‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 23 sur 261 · DÉFINITIONS · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS

et Ton peut dire, avec le président de Brosses, que le c fétichisme se rencontre chez toute nation pour qui les objets du culfe sont des animaux ou des êtres animés que l'on divinise » et même chez c certains peuples pour qui les objets de cette espèce sont moins des dieux proprement dits que des choses douées d'une vertu divine, des oracles, des amulettes, des talismans préservatifs, etc. >.

Burton, qui définit le fétichisme c adoration ou plutôt propitiation d'objets naturels, animés ou inaminés, à qui une influence mystérieuse est attribuée », fait remarquer que le culte fétichiste, si Ton peut employer déjà ces mots, réfléchit le caractère fantastique et monstrueux des objets que rhomme primitif rencontre sur sa route, rappelle la production spontanée et surprenante d'animaux étranges ou redoutables, de végétaux gigantesques ou doués de propriétés physiques remarquables. Le sauvage, dans les forêts sombres, devant les rochers immenses, dans les jungles infranchissables, dans le silence sonore des vastes plaines désertes, en présence des inondations effrayantes, des tempêtes déchaînées, des orages épouvantables des tropiques, des monstres énormes ou des vampires minuscules qui le menacent sans cesse, se sent isolé, a le sentiment de sa faiblesse, éprouve un besoin incommensurable d'aide et de secours, et sa première pensée est naturellement d'en demander à l'objet même de sa terreur; d'autres fois, il s*adresse à d'autres objets qu'une observation souvent imparfaite et primesautière lui a montrés en rapports avec l'être, l'objet ou le phénomène qu'il redoute.

G'estsurtoutenAfrique que les /é^to/^es sont d'un usage habituel et général. Comme on suppose qu'ils ont le pouvoir de préserver, par leur seule présence, des fâcheux effets de la sorcellerie, de prévenir ou de guérir les maladies, de protéger le guerrier contre les armes de ses ennemis et le chasseur

contre la dent des fauves; il n'est pas un Africain — même converti à l'Islamisme ou christianisé — qui n'ait sur lui ou autour de lui un plus ou moins grand nombre de fétiches, d'amulettes, de^ri^rîs. 11 y en a d'individuels; il y en a de collectifs qu'on peut voir suspendus aux portes des maisons ou à l'entrée des villages. Lorsqu'un fétiche se trouve devenu impuissant; quand, par exemple, les nègres ont reconnu qu'aucun de ceux qu'ils portent ne les préserve des balles européennes, ils en changent avec empressement. La plupart des voyageurs racontent que les chefs des tribus africaines leur ont demandé et souvent leur ont pris sans permission les objets les plus singuliers qu'ils s'imaginaient être les fétiches des blancs et à l'influence desquels ils attribuaient la supériorité des Européens.

Il y a des grigris pour les hommes, pour les femmes, pour les enfants; pour la tète, pour le cou, pour le cœur, pour les bras, pour la poitrine, le dos, les reins, les jambes, les genoux, etc. Les tiges de certaines plantes, les racines de certains arbres, les cornes d'une petite espèce d'antilope, les griffes et les dents des lions, des léopards, et de divei's autres animaux; des morceaux de bois fantastiquement ) sculptés, des osselets, des graines, des perles et une sorte de caillou blanc : tels sont les fétiches les plus communs. Chez les Achantis, un fétiche de haute réputation est une queue de vache attachée à une poignée en cuir. On en trouve aussi qui sont formés de plumes, de coquillages, de morceaux de métal, d'ivoire, d'os, d'ambre, etc. Bowley, dans son intéressant volume, écrit d'ailleurs au point de vue spiritualiste et chrétien, ^A^Aéf/i^ton of ihe AfricanSy trace le portrait suivant d'un chef cafre qu'il rencontra : < il avait la tète couverte desoies de cochon dressées de toutes parts et offrant l'aspect des piquants d'un hérisson ; autour de son cou étaient suspendus un grand nombre de charmes dont les

principaux étaient des morceaux d'os, une tête de serpent^ une dent de jeune hippopotame et une poignée de porte en cuivre >.

Nous en sommes encore là à la première phase, à la période la plus simple du fétichisme. Mais après celle sorle de culte particulier vient un commencement de généralisation. Suivant Labat {L'Afrique occidentale y 1738) c certains nègres ne veulent pas souffrir qu'on tue les lézards autour de leurs maisons, persuadés que ce sont les âmes de leurs pères et de leurs autres proches parents >. Suivant Snelgrave (1735) c les uns ne mangent point d'oiseaux qui ont les plumes blanches; les autres, au contraire, ne mangent pas de ceux qui les ont noires : il y en a qui ne mangent point de mouton, et d'autres qui ne mangent jamais de chèvre >. D'autres, si nous en croyons les voyageurs, c adorent > le léopard ou une espèce de squale qu'on pèche à l'embouchure du Niger : Pruneau de Pommegorge (Description de la Nigritie, 1765) rapporte que les noirs t adorent » le dabouéy animal doux, dix fois gros comme un lézard, long d'un pied : c les femmes lui apportent à boire et à manger dans une case spéciale > .

Nous voici arrivés à la spécialisation et à la localisation du culte : c il y a à Badagry », lit-on dans la Revue coloniale de 1846, € des arbres fétiches entourés d'une clôture de bambous, et sous lesquels gisent exposés des crânes et des ossements humains ». Ailleurs, il y a des mzimo c huttes fétiches > ; ce sont de petites cabanes c hautes de un à deux pieds, sans murs, mais couvertes de chaume ; sur le sol, ou suspendus au toit, on voit des poignées de grains ou des petits pots remplis de bière, hommage propitiatoire aux fantômes, qui épargnent ainsi les récoltes » (Burton).

Les animaux les plus vénérés sont peut-être les serpents; il y a des pays où on les recherche pour en faire des philtres

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