RELIGION POSITIVISTE
en deux branches, Tune ayant pour chef M. Pierre Laffitte, el prétendant poursuivre tous les enseignements du maître ; Tautre, dont le principal membre fut M. Littré, se bornait à pratiquer sa méthode. La doctrine avait traversé le détroit; elle a eu pour propagateurs en Angleterre J. Stuart-Mill, Lewes, Congreve; puis elle s'est répandue en Europe et a gagné le nouveau monde. Mais les Anglais et les Américains — c'est surtout au Brésil et au Chili qu'il y a des positivistes en Amérique — sont gens dévots et religieux, et beaucoup de ces nouveaux adeptes tiennent surtout pour les aberrations qui ont marqué la fin de la vie de Comte; ils ont trouvé M. Laffîtte trop froid à cet égard et l'ont solennellement excommunié; parmi les plus ardents de ces pontifes est un Brésilien, M. George Lagarrigue, qui s'intitule « apôtre de riiumanité » et qui a publié quelques brochures retentissantes. Le « maître » en effet, à la fin de sa vie, développant outre mesure ses idées sur la morale, avait fait une véritable religion dont il a publié le catéchisme (Paris, 1852, 436 pages in-16).
La religion positiviste a pour but le perfectionnement individuel et social par l'adoration de l'humanité, au moyen du culte privé (prières aux anges gardiens, c'est-à-dire aux membres de la famille, objectifs c'est-à-dire vivants, ou subjectifs c'est-à-dire n'existant plus que dans le souvenir), du culte domestique (réception des neuf sacrements sociaux : présentation à la naissance, initiation à quatorze ans, admission à vingt et un, destination c'est-à-dire choix d'une profession à vingt-huit, mariage à vingt-neuf ans pour les hommes et vingt et un pour les femmes, maturité à quarante-deux ans, retraite à soixante-trois, transformation à la mort et incorporation sept ans après la mort à la suite d'un jugement solennel) et du culte public. Ce dernier se fait dans des temples où est la statue de l'humanité, autre-
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:m CATHOLICISME CONTEMPORAIN.
menl dit du Grand-Étre sous la forme d'une Vierge-mère^; il comporte des processions où figurent des bannières vertes d'un côté et blanches de l'autre, des cérémonies et des fêtes consacrées aux grands faits et aux principales énergies de la sociabilité : l'humanité, le mariage, la paternité, la filiation, la fraternité, la domesticité, le fétichisme, le polythéisme, le monothéisme, la femme, le sacerdoce, le patriciat, le prolétariat*. Il y a un clergé formé d'un grand-prêtre (payé 60000 fr.), de supérieurs nationaux (30000 fr.), de prêtres (12000), de suppléants ou vicaires (6000) et d'aspirants (3000). Je m'arrête, mais on voit que Comte avait prévu et réglé jusqu'aux plus petits détails. Depuis 1848 jusqu'à sa mort, il adressait chaque année à ses disciples une circulaire qui prenait de plus en plus les allures d'un mandement épiscopal. 11 y développait ses théories religieuses et ses recommandations morales résumées dans la haine de l'égoïsme et la pratique de VallnUsme.