CONJURATIONS
de ce dieu dont l'image est toujours accompagnée de deux renards sculptés en bois ou en pierre. Le renard est d'ailleurs un être puissant et redoutable : ainsi le peuple croit qu'il peut prendre la forme d'une femme ; sous la figure d'une jeune fille» il égare les voyageurs attardés. De leur côté, le chat et le blaireau sont l'efTroi des ménagères, car ils peuvent se changer en meubles et en instruments de cuisine. Ailleurs l'objet de la vénération est le crocodile ou caï* man; suivant Anne Raffenel (Voyage dans V Afrique occidentale, 1846, p. 84), les Sénégambiens n'ont ni respect ni adoration pour les caïmans, à la différence de certains Guinéens : ils les redoutent simplement comme dangereux et comme € des individus adonnés à la magie ».
Des détails analogues abondent dans les relations de voyages. Les coutumes judiciaires, les transactions commerciales, les conventions politiques (si cette expression n'est pas trop hardie) sont toujours basées en Afrique sur des habitudes fétichistes.
Au Grand-Bassam, on fait par exemple le c grand fétiche >, c'est-à-dire qu'on réunit € autour d'un grand plat, rempli d'une eau préparée par le grand féticheur du pays, tous les chefs avec lesquels on traite ; après que chacun y a déposé une certaine quantité de terre, on y trempe les mains, et, à un signal convenu, on se jette à la figure une partie de cette eau. C'est un acte que ces populations sauvages n'accom* plissent qu'en tremblant, car, dans leurs idées, après avoir fait ensemble le fétiche, le premier qui se rendrait coupable du moindre acte hostile envers les autres périrait à l'instant même ».
En justice, mêmes habitudes. Suivant Mollien (Voyage dans Vintérieur de V Afrique^ 1820 et 1822), c pour savoir si un accusé a dit vrai, on lui applique un fer rouge sur la langue; s'il reste insensible, il est reconnu innocent »; et
viNSON. — Religions actuelles. 2
suivant Loyer, « lorsqu'on veut savoir la vérité d'un nègre, il n'y a qu'à faire semblant de brouiller quelque chose dans de l'eau, ou y tremper un morceau de pain et lui dire de boire ou de manger ce fétiche en signe de la vérité. Si la chose est véritable, il boira et mangera hardiment; si elle ne l'est pas, quand il y irait de tout son bien, il n*en goûterait pas, parce qu'il croirait mourir sur l'heure s'il le faisait à faux. Quand ils veulent faire manger le fétiche à quelqu'un pour savoir de lui la vérité de quelque chose, ou pour garant de sa fidélité, ils raclent un peu leur fétiche, ou dans de l'eau, ou sur quelque morceau de pain, de fruit, ou autre chose qu'ils font mettre dans la bouche de celui qu'ils contraignent de jurer, sans qu'il soit obligé de l'avaler et il passe pour l'avoir mangée; alors ils se fient à sa parole ».
Dans son résumé des relations de voyages en Afrique, Dufay (1825) parle en ces termes de la religion de c Juida > : c Le serpent fétiche préside au commerce, à la guerre, à l'agriculture, aux maladies, à la stérilité, etc. On a établi des prêtres et des prêtresses pour le servir, et tous les ans on choisit quelques belles filles qui lui sont consacrées. Ces jeunes filles sont traitées d'abord avec douceur dans leur cloître ; on leur fait apprendre les danses et les chants sacrés qui servent au culte du serpent ; mais la dernière partie de ce noviciat est sanglante. Elle consiste à leur imprimer dans toutes les parties du corps, avec des pointes de fer, des figures de fleurs, d'animaux et surtout de serpents. Leur peau devient fort belle après laguérison de tant de blessures : on la prendrait pour un satin noir à fleurs. Les jeunes filles rentrent ensuite dans leurs familles ; lorsqu'elles deviennent nubiles, c'est-à-dire vers Tâge de quatorze ou quinze ans, on célèbre la cérémonie de leurs noces avec le serpent. Elles sont menées au temple. Dès la nuit suivante, on les fait descendre dans un caveau bien voûté où l'on dit qu'elles trouvent