‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 26 sur 261 · VÉGÉTAUX ET ANIMAUX · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX ET ANIMAUX

deux ou trois prêtres qui les épousent au nom du grand seipent. Pendant que le mystère s'accomplit, leurs compagnes et les autres prôtresses dansent et chantent au son de§ instruments. Elles sont connues alors sous le nom de femmes du grand serpent, qu'elles continuent de porter toute leur vie 1.

Ici, le culte est complet ; les prêtres ont été inventés. Ces prêtres sont à la fois sorciers, conjureurs, vendeurs de fétiches. Chez les Bambaras, pourtant convertis à Fislamisme, c ils prédisent l'avenir en sacrifiant un coq dont les cris et l'attitude au moment de la mort ont une signification déterminée » (Bérenger-Féraud, Les Peuplades de la SénégambiCf 1879). Chez les Sérères, d'après le même auteur, on reconnaîtrait deux divinités résidant c dans les plus grands arbres des forêts, Théourakh qui donne d'abondantes récoltes, et fait prospérer les familles et les troupeaux, et Takhar redoutable aux voleurs, aux méchants et aux sorciers. On se rend le premier favorable en déposant des présents auprès de certains arbres désignés. Quant au second, ceux qui ont besoin de lui vont trouver le Filanre ou prêtre, qui est toujours un vieillard; celui-ci, moyennant finances, c'est-à-dire après avoir reçu des cadeaux plus ou moins importants, donne une boisson qui, presque inoffensive à l'innocent, fait promptement, paraît-il, mourir le sorcier. Dans les grands cas, le prêtre fait un banie : on appelle ainsi une série de cérémonies qui ont pour but d'enfermer l'âme ou l'esprit de la personne incriminée dans un gros vase en terre rouge qu'on dépose sous un baobab ou bentanier sacré; la mort prochaine de la personne dont on a ainsi emprisonné l'âme est certaine, à ce qu'on croit. Pour retrouver un objet ?olé, il suffit de faire annoncer qu'on a pris un lézard et qu'on va le porter chez le forgeron ; chacun des coups que l'ouvrier doit donner à l'animal atteindra sûrement le voleur

iO FÉTICHISME

que l'annonce seule de ce projel terrifie d'ordinaire à un point tel qu'il se déclare ou restitue ce qu'il a volé ».

Ces croyances ont marqué leur empreinte sur toutes les pratiques de la vie : t Avant de boire un verre de liqueur, les indigènes en répandent quelques gouttes à terre », à ce qu'ont observé les frères Landcr (1832). De son côté Mungo-Park (1795) raconte qu'un jour, à peine s'était-il mis en route, les gens qui l'accompagnaient s'arrèlèrentpour préparer un charme qui garantît leur sûreté pendant le voyage : c cette conjuration », dit-il, c consistait à marmotter quelques paroles et à cracher sur une pierre qui était jetée sur le chemin. Les nègres répétèrent trois fois la même cérémonie, après quoi ils se remirent en route avec la plus grande confiance. Tous étaient persuadés que, semblable au bouc émissaire, la pierre conspuée emportait avec elle tout ce qui aurait pu induire les puissances qui sont au-dessus de l'homme à nous occasionner quelque malheur ».

Le commandant Sever, qui a fait partie, en 1880 et 1881, de l'expédition française chargée d'étudier le tracé de la voie ferrée projetée du Sénégal au Niger, a bien voulu me communiquer la note suivante :

€ Tout noir peut devenir sorcier. Il lui suffit pour cela » d'être un peu plus intelligent que ses compatriotes. » Qu'ils soient chrétiens, musulmans ou idolâtres, les noirs » croient aux sorciers. Le terme à'idolâlres que j'emploie » est inexact; les noirs réputés tels n'ont en réalité aucune » religion. Ils n'ont ni idoles, ni culte, ni prêtres. Les idées

> métaphysiques qu'on a décorées du nom d'innées et qu'on

> a prétendu prouver par ce qu'on a appelé le consensus » universalis, leur sont complètement inconnues.

» J*ai interrogé un grand nombre de noirs et à chaque » question que je leur faisais sur Dieu, l'immortalité de 1 rame, la vie future, j'obtenais régulièrement cette ré-

[ RELIGIOiN DE U PEUR Si

> ponse : € Je ne comprends pas ce que tu veux me dire I >

» Si je ne m'étais adressé qu'à des illettrés, il aurait pu » me rester quelques doutes, mais les noirs qui avaient reçu Y -de rinstruction étaient parfaitement au courant de nos » théories religieuses et, qu'ils les aient adoptées ou non

> pour eux-mêmes, tous étaient unanimes à me déclarer

> que leurs compatriotes n'en avaient pas la moindre no- » tion. Je crois donc suffisamment prouvé ce fait que les » noirs ne croient pas à un être tout-puissant, inûni, immor- » tely qu'en un mot ils n'ont pas à proprement parler de i religion.

» L'inconnu, le mystérieux les frappent cependant comme » ils frappent les enfants. 11 eût été naturel alors qu'ils ima- » ginassent à l'imitation du polythéisme antique une infinité » de petits dieux; ils n'en ont pas eu l'idée.

> Les phénomènes qui peuvent éveiller l'attention des

> hommes sont de deux sortes : les phénomènes astrono- » miques et les phénomènes que j'appellerai vitaux, qu'ils i s'appliquent à la personne de l'observateur ou à tout être » vivant. Des phénomènes astronomiques les noirs ne 1 s'occupent guère, et je crois bien exagérés les récils de B certains voyageurs qui nous montrent les sauvages trem- » hier à propos d'une éclipse parce qu'ils se figurent qu'un

> gros chat ou toute autre bête a mangé la lune. Pour eux le

> jour succède à la nuit; le soleil, la lune, les étoiles se » lèvent et se couchent parce que c'est comme cela. L'habi-

> tude leur tient lieu de raisons.

» En ce qui regarde les phénomènes vitaux, c'est autre

> chose. Les noirs redoutent les maladies, les caïmans, les

> serpents, les lions, les tigres, et c'est de l'exploitation de ce • sentiment que vivent les sorciers. Le médecin qui guérit

> des maladies est chez eux un sorcier. 11 l'était bien un peu » même chez nous il y a quelques siècles. Pour se protéger

» des bètes, les noirs ont imaginé le moyen fort simple de

> s'adresser aux parents ou aux amis de ces animaux.

> Parents et amis sont encore les sorciers.

> En Sénégambie, chaque famille compte dans ses ancêtres

> un animal quelconque. Mon cuisinier était cousin de la

> perdrix, mon ordonnance était cousin d'un poisson. On ne

> mange jamais de l'animal dont on est le parent et récipro- » quement l'animal ne mange pas les hommes qui sont ses » cousins. Qu'on soit parent du lion ou seulement son ami

> intime, et vous comprenez qu'il sera facile de vendre à » beaux deniers comptants à quiconque voudra l'acheter une

> lettre de recommandation pour tous les lions qu'on peut

> rencontrer. Cette lettre de recommandation s'appelle un

> grigri.

» Un grigri est un objet quelconque de petites dimensions»

> une crête de coq par exemple, cousu dans un sachet de

> cuir. On le porte au bras ou sur la poitrine attaché à une » ficelle. Grigri contre les maladies, grigri contre les bêtes, î) • est certain qu'on pouvait en imaginer contre le couteau » ou la balle du fusil, et ils existent en effet.

» La foi des nègres en leurs grigris est énorme. A Tap-

> proche d'un combat, le noir se revêt d'eux et à partir de » ce moment il ne manifeste plus aucune émotion ; il est sûr

> de ne pas être tué. Sur le fleuve, les mariniers traversent

> à la nage de grands espaces où abondent les caïmans

> parce qu'ils portent au bras leurs grigris. Si on les en » dépouille, on ne parvient pas à les faire se mettre à l'eau.

> Quand la balle tue un noir ou qu'un caïman l'emporte » malgré son grigri, cela ne prouve rien contre les grigris

> en général; l'homme a été trompé, son grigri ne valait 9 rien, la clientèle du sorcier qui Ta fourni s'en ressent et

> c'est tout.

» Les sorciers en effet ne mettent pas en jeu une puissance

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