strasbourg, Lacombe à Avignon, entre autres) ; ils se refusèrent d^ailleurs très nettement à signer aucune espèce de soumission ou de rétractation. D^autres de ces évêques furent nommés curés de paroisses importantes, d'autres, chanoines; un devint aumônier des Invalides.

De son côté, le pape avait demandé leurs démissions au^ évêques de 1790 encore vivants. Plusieurs la refusèrent et, appuyés par quelques prêtres, formèrent ce qu'on a appelé la petite église y après que le bref du ^ novembre 1801 les eut nettement révoqués. Ils continuaient à correspondre avec quelques fidèles de leurs anciens diocèses, regardant les évêques concordataires comme des intrus. Quelques-uns se soumirent en 1816. Le schisme finit en 1830, lors de la mort à Bruxelles de Thémines, ancien évèque de Blois, qui se disait t le seul évèque » régulier « de toute la France »; il est remarquable qu'à l'autre pôle du clergé, pour ainsi dire, était aussi un évèque de Blois, Grégoire. Parmi les membres les plus actifs de la petite église était l'abbé Pierre Vinson, ancien vicaire de Sainte-Opportune de Poitiers, qui fut condamne, en 1816, à trois mois de prison, cinquante francs d'amende, et à la surveillance de la haute police pendant un an, pour avoir attaque le concordai par un ccril € séditieux ».

Le clergé catholique français, salarié par l'État, reçoit environ 52 millions de fiaucs par an (on donne 1 600000 fr. aux protestants et 225000 fr. aux israclites); il comprend 18 archevêques, 69 évêques, 722 chanoines, 3454 archi-

as STATISTIQUE Ul! CURISTLA.MSME,

prêtres et curé'^, â1 di7 desservants et un peu plus de 309 autres fonctionnaires divers.

On coniple aujourd'lmi dans le monde environ 400 millions de chrétiens, dont ItO piolestanls, 90 grecs et 301^ catholiques romains. Ces cliilTres sont évidemment esagèrit et il ea faudrait, pour compter juste, retrancher nu tnoial les gens indifférents ou hostiles, et ces pauvres indigènes de I l'Afrique, de l'Ainérique, de l'Asie ou de l'Ocêanre, que de iél6s missionniùies ont soi-disant convertis. En résunié, le christianisme est moins pratiqué que le bouddhisme, et la ' secte catholique, la plus intolérante de toutes, ne peut revendiquer pour elle qu'un sixième de l'humanité. . N'avait-il pas raison, le vieux poète païen du v* siècle, quand il déplorait la conquête de la Judée et les victoires en Palestine de Pompée et de Titus ? Ce n'est pas tant aux juifs qu'aux chrétiens qu'il s'en prend dans œ passage célèbre :

Namque locis ituerulus curam Jutl»u8 agebat,

Humanis aaimal dissociale cibis.

VexatoB frutices, pulsataa imputât aigu;

Damnaque libatte grandia clamât aquie.

Reddimug obicœna; conricia débita genli

Qufe génitale eaput propudiosa melit :

Radix ■lullilife. cni frigida aabbala cordi,

Sed cor rrigidius relligione aua eti.

Scptima jusque dies turpi damnata veleroo,

Tanquam lassali mollis imago dei, Ca'Iera meadscis deliramenta calusts

Nec pueroB omnea credere posie reor.

Alque ulinam nunquam JudBa subacta fuiiaet

Pompeii bellie imperioque Titi!

Lalius eicisie peilis coatagia ter|junl.

VIctoreaque suoa natîo victa premil.

{But. !iam., Ilin., I, 383-398.)

LE cni5TU3asu: n ix iwuLtSw ôo

Et quand on voil les désastres causas dans le monde par ces fanatiques, on est tenté de répéter après loi :

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