ARMEE DU SALUT
CARTE D'ADIMISSIOni
IlÉUNIONS DE SANCTIFICATION
Tous \es venilreilis à 8 h. l/i précises du soir ■ «>, qui Talmy, ist
Ces réunions de sanctification ont lieu pour ainsi dire en famille, avec moins de solennité. Dans les intervalles de
CAFÉ JOYEUX. 5i7
chants et de prières, on cause à la bonne franquette. Les chants sont accompagnés au piano seulement tandis que tes autres fois l'orchestre est formé d'un orgue-harmonium, d'un cornet à piston et d'une grosse caisse. La réunion à laquelle j'ai pu assister (le 23 mars 1883) s'est terminée par la vente, moyennant cinquante centimes de cartes d'admission au c café joyeux » qui avait été organisé pour le lundi suivant. Ces cartes étaient un simple morceau de carton vert, timbré en diagonale d'un cachet portant ces mots : € Armée du Salut. — Quartier général, Quai de Valmy, 187, Paris >, sur lequel étaient tracés, d'une grosse écriture anglaise, ces mots : f Café joyeux, 50 centimes j>.
Le café joyeux commença à neuf heures. On avait reculé les bancs et ménagé, au milieu de la salle, un espace suffisant pour deux longues tables couvertes d'une nappe où étaient placées quelques assiettes de gâteaux et des tasses. Les f prêtresses », si cette expression m'est permise, circulaient tout autour en cheveux et en tabliers, offrant aux assistants du café, du thé ou du lait. Tout en buvant et en mangeant, on chantait des cantiques. Â dix heures, on range les tables, on rapproche les bancs, on se met à genoux, on prie et alors commencent e les témoignages », c'est-à-dire que les nouveaux convertis viennent rendre compte des circonstances dans lesquelles ils ont été sauvés. Je remarque que tous les hommes. Anglais ou Suisses pour la plupart, s'accusent d'ivrognerie. Quant aux femmes, il n'y a rien de plus choquant que d'entendre de jeunes et jolies bouches déclamer placidement : « Mon âme était noire de péchés; — j'avais tous les vices; — je jurais comme un charretier, etc. ». Ces déclarations sont accueillies par des cris de joie et par un enthousiasme tel que l'un des officiers se met à danser devant l'assemblée. Puis les « officières » parlent chacune à leur tour, lisent des épîtres annonçant des con-
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versions, invitant les assislaols à se joindre & l'armée; j'ai relevé dans une de ces improvisations ces phrases : » Mon âme est semblable au drapeau tricolore : jadis noire de péchés, elle a été blanchie et purifiée par lu foi et deviendra rouge de l'amour de Dieu. — Le Parisien est, au poinl de vue religieux, très mauvais au fond du cœur, — Je n'aime pas les religions où l'on a des figures longues comme des \iolons. — David a dit : « Psalmodiez! battez dans vos maiasi poussez des cris de joie et de triomphe ! i — Donnez beaucoup à la quête, car j'ai payé aujourd'liui une forte notctie gaz. — Il y a des gens qui prennent des notes pour les journaux; cela nous est bien égal, mais ils feraient bien mieux dépensera leur salut ».
Ou IrcJa propagande parla parole, les sa^uJisf^semploieDl la voie de la presse. Tout Paris connaît ces vendeurs et surtout ces vendeuses acharnées qui olTrenl aux passants, î^ur toute la ligne des boulevards, leurs journaux War Cry en anglais, et En avant en français; on se rappelle même que ces demoiselles ont dû renoncer à venir dans le quartier latin où les étudiants répondaient à leurs offres par dts propos forts peu édifiants. Je possède une douzaine de numéroi de En avant. La première page est généralement occupée par une vignette : la plus extraordinaire est celle du numéro 15 (mars -1883) qui représente une mer agitée où sont les écueils du doute, du vice, des préjugés aveugles, de riocrédubté, du pharlsianismc farouche, du cliristlanisme paralysé, mais sur laquelle flotte tranquillement, avec sa voile la con^anee inébranlable, la barque En Avant gouvernée par une saliitutiste; à l'horizon se dresse le ptiare du quai Valmy, 187, qui envoie sur la mer les deux rayons de la sainteté et du sahil. Le journal contient d'ailleurs des cantiques, îles articles-sermons, des appels en style de réclame et avec des ai'tilices charlatanesques (par exemple ce titre : conlagloD,