IL — LES TEMPLIERS, LES ÉGLISES CHRÉTIENNES FRANÇAISE
En 1804, un médecin, Fabré-Palaprat, imagina de consUtuer à Paris un ordre des Templiers qu'il prétendit rattacher à l'ordre aboli par Clément V. 11 y avait été poussé par divers aventuriers qui fabriquèrent les documents nécessaires, notamment un reliquaire contenant des fragments d'os brûles de Jacques Molay et une prétendue charte delarmenius, premier successeur légitime du martyr de 131i; ils utilisèrent aussi les papiers d'une société de pédérastes
organisée à Paris en l^i H d'aile »Dgn^lioo politique fondée en 1705 par Philippe d'Orléani, sons le même litre de Chevaliers da Temple. Fabré-P^prat, ancien prêtre fort avancé en âge, fut élu grand maître le -t novembre t8(XI par ses afBdés sons le nom de t frère Bemard-Rannond » et se donna comme le soeeesseor direct de Jaeqnes Molay. Les documents officiels qn*il publia étaient écrits en latin, datés de rëre du Temple (11 18 de J.-C.>; mais suivant le calendrier lunaire israélite. L ordre comprenait un grand maître, des commandeurs, des chevaliers, des écuyers, des novices, et était administré par un couvent général, un conseil privé, un grand conseil, etc.; les membres étaient chamarrés de décorations et prenaient des titres extravagants : comtes palatins, comtes consistoriens, etc. Tous les membres avaient un titre géographique, comme s'ils avaient la charge d'une province ou d*une ville spéciale. Il y avait cinq degrés d'initiation successifs, entraînant chacun le paiement d'une somme relativement élevée : initié, postulant, écuyer, etc. 1/une des recrues les plus importantes fut Guillaume Mauviel, ancien évéque constitutionnel de Saint-Domingue, reçu en 1810 et à qui on donna le titre de c commandeur de Lisieux ». En 1804, quatorze bourgeois de Troyes furent investis par les nouveaux templiers de lettres de noblesse.
Dès riniliation de Mauviel, il y eut une rivalité sourde entre le c grand maître * et lui. Ce fut le point de départ d'une série de discussions, de contestations, de querelles, qui aboutirent le 14 juillet 18:27 à un schisme. Dix-neuf c templiers » (dont un député, deux pairs de France, un ministre, un conseiller à la Cour de cassation) déclarèrent se séparer de l'ordre : ils en condamnaient les allures aristocratiques, protestaient contre le despotisme du grand maître qui prétendait à Tinfaillibilité. Six ans plus tai*d, le
Yiifsoif. — Religions actuelles. ;ti
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13 janvier 183â, sous les auspices des Templiers eumêmes, s'ouvrit à Paris, cour Itemiette (cour des Mindes) VÉglise ckrélienne primitive dont se séparèrent à leorloor le grand maitre et les siens, le 15 juillet 1834. Les rênnlois, où de braves marchands et de nails commis officiaienl en étoles et en surplis, eurent lieu plus tard me du F«iboai|- Saint-Hartin nM29 ; mais nne décision da préfet de polies, en date du 30 avril 1859, vint les interdire et porter le eonp de la mort à PÉglise.
Les chrétiens primitifs eurent, en 1836, leur synode oA fut rédigé un catéchisme. Leur livre sacré était le LévUikem (Paris, 1831, 316 pages in-^"*), où étaient publiés notamment les dix-neuf évangiles de saint Jean, correspondant aux chapitres I à XXI du saint Jean de la Yulgate. Leur doctrine consistait à croire en Dieu, en Jésus-Christ suscité par loi pour rétablir la fi*aternité universelle, à lui rendre un culte et à pratiquer la vertu. Dieu étant tout n'a rien créé, mais il transforme sans cesse les innombrables parties de son incommensurable corps; la Trinité est une erreur de € mystagogues » ; Jésus-Christ est une émanation, une partie de Dieu, son Verbe; il n'y a ni mystères, ni péché originel. Il faut observer les dix commandements. Il y a eu une religion naturelle, puis une religion révélée, c'est-à-dire découverte par les sages d'après Tobservalion de la nature, transmise de rinde en Chaldée, puisen Judéeoûelle fut oubliée jusqu'à ce que Jésus de Nazareth, un jeune essénien, initié dans les doctrines égyptiennes, vint la rétablir et la révéler àTapôtre Jean de qui nous la tenons. Le culte public comprend : 1* les symboles sacramentels (baptême, cène ou eucharistie, et sacerdoce ou ordre qui donne le droit d'enseigner la pure doctrine par la pratique aussi bien que par la théorie); S"* les cérémonies de sanctification (confirmation ou complément du baptême à l'Age de raison; bénédiction nuptiale,
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extrême invocation au chevet des malades). La pénitenœ ne se comprend que spontanée, de même que la confession doit être faite à Dieu seul. Il y a un clergé de prêtres, sans hiérarchie; une liturgie, et, outre les cérémonies dominicales, on doit observer cinq fêtes particulières : Fête de Dieu, naissance du Christ, son immolation, institution de la Cène, et fête de l'apôtre Jean. La cène consiste dans le partage en commun du pain et du vin, en commémoration du dernier repas où le Christ prescrivit à ses disciples cette cérémonie comme un gage de leur union. L'âme humaine, émanée de DieUy est passible de peines et de récompenses dans le cours de sa vie immortelle.
Le Lévilikon tirait son nom de la préface d'une révision de l'évangile de saint Jean faite au xv' siècle environ par un moine grec, Nicéphore, imbu des idées des coufisles arabes. Fabré-Palaprat en avait acheté en 181 4, pour vingt-cinq francs, une copie manuscrite chez un bouquiniste de Paris, et l'avait tant soit peu remaniée et arrangée à sa façon.
U Église catholique française a duré moins longtemps, mais a eu plus de succès que YÉglise chrétienne primitive, puisqu'elle a occupé jusqu'à deux salles de culte à la fois et qu'elle a vu des schismes se produire dans son sein. Elle avait été fondée dans un salon du n* ^3 de la rue de la Sourdière, le 23 janvier 1831, par l'abbé Châlel (né en 1795, mort en 1857), ancien vicaire à Moulins, puis aumônier militaire. Le catéchisme officiel de cette église, dont il y a eu quatre éditions (1833, 1835, 1837, 1840), porte à son frontispice un triangle avec la devise : t liberté, égalité, humanité » ; en regard, on voit l'annonce de plusieurs publications religieuses, dont le « portrait de M. Châtel, 1^''50»; le volume compte 132 pages in-8\ Toute la doctrine y est résumée en vingt-quatre chapitres. Elle a pour base la croyance en Dieu, pur esprit, créateur de tout avec rien,
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unique et non iriniiaire; à Jésus-Christ, son' fils tnoral, pith phëto inspiré et courageux, fils de Josepb et de Marie qui M fut pas plus vierge que les autres femmes; on rend à Jéntt un cidte de dalie^ tandis qu'à Dieu on rend un coUe di latrie. Dieu récompense étemeilement, mais il ne sanrail punir de même; Tâme, émanation de Tessence divine, est appelée' à y rentrer. On ne saurait croire ni à des mystères ni à des miracles. L'Église française admet les sept sacrements, mais pour elle le baptême est une simple cérémonie d'initiation, car elle ne croit pas au péché originel; reucha* ristie, où il n'y a aucune présence réelle ni aucune transsubstantiation, est seulement la commémoration de la cène; la pénitence ne comporte ni jeûnes, ni privations, mais seulement la repentance et raccomplissementdes bonnes œuvres, avec confession directe à Dieu ou confession auriculaire au iprèive considérée uniquement comme une consultation. La moi*ale est fondée sur le décalogue et sur les six commandements de rÉglise (1* assistance aux offices; 9^ confession i Dieu; S"" élude de la doctrine; i"" fréquentation des sacreinenls; 5° contribution aux frais du culte; 6"" aumônes et bonnes œuvres). L'orTice comprend la messe, figuration à la fois de la cène el du supplice de Jésus sur la croix; les vêpres, etc. Outre la fùle dominicale, il y a la Noël, Pâques, la Penlecôle, la Toussaint, le jour de Tan, Fanniversaire de la fondation do TËglise française, les fêles de Vincent de Paul, de Ganganelli, de Beizunce, de Fénelon, de La Rochefoucault-Liancourt, de Monlyon et d'autres encore. L'Église est administrée par un clergé forme d'un évêque-primat, d'évêques coadjuleurs, de vicaires primatiaux, de vicaires généraux, de curés chefs d'églises, de prêtres, de diacres, de sous-diacres, de minorés, de tonsurés, dont les cinq premiers sont élus par le peuple el le clergé; tous peuvent être mariés.
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La seule langue employée dans TÉglise de Tabbé Chàtel élaii la langue française; aussi, dans son Eucologe^ publié en 1832 (480 p. in-12), ne trouve-t-on que du français. La plupart des psaumes et des hymnes connus y sont traduits en vers; le Veni Creator commence ainsi :
Esprit saint, généreuse flamme, Viens du ciel, et lance en notre àmc Un clair rayon de tes ardeurs ; Viens, cher Père des misérables.
Viens, source des dons ineffables Viens, pure lumière des cœurs....
On y trouve même du Racine, plus ou moins pur :
Qu'aux accons de ma voix la terre se réveille! Rois, soyez attentifs; peuples, prêtez Toreillc...
(Ps. XLYiii, AudUe,)
En 1832, rÉglise française avait son lieu de réunion rue de Gléry; elle se transporta ensuite dans un local plus vaste, au n*" 59 de la rue du Faubourg -Saint-Martin ; en 1833, elle en avait un second, 359, rue Saint-Honoré.
Dès 1832, un des premiei's adhérents do l^abbé Châlel, Tabbé Auzou, se sépara de lui, sous prétexte qu'il prenait des allures autoritaires et qu'il tendait à s'ériger en pontife infaillible. L'abbé Auzou d'ailleurs trouvait qu'on n'allait pas assez loin; il acceptait la divinité du Christ et les autres dogmes du credo catholique, mais il repoussait toute hiérarchie; il demandait l'élection des curés par les fidèles; il recommandait l'usage de la langue vulgaire, le mariage des prêtres, la séparation de l'Église et de l'État et le payement des pasteurs par les fidèles. Il condamnait In confession auriculaire, ToMigalion du jeune et des abstinences, le traiic des choses saintes (indulgences, dispenses, etc.); quant
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h la vie future, il déclarait simplement croire & des peines et à des récompenses « dans la vie éternelle t sans Touloir « pénétrer le mystère de Téternité t. Élu c par le peuple» curé de Clichy-la-Garenne, dont le curé catholique romain avait été chassé après la révolution de 1830, Tabbé Aiizoa exerça ses fonctions et occupa le presbytère municipal pendant dix-huit mois; à la fin de 1832, la police vint rétablir le culle orthodoxe, fit une descente chez le curé c élu i cl Texpulsa de la maison curiale; il continua à prêcher et i enseigner, dans une succursale ouverte à Paris, le 9 aoùl
1832, rue Basse-Saint-Denis. Mais en 1839, il rétracta t ses erreurs ^ et fil sa soumission à Tévêque de Versailles; il fui remplacé par l'abbé Laverdet, son ancien secrétaire et premier vicaire : c'était un jeune libraire de Clichy que Tabbé Auzou avait ordonné prêtre. La secte,. qui s'appelait ^jf lise évangélique française, paraît s'être éteinte à Paris en 1846. Elle avait eu à Senneville, près de Mantes, une chapelle que l'administration avail fait fermer le 12 novembre 1837. En
1833, l'abbé Auzou était allé « en mission »; il avait inauf^uré, à Loves, pivs Chartres, une église française dont le ruréélail un rerlain abbé Ledru; celle «'glise fut aussi fermée par radniiiiislralion, ainsi que celles qui avaient été élablies par Tabbé Auzou ou par l'abbé Châlel, à Saint-Prix (Seine-ol-Oise), à S(Ule-en-llarmois (Loiret), à VilIe-FavarH (Haute- Vienne).
A Nantes, il y eut aussi une a Église française », qui dura jusqu'en 18i2, sous la direclion de M. Tabbé Noireaut, de Tabbé Julien Le Rousseau qui prenait le titre d'évèque viceprimat, et (le Tabbé Ronnet. Elle se raltaebail directement à Tobédience, si ce mot nous est permis, de Tabbé Cbâlel : on voit que celui-ci faisait des évêques. 11 avait été sacré luiuiénie évèque-primat en 1831 par Fabré-Palaprat qui prétendail en tenir le pouvoir de Mauviel; Taucien évéque de
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Saint-Domingue : Grégoire à qui Châtel s*élail adressé pour obtenir la consécration épiscopale avait dédaigneusement refusé. La dernière c lettre pastorale » de Chàtel est de 1845, mais dès 1842 on lui avait interdit, sous Tinculpalion d'outrage à la morale publique, Texercice de son culte; le Si8 novembre 1842, les scellés avaient été apposés sur son église. Il accepta un emploi dans l'administration des postes et dirigea jusqu'en 1848 un bureau dans le département de Saône-et-Loire. Le 24 février ranima ses espérances, il revint à Paris, prècba et parla dans les clubs, ouvrit une église rue de Fleurus, n* 5, mais sans succès. Il dut se résigner, pour vivre, à donner des leçons particulières et plus tard à tenir un petit commerce d'épicerie. Ses débuts avaient été brillants; il avait élé interdit par l'archevêque de Paris, M. deQuélen, pour la hardiesse de ses opinions, au commencement de 1830, et c'est alors qu'il avait ouvert, dans sa chambre, rue des Sept-Voies, une chapelle publique et gratuite, où il disait la messe en français : on n*y faisait point de quête, mais il y avait un tronc pour les offrandes. Nous avons vu qu'il avait réuni autour de lui un véritable clergé et un nombre assez grand de fidèles; il put même patronner une institution déjeunes filles rue Âlbouy. Deux importantes églises françaises avaient été établies en province, celle de Nantes et une autre dans la Haute-Marne ; elles furent fermées par la police en 1842.
En 1843, quelques-uns des anciens adhérents de Châtel voulurent reprendre son œuvre. Ils se réunirent, examinèrent les livres et révisèrent les catéchismes; ils nommèrent un conseil d'administration présidé par M. A.-H. Cohendet, et un conseil ecclésiastique présidé par M. Billaut. Ils adoptèrent la dénomination d'Église chrétienne française. Leur profession de foi comportait la croyance en un seul Dieu dont les perfections se résument en trois termes : science.
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puissance el justice; leculte symbolique et dogmatique par Tensei^cment et les cérémooies; la morale, basée surki devoirs de Thomme, intelligence servie par des orgaaaii envers Dieu, envers ses semblables el envers lainnène. U confession auriculaire n'était pas admise; reachariiUe n*élait plus que le signe de la fraternité iiiiivers6||e et par conséquent de Tégalité en Dieu.
Parallèlement, pour ainsi dire, à l'abbé Gbâtel, un cerlaii abbé Roch, ancien prêtre du diocèse de Bourges, avait ouvert place de la Sorbonne une église constUuliomnMe française que la police ferma i la fin de 1832. Roch, qui prenait le titre de € patriarche i, enseignait Tunité de Dieu, la morale basée sur l'amour de Dieu et le respect de la pe^ sonnalité humaine, l'indissolubilité du mariage, l'obligation absolue pour le riche de secourir les pauvres; il proclamait de plus les dogmes de la Trinité, de la divinité de Jésu»- Christ, de l'intercession des saints et reconnaissait le caractère divin des sept sacrements; il repoussait l'autorilé supérieure de c Tévêque de Rome >, les vœux perpétuels, le célibat ecclésiastique; il accusait les ultramontains d'extravagance et demandait réiection des curés et des évèques d'après une ^ constitution, basée sur la constitution civile du clergé' votée par TAssemblée nationale en 1790 ».
Pour en finir avec les réformateurs du règne de Louis- Philippe, il faut mentionner Y « église catholique primilive d'Orient du père Alexandre, autorisée par le gouvernement, 5, rue du Colysée, à Paris », à la fin de 1846. C'était purement et simplement une église grecque n'ayant d'autre trait particulier queTusage liturgique de la langue française.
Beaucoup plus intéressante est Vœnvrede la Miséricorde do Picrrc-Micliel Vintras, un fin Normand de Bayeux, né en 1807, qui s'était associé on 1837 avec un ancien notaire de Poitiers, Geoffroy, pour l'exploitation d'un cabinet d'affaires.