S8 ENFANTIN
nistratîon des chemins de fer de Lyon; il est mort en 1864, âgé de soixante-huil ans.
Le Producteur dura jusqu'en 1826 et fut en quelque sorte continué par l'Organisateur qui parut du 15 août 1829 au 15 août 1831, puis par le Globe du 18 janvier 1831 au 20 avril 1832. Ces j(TUrnaux, quotidiens, comptaient parmi leurs rédacteurs MM. Michel Chevalier, Carnot, Emile Barraull, Duveyrier, etc. Ces vaillants lutteurs, les fondateurs de la religion sainl-sîmonienne, ouvrirent des salles de conférences à Paris et à Lyon, réunirent de nombreux adeptes, orp;anisèrent rue Tailbout une caisse du fonds sociul universel où affluèrent les souscriptions; on hiérarchisa les convertis: il y eut deux Pères, des apôtres, etc. Un désaccord éclata entre Enfantin et Bazard à propos de la liberté des afifectioQS entre l'homme et la femme, sous la direction du prêtre, préconisée par le premier; à la fin de 1831, Bazard fut solennellement exclu du Pontificat. La « famille > n'en fit que s'accroître ; l'ardeur du prosélytisme des saints-simoniens amena Enfantin et ses disciples devant les tribunaux; le 28 août 1832, le jury de la Seine déclara « le Père > convaincu « d'attentat à la morale et d'association illégale » et il fut condamné à un an de prison et cent francs d'amende. A bout de ressources en effet, les saints-simoniens avaient abandonné leur salle de la rue Taitbout et celle de la place Sorbonne (l'Athénée) et s'étaient retirés, en avril 1832, à Ménilmontant où ils organisèrent une sorte de couvent laïque : il y avait le Père suprême (Enfantin), dix apôtres (Michel Chevalier, Charles Duveyrier, Fournel, etc.) et une trentaine de fidèles (Emile Perrin, Pierre Leroux, Jean Reynaud, etc.). Ces reclus d'un nouveau genre s'essayèrent à tous les métiers, dans l'intérêt les uns des autres : cordonniers, tailleurs, agriculteurs, etc. ; ils se promenaient en chantant des hymnes dont Félicien David faisait la musique; ils recevaient, le dimanche,
rUÉORILS DIVERSES. 5H9
la visite des curieux qu'ils apostolisaienl ; ils porlaient un uniforme de couleur bleue qui se fermait par derrière et qui, pour faire montre une lois de plus de solidarité, ne pouvait être mis qu'avec Taide d'un frère. Après la condamnation d'Enfantin, la secte se dispersa. Ses derniers membres étaient des hommes distingués qui tous, ou presque tous, ont brillamment fait leur chemin dans le monde.
Les uns sont entrés dans Tindustrie et y ont fait fortune. D'autres sont devenus hommes d'État. Quelques-uns, restés écrivains et rêveurs, ont développé des systèmes particuliei^s religioso-philosophiques : Pierre Leroux qui voulait (1840) une religion nationale; Jean Reynaud qui enseignait (1854) la métempsycose des âmes à travers les planètes, etc. Parallèlement à ces théories, se développaient divers systèmes qui tendaient à Torganisation d'une religion panthéiste et humanitaire où les âmes immortelles seraient sensées passer de la vie terrestre à la vie animique et souffriraient ou jouiraient chaque fois suivant la nature des actions de la vie passée, ce qui rappelle à la fois les théories des philosophes indiens et la doctrine des compensations d'Azaïs (1808); les systèmes spiritualistes, communistes, etc., de Laverdan, de llennequin, de Fourier*, de Victor Considérant, de Cabet, qui tiennent plus de la politique sociale que de la religion;
i. Fourier partait de ce fait qu'il est nécessaire de réorganiser la société et que celle réorganrsalion doit être Tœuvre de la science. Le mouvement sociétaire doit être hiérarchisé par centre directeur, continents, empires , royaumes, provinces, départements et communes; les communes forment la base de l'édifice. Chaque commune, pour vivre, doit avoir au moins une lieue carrée de surface et compter de deux à trois mille habitants ; elle devra être une unité absolue qu*on obtiendra pratiquement par l'association et qui sortira tous ces effets par l'accord des trois éléments de la production : le capital, le travail et le talent. La population de la commune (ormerai une phalange industrielle qu'on logera dans un vaste édifice unique, un phalanstère. 11 y a encore des ti phalanstériens § à Paris; ils se réunissent tous les ans en un banquet le our anniversaire de la naissance de Fourier, au mois d'avril.
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— le projet de famille spirituelle de F.-G. Coessin pour assurer la pureté de la vie chrétienne et ramener Jésus sur la terre (vers 1850), — la troisième et dernière alliance de Dieu avec les hommes, inventée vers 1840 par un nommé Cheneau qui avait organisé un culte chrétien réformé avec baptême des adultes, cène et confession par conversations amicailes, et qui a laissé un ouvrage intitulé : Instruction pour avoir des enfants sains de corps et d'esprit (Paris, 1841, 24 p. in-12); — la religion fusionniemie de MM. de Toureil et Aug. Guyard (1854); — la religion rationnelle de M. Ch. Fauvety (1855) basée sur la solidarité; — le druidisme restauré de M. Henri Lizeray (1885); — le socialisme anglais de Robert Owen (1771-1858) fondé sur l'amour, la charité et la liberté complète de chacun des hommes;
— enfin Yévadisme de M. Ganneau, un pauvre sculpteur, sur lequel il est intéressant de donner quelques détails.
VÉvadisme (ce nom est formé de ceux d'Eve et d'Adam, le premier homme et la première femme) ou religion du mapah (c'est-à-dire mapa^ mot formé des syllabes initiales de tnater et paler) proclamait l'unité primitive de l'humanité en Ève-Adam, la chute et la douloureuse expiation prolongée pendant les siècles; annonçait la prochaine reconstitution de la société par l'application de la formule : « Rendez à Dieu ce qui esta Dieu », Dieu étant le peuple, (aussi tous sont appelés et tous sont élus) ; la bonne nouvelle était apportée par ^ celui qui est », le Mapah, € qui fui Ganneau » dans le temps de son inconscience et par Tapôlre « celui qui fut Gaillaux » ; ce dernier a résumé la doctrine en un poème en prose mystico-lyrique, dans le style des Paroles d'un croyant, intitulé Arche de la nouvelle alliance (Paris, 1840, in-18 de 125 pages). Les convertis devaient prendre un nouveau nom, composé à la façon du mot mapah des premières syllabes du nom maternel et du nom paternel;
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c'est pourquoi ils faisaient précéder leur nom légal de cette formule : « Celui qui fut X... ».
Mais la théorie philosophique la plus importante de ce siècle qui se rattache directement au saint-simonisme est l'ensemble de conceptions méthodiques qu'on désigne sous le nom de positivUmey et qui a pour auteur un des premiers disciples de Saint-Simon, Auguste Comte, qui s'était séparé d'ailleurs des sainls-simoniens dès 1824; c'est de 1826 à 1840 que Comte élabora son système auquel il n'a pas cessé de travailler jusqu'à son dernier jour.
Auguste Comte, né à Montpellier le 19 janvier 1798 et mort à Paris, rue Monsieur-le-Prince, n<» 10 s le 5 septembre 1857, entra à l'âge de seize ans à l'École polytechnique. 41 Licencié » sans position en 1816 par le gouvernement de la Restauration, il donna des leçons de mathématiques. Après 1830, il devint répétiteur, puis examinateur à l'École polytechnique. Il perdit sa place en 1848 et vécut dès lors du produit d'une souscription annuelle organisée parmi ses élèves par les soins de M. Littré. Séparé à l'amiable de sa femme, il rencontra, en 1845, une femme charmante, Clotilde de Vaux, dont le mari avait été condamné à une peine infamante et pour laquelle il s'éprit d'une passion toute platonique comme celle de Diderot pour Sophie Voliand*; elle mourut l'année suivante, à l'âge de trente-deux ans,
1. La piété de ses fidèles a fait de son appartement dans celte maison un véritable temple où ils tiennent encore leurs réunions.
2. Il la comparait lui-même à la Laure de Pétrarque et à la Béatrix de Dante et lui appliquait ces deux vers :
Quella cho imparadisa la mia mente
(Paradiio, XXXVHI, 3;
Ogni basso pensier dal cor m'aviilse.